Alibaba dévisse en Bourse alors que Pékin ouvre une enquête sur le géant du e-commerce

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(BFM Bourse) – Les autorités chinoises n’en ont pas fini avec le mastodonte chinois du commerce en ligne fondé et dirigé par Jack Ma. Moins de deux mois après avoir empêché l’introduction en Bourse (record) d’Ant Group, filiale d’Alibaba, Pékin a désormais la maison-mère dans le collimateur. Et le géant du commerce en ligne accuse le coup en Bourse.

Nouveau coup de tonnerre dans le monde des affaires en Chine: Alibaba, symbole de la réussite du pays dans l’économie numérique, est dans le collimateur du régime communiste pour “suspicion de pratiques monopolistiques”. L’annonce de l’ouverture d’une enquête, par l’Administration d’Etat pour la régulation des marchés contre le groupe fondé par le charismatique Jack Ma, a provoqué un plongeon de 8,1% des actions du champion local du commerce en ligne à Hong Kong, où le groupe est coté.

Le titre Alibaba abandonne désormais 25,7% depuis son sommet annuel (et historique) touché le 28 octobre dernier, soit quelques jours avant que l’opérateur du marché de Shanghai décide de reporter (à la surprise générale) ce qui devait être la plus grosse introduction en Bourse de l’histoire: celle d’Ant Group, la filiale d’Alibaba spécialisée dans le paiement en ligne. Conséquence: après avoir dépassé fin octobre les 800 milliards de dollars de capitalisation boursière, Alibaba ne pèse plus “que” 637 milliards à la clôture de ce jeudi.

“Il y a manifestement une escalade des efforts coordonnés visant à entraver l’empire de Jack Ma, qui symbolisait les nouvelles entités chinoises trop grosses pour faire faillite”, a observé pour l’agence Bloomberg l’analyste Dong Ximiao, de l’Institut de la finance sur internet de Zhongguancun, la “Silicon Valley” de Pékin. Les autorités n’ont guère fourni de détails sur ce qui est reproché à Alibaba, mis à part “un accord d’exclusivité” non précisé.

Alibaba coopérera “activement”

Le géant du e-commerce a “promis de coopérer activement à l’enquête avec les régulateurs”. Outre l’enquête contre Alibaba, les régulateurs ont également annoncé avoir contacté Ant Group pour des questions de “supervision”. Dans un communiqué, Ant Group a fait savoir qu’il allait “rapidement étudier les demandes des autorités de régulation et s’y conformer strictement”.

La suspension de son entrée en Bourse d’Ant Group début novembre avait déjà provoqué la stupeur. Elle survenait quelques jours après un discours à Shanghai de Jack Ma, lors duquel le multi-milliardaire avait critiqué l’action des régulateurs financiers. Ces propos lui avaient valu une convocation par les autorités et Jack Ma n’a pas été vu en public depuis le fiasco boursier d’Ant Group.

“Aucune entreprise n’a le droit de défier le Parti communiste”

“Le message politique subliminal, c’est qu’aucune entreprise ni individu n’a le droit de défier le Parti communiste quelle que soit sa taille”, a commenté pour l’AFP Richard McGregor, de l’Institut Lowy à Sydney.

Et si Jack Ma n’est officiellement plus à la tête du groupe qu’il a fondé en 1999 depuis son départ à la retraite l’an dernier, l’homme le plus riche de Chine -avec une fortune estimée par Forbes à plus de 65 milliards de dollars- conserve une influence prépondérante sur Alibaba, comme sur Ant Group, en sa qualité de premier actionnaire.

Les pouvoirs publics chinois s’inquiètent de la puissance des groupes technologiques et plus particulièrement de leurs incursions dans le secteur des prêts en ligne, où ils s’affranchissent des règles prudentielles imposées aux banques publiques. Les médias chinois ont relayé ces inquiétudes en mettant en garde contre les risques de turbulences financières en ce qui concerne Alibaba mais aussi son grand rival Tencent.

L’enquête contre Alibaba “est une mesure importante pour notre pays afin de renforcer la supervision antimonopolistique dans le secteur de l’internet et promouvoir un développement sain à long terme de l’économie numérique”, écrit jeudi le Quotidien du peuple, organe du Parti communiste au pouvoir. Une réunion des plus hauts dirigeants du régime la semaine dernière autour du président Xi Jinping a appelé à “s’opposer fermement aux monopoles”. Pour rappel, l’homme fort du pays était intervenu en personne pour stopper l’introduction en Bourse d’Ant Group fin octobre dernier.

(avec AFP)

Quentin Soubranne – ©2020 BFM Bourse

Actu et Conseils – BFM Bourse

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