Analyse et Stratégie : Guerre commerciale : un contexte fatal pour les Bourses européennes

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Mauvaise nuit à New York, où les grands indices ont connu leur pire séance depuis la correction du début du mois de février, lorsque les rendements américains s’étaient emballés sur fond de crainte de poussée d’inflation aux Etats-Unis. « L’aversion au risque s’est renforcée hier et ce matin sur les marchés financiers dans le sillage des mesures protectionnistes dévoilées par Donald Trump à l’égard de la Chine », résume ce matin le cabinet CM-CIC Market solutions. A Tokyo, le Nikkei 225 a chuté de 4,5%.

Une réplique chinoise mais…

Le président américain a signé hier soir le mémorandum imposant des tarifs douaniers pouvant atteindre 60 milliards de dollars par an sur les importations chinoises. Le ministère chinois du Commerce n’a pas tardé à répliquer en annonçant réfléchir à de nouvelles taxes douanières sur 128 catégories de produits américains, dont des droits de 15% sur les tubes en acier, les fruits frais ou encore le vin, et de 25% sur le porc et l’aluminium recyclé. Une réaction qui apparaît toutefois limitée dans la mesure où elle ne porterait que sur un total de 3 milliards de dollars, Pékin appelant d’ailleurs Washington à « s’éloigner du bord du précipice ». Le ministère chinois du Commerce a ajouté que « la Chine ne souhaite pas se retrouver dans une guerre commerciale, mais n’a pas peur de s’y engager ».
 

Le texte du Memorandum

CM-CIC relativise : « Nous considérons toujours que la Chine aurait beaucoup à perdre de mettre en place des mesures tarifaires restrictives et que Xi Jinping jouera la carte de l’apaisement au cours des prochaines semaines. D’ici quinze jours sera connue la liste des produits ciblés par Donald Trump et à partir de cette date s’ouvrira une période de consultation de trente jours. Ceci plaide donc pour des négociations bilatérales afin de limiter l’ampleur de la crise. »

… des craintes qui impactent déjà l’Europe

Le problème, c’est que ces craintes d’escalade dans un processus de guerre commerciale viennent s’ajouter à un contexte déjà moins porteur : « indices d’activités PMI en zone euro qui ont confirmé hier le ralentissement des commandes à l’exportation (en lien avec l’appréciation de l’euro) alors que les banques centrales américaines et anglaises n’ont pas réussi à convaincre de leur volonté d’accélérer leur retrait. » En Allemagne, l’un des tout premiers exportateurs au niveau mondial, tous les chiffres publiés récemment traduisent une dégradation, qu’il s’agisse du PMI, de l’indice du sentiment économique et des analystes financiers ZEW ou de l’Ifo du climat des affaires, les milieux d’affaires s’inquiétant de cette possible escalade dans une guerre commerciale.

Le Cac 40 en baisse sur l'année, de retour sur ses niveaux de février 2018 et septembre 2017

Le Cac 40 en baisse sur l'année, de retour sur ses niveaux de février 2018 et septembre 2017

Le Cac 40 en baisse sur l’année, de retour sur ses niveaux de février 2018 et septembre 2017 | Crédits photo : Bloomberg

En deux jours, le Cac 40 abandonne près de 3%, et perd désormais plus de 4% depuis le début de l’année. Il retombe sous les 5.100 points, comme début février, mais aussi sur des niveaux inconnus depuis septembre 2017. Tous les grands indices mondiaux sont également dans le rouge, à l’exception du Nasdaq Composite (+3,81% malgré sa chute de 2,43% jeudi), du haut de son dernier pic historique du 13 mars. Une forte baisse des marchés d’actions qui fait les affaires des actifs refuge, comme le yen, au plus haut de seize mois face au dollar, ou les emprunts d’Etat, les rendements à dix ans, par exemple, continuant de se détendre en Europe mais aussi aux Etats-Unis, avec un retour sur un niveau de 2,82% ce vendredi, contre un dernier pic à 2,9346% mercredi soir, lors de l’annonce de la décision de la Fed.

Investir – Analyses et opinions – Les Echos Bourse

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