Airbus exhorte l’Allemagne à adoucir sa politique de vente d’armes

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Airbus exhorte l’Allemagne à adoucir sa politique de vente d’armes

Tom Enders, président exécutif d’Airbus souhaite que l’Allemagne adoucisse sa politique de vente d’armes. Il estime en effet que la posture de Berlin aboutit au blocage de certains transactions. L’accent mis par l’Allemagne sur la sécurité entourant la vente d’appareils dotés d’une technologie très pointue – mais pouvant néanmoins être reproduite – nuit au final à la France, au Royaume-Uni et à l’Espagne.

Airbus en faveur d’une régulation européenne

A l’heure actuelle, il n’existe en effet aucune régulation européenne. Ce que déplore Airbus. Berlin peut ainsi refuser de vendre des armes contenant des pièces fabriquées en Allemagne à des pays extérieurs à l’Union européenne et à l’Otan. Le tout pour des raisons de sécurité et de géopolitique.

Face à une telle situation, Airbus œuvre en faveur d’une régulation européenne. Mais selon Tom Enders, si les Français et les Allemands mèneraient des discussions et tenteraient de s’entendre sur une nouvelle réglementation, les négociations n’ont pas abouti jusqu’à présent.

“Cela nous rend fous, depuis des années à Airbus, que la partie allemande se donne le droit de bloquer la vente, disons, d’un hélicoptère français alors que seule une pièce allemande minuscule est entrée dans sa fabrication » a même déclaré le patron du groupe aéronautique.

Les ventes d’armes à l’Arabie saoudite au cœur du sujet

Tom Enders est d’autant plus remonté sur le sujet qu’en octobre dernier, l’Allemagne a décidé de manière unilatérale de suspendre ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite, son deuxième marché après l’Algérie. Cette décision fait suite à l’assassinat de Jamal Khashoggi à Istanbul, événement dramatique qui a jeté le discrédit sur le royaume saoudien, largement suspecté d’avoir participé au projet.

Si les affaires sont certes les affaires, cette suspension a notamment bloqué l’émission d’une licence d’exportation pour la vente du missile air-air de longue portée Meteor. Lequel devait équiper l‘Eurofighter Typhoon de l’armée de l’air saoudienne. Mais désormais les choses se compliquent : car si le Meteor est assemblé par MBDA, filiale d’Airbus, BAE Systems et Leonardo, son système de propulsion et ses ogives sont fabriqués en Allemagne.

Néanmoins, Berlin n’a pas interdit la livraison des matériels qui avaient déjà reçu une autorisation d’exportation. En théorie, les industriels peuvent donc poursuivre leurs livraisons mais, faute d’un soutien du gouvernement, ils ne souhaitent pas prendre le risque d’agir de la sorte.

Pire encore, selon des sources militaires et diplomatiques françaises, le futur avion de combat lancé la semaine dernière par l’Allemagne et la France ainsi qu’un projet de char d’assaut franco-allemand pourraient être remis en cause si Berlin ne se montre pas plus conciliant.

La route est encore longue …

Jeudi dernier, la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, a plaidé pour une politique européenne commune en matière d’exportations d’armes. “Nous Allemands ne devrions pas prétendre être plus moraux que la France”, a-t-elle déclaré lors de la conférence annuelle de Munich sur la sécurité.

Mais selon un responsable français, si les deux parties ont exprimé leurs souhaits de résoudre le problème en ce qui concerne les aspects fondamentaux, la route est encore longue pour aboutir à du concret.

Tom Enders estime quant à lui qu’il s’agit d’un « test décisif pour mesurer le sérieux des Allemands vis-à-vis de la défense commune et d’une coopération étroite avec la France”. N’oublions pas en effet que selon le cadre du nouveau traité franco-allemand, la France et l’Allemagne sont censés de coordonner leur politique d’exportation d’armes …

Recours à la justice ?

Selon le journal La Tribune, les industriels pourraient intenter des actions en justice contre le gouvernement allemand. En théorie … mais en pratique, nul ne s’y risque car Berlin prépare à l’heure actuelle de très importants appels d’offres dans le domaine militaire. Attaquer pourrait donc être jugé comme suicidaire …

Néanmoins, Rheinmetall pourrait relever le défi. Il est vrai que l’un de ses anciens haut dirigeants est PDG de la SAMI (Saudi Arabian Military Industrie) qui coordonne l’industrie d’armement saoudienne. Dans un tel contexte, Rheinmetall entend exiger des indemnités si l’on en croit l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.

L’Arabie saoudite : un importateur d’armes majeur

Le royaume sunnite, un des principaux acheteurs d’armes au monde, est l’un des partenaires clé des Etats-Unis dans la région, face à l’Iran et dans la lutte contre le groupe Etat islamique (Daesh) en Syrie et en Irak. Ses besoins militaires ne font que croître en raison de son engagement depuis 2014 dans la guerre au Yémen entre forces pro-gouvernementales et rebelles Houthis soutenus par Téhéran. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), Ryad a été en 2016 le quatrième importateur d’armes au monde avec 63,7 milliards de dollars.

En mai 2017, lors d’un Forum de chefs d’entreprises américaines et saoudiennes se tenant à Riyad, un projet d’accord portant sur un investissement de 6 milliards de dollars pour l’assemblage en Arabie saoudite de 150 hélicoptères Blackhawk de Lockheed Martin avait été annoncé.

Sources : Reuters, Airbus, La Tribune, Der Spiegel

Elisabeth Studer – 19 février 2019 – www.leblogfinance.com

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