Accord Mitsubishi/Nissan : Ghosn évoque un défi remis en cause en cas de scandale majeur

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Premières déclarations de Carlos Ghosn, après l’annonce jeudi  d’une prise de participation de Nissan  de 34% du capital de Mitsubishi. Lors d’une conférence de presse au siège du constructeur japonais à Yokohama, le PDG de l’alliance Renault-Nissan a déclaré vendredi que « le plus grand défi » pour Nissan après la prise de contrôle de fait de son concurrent sera « d’aider Mitsubishi à se transformer lui-même, à croître, à devenir rentable et à rétablir sa réputation« .

Ce qui correspond au final à non pas un mais trois défis … ce qui fait dire à certains analystes que le pari est pour le moins audacieux.

Carlos Ghosn a toutefois  ajouté que s’il appartient à Mitsubishi de regagner la confiance des consommateurs après l’émergence d’un nouveau scandale – le troisième en 20 ans – Nissan peut l’aider dans ses efforts.

L’annonce de l’opération de 2,2 milliard de dollars (1,9 milliard d’euros) a semble-t-il pris de court les spécialistes du secteur, moins d’un mois après les premières révélations de fraude de Mitsubishi. Certains s’étonnent ainsi du timing très serré alors même que la facture du scandale – voire même son ampleur – n’a pas été établie. Un « geste » qualifié de « téméraire » de la part de Takaki Nakanishi, ancien analyste de Merryl Linch, désormais responsable de Japanese Automobiles Research.

Si le scandale, lié à des falsifications de tests et données menées en vue d’enjoliver les performances énergétiques de véhicules, est limité à l’archipel nippon à l’heure actuelle, des dizaines de modèles pourraient être concernés. L’enquête est en cours et de nouvelles perquisitions du ministère japonais des Transports ont eu lieu vendredi au siège de Mitsubishi à Tokyo.

Nissan et Mitsubishi , qui ont formé une coentreprise en 2011 ont indiqué qu’ils avaient eu des entretiens en vue d’étendre leur partenariat  bien avant que n’éclate en avril dernier le scandale lié aux performances énergétiques. « Le partenariat a été accéléré par cet événement malheureux . Mais il était déjà dans l’air « , a ainsi précisé Carlos Ghosn, répondant à une demande relative au début des négociations.

Alors que Nissan montrait un grand intérêt pour cette opération, l’effondrement de l’action Mitsubishi – l’émergence du scandale générant une chute du titre de 40 % –  aura facilité la transaction. « Dès que nous nous sommes mis d’accord, nous avons voulu agir vite pour éviter les rumeurs, les manipulations, les fuites », a ainsi indiqué Carlos Ghosn.

A noter qu’en octobre 2015, les deux entreprises avaient fait état d’un accord pour établir un contrat en vue de poursuivre le développement de la prochaine génération des Keis tout en travaillant également conjointement sur un modèle électrique.

Concernant le nouveau scandale qui entache la réputation de Mitsubishi, Carlos Ghosn a reconnu qu’il s’agissait d’ « un problème grave » et que « la confiance est rompue ». Ajoutant que « le plus grand défi maintenant est de les aider à rétablir leur réputation, et de la préserver en dehors du Japon ».

Il se dit par ailleurs « enthousiaste » à l’idée du chantier qui l’attend, rappelant le redressement de Nissan qu’il a opéré à l’aide de nombreuses restructurations.  »Chez Nissan, j’étais le pilote, là ce sera Mitsubishi aux commandes. Chez Nissan, j’étais un pilote sans guide, nous avons dû tout inventer, là nous avons un précédent, nous savons comment faire », a-t-il tenu à souligner.

Reste un point fondamental : interrogé sur son éventuel intérêt pour le poste de président du conseil d’administration de Mitsubishi, poste alloué à Nissan selon les termes de l’accord, le PDG de l’Alliance a répondu avec la plus grande prudence en indiquant : «  je ne veux rien anticiper, l’opération n’est pas encore faite ».

Tout à fait conscient des risques encourus par la reprise de Mitsubishi dans le contexte actuel, Carlos Ghosn a ouvertement prévenu que le projet pouvait être remis en cause si le scandale devait prendre de l’ampleur.  « Nous avons à ce stade un accord de principe, la transaction ne sera bouclée qu’après les vérifications nécessaires », a-t-il insisté. « Quand nous conclurons l’opération, nous saurons exactement à quoi nous en tenir. Il est clair que s’il devait se produire une implosion, nous ne signerions pas ».
Le message est on ne peut plus clair.  La prudence reste donc de mise pour les investisseurs, même si l’information est peu relayée dans la presse française.

Sources : Reuters, L’Express, Renault-Nissan

Elisabeth Studer – 16 mai 2016 – www.leblogfinance.com

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