737 MAX: un panel international accable le régulateur américain

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Manque d’ingénieurs, expertise insuffisante, procédures désuètes, un comité regroupant les autorités mondiales de l’aviation civile, fustige le régulateur aérien américain (FAA) qui a certifié le Boeing 737 MAX.

L’autorité américaine a tout simplement été incapable d’évaluer correctement la fiabilité du système de contrôle de vol du Boeing 737 MAX dit MCAS, qui a été mis en cause dans deux catastrophes aériennes, conclut ce comité réunissant des experts de neuf pays, baptisé JATR, dans un rapport de 71 pages publié vendredi.

La tragédie de Lion Air survenue le 29 octobre 2018 suivie de celle d’Ethiopian Airlines le 10 mars ont fait 346 morts. Ces accidents ont conduit les autorités du monde entier à clouer au sol, mi-mars, tous les 737 MAX, un best-seller de Boeing.

Les experts de la JATR (Joint authorities technical review) pointent notamment “un nombre insuffisant de spécialistes de la FAA” chargés d’évaluer la conception du 737 MAX, “une expérience et une connaissance limitées des aspects techniques clés du programme 737 MAX” et une connaissance insuffisante du système anti-décrochage MCAS.

En outre, les interactions du MCAS avec les pilotes n’ont pas été assez évaluées, ce qui a été d’autant plus préjudiciable que la FAA n’était elle-même pas pleinement informée des modifications du MCAS survenues en cours de développement de l’avion, version modernisée du 737 et concurrent de l’Airbus A320neo.

La FAA n’a donc pas été en mesure d’évaluer correctement les besoins en formation des pilotes.

Le régulateur des transports américain, le NTSB, avait lui aussi estimé en septembre que Boeing et la FAA avaient mal évalué la réaction des pilotes aux alertes en vol en cas de dysfonctionnement du MCAS.

Quand il est activé, le MCAS met brutalement l’avion en “piqué”, c’est-à-dire pointe le nez vers le sol.

L’équipe JATR a en outre “déterminé” que la FAA n’avait pas eu recours aux réglementations de mise en conformité les plus récentes pourtant disponibles au moment du processus de certification du 737 MAX, “ce qui n’a pas conduit au plein bénéfice en matière de sécurité”.

Le panel recommande entre autre que “la FAA collabore avec d’autres autorités de l’aviation civile pour réviser l’approche en matière de certification de produits qui font l’objet de modification”.

Le JATR ne remet pas en cause le principe du transfert par la FAA à Boeing de l’évaluation de certains systèmes et logiciels du MAX.

Cette procédure, baptisée ODA, avait été adoptée en 2005 sous la pression du lobby aéronautique sur fond de dérégulation et de baisse du budget de l’agence américaine.

Mais elle souligne la nécessité que les membres de l’ODA travaillent “sans pression indue”. Des lignes de communication doivent être “ouvertes avec les ingénieurs de certification de la FAA sans craindre de sanctions ou de violation des procédures”.

– Intéraction homme-machine –

La JATR avait été mandaté en avril dernier par la FAA pour examiner la procédure d’homologation du logiciel anti-décrochage MCAS avant les deux accidents.

“Bien que les problèmes d’interaction homme-machine soient au coeur de tous les accidents récents d’avions et soient impliqués dans les deux accidents B737 MAX, la FAA compte très peu d’experts en facteurs humains (…) parmi son personnel de certification”, constatent par ailleurs les experts qui ont identifié “plusieurs problèmes liés aux facteurs humains dans le processus de certification” du MAX.

Remerciant les experts pour “leur examen impartial et indépendant”, le nouveau patron de la FAA Steve Dickson s’est engagé à “examiner chaque recommandation et à prendre les mesures appropriées” pour renforcer la sécurité aérienne dans le monde.

“La sécurité est une valeur fondamentale” pour Boeing “et la sécurité des voyageurs, de nos clients et des équipages à bord de nos avions est toujours notre priorité absolue”, a réagi de son côté un porte-parole du constructeur américain.

Boeing rappelle qu’il s’est engagé à collaborer avec la FAA “pour examiner les recommandations et contribuer à l’amélioration continue des procédures de certification des avions dans les années à venir”.

Pour l’heure, les autorités de sécurité du monde n’ont pas levé l’interdiction de vol des 737 MAX estimant encore insuffisantes les modifications apportées au MCAS.

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