Accusé de fraudes comptables "pires que celles d’Enron", General Electric s’effondre en Bourse

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(BFM Bourse) – Le conglomérat américain est accusé par l’expert-comptable qui avait mis à jour le scandale Bernard Madoff, d’avoir falsifié ses comptes pour camoufler quelque 38 milliards de dollars de pertes potentielles qui rendraient General Electric insolvable. Le groupe, cofondé par Thomas Edison à la fin du 19e siècle, dément vigoureusement ces accusations mais dégringole en Bourse.

L’action de General Electric a chuté de plus de 11%, jeudi, après qu’un célèbre expert-comptable (et lanceur d’alertes) a accusé le géant industriel d’avoir falsifié ses comptes, ce que le groupe a formellement démenti à plusieurs reprises dans la journée. Le Wall Street Journal, qui a publié cette information jeudi matin, a eu accès au rapport de Harry Markopolos, et a pu interviewer l’ancien analyste financier qui s’était fait un nom en révélant au grand jour les montages frauduleux de Bernard Madoff. Si ses accusations étaient restées lettre morte durant des années, le scandale avait fini par exploser et révéler que le célèbre financier avait trompé ses clients pendant près d’une décennie, créant un préjudice de plusieurs milliards de dollars. Il est en prison depuis 2009.

Harry Markopolos affirme cette fois que General Electric (GE) va devoir constituer des réserves en cash de 18,5 milliards de dollars dans sa branche assurance, et accuse le groupe de ne pas avoir correctement comptabilisé ses activités pétrolières et gazières. Au total, il estime le montant de la fraude à quelque 38 milliards de dollars (34,3 milliards d’euros), et ajoute que sa situation de trésorerie est bien pire que ce que laissent croire ses comptes. L’étude de 170 pages conclut que GE est insolvable et que le besoin de fonds de roulement cumulé de ses activités industrielles atteint 20 milliards de dollars. Pour le lanceur d’alertes, la fraude présumée de GE est “plus grosse que celle d’Enron et de Worldcom combinées”.

Dans un long communiqué publié jeudi en réaction à ces graves accusations, General Electric a vigoureusement démenti, point par point, les allégations de Harry Markopolos. Le PDG de l’entreprise, Lawrence Culp, a notamment dénoncé une “manipulation de marché pure et simple”.

Dès la publication de son rapport, qu’il a indiqué avoir remis à un fond d’investissement qui mise sur la chute de l’action GE, le lanceur d’alertes avait précisé qu’il touchera un pourcentage des gains réalisés. Lawrence Culp accuse l’expert comptable de n’avoir pas contacté GE pour rédiger son rapport, ce que ce dernier a reconnu sur CNBC, expliquant qu’il avait travaillé en secret pour éviter que GE “ne détruise ses documents”.

Nommé cette année pour tenter de redonner du lustre à l’icône de l’industrie américaine, née en 1892 de la fusion d’une partie de Thomson-Houston Electric Company et d’Edison General Electric Company, Lawrence Culp a ajouté que si Harry Markopolos avait demandé des explications, cela lui aurait évité d’avancer des choses fausses. General Electric a ajouté “avoir confiance dans ses chiffres financiers”. “Nous opérons au plus haut niveau d’intégrité et nous avons clairement exposé, avec beaucoup de détails, nos obligations financières”, a conclu le groupe dans un autre communiqué publié jeudi après-midi.

Pour mémoire, General Electric était, en 2000, la deuxième capitalisation boursière mondiale derrière le “supermajor” pétrolier ExxonMobil avec une valorisation de près de 600 milliards de dollars. Aujourd’hui, le groupe n’est plus capitalisé que 73 milliards de dollars, le conglomérat a donc abandonné près de 90% de sa valeur en moins de 20 ans.

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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