Analyse et Stratégie : Panique sur la dette italienne, le taux des emprunts à deux ans s'envole au plus haut depuis 2012

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Une escalade de près de 200 points de base par rapport à hier, là c’est certain : la crise politique en Italie commence à véritablement faire peur aux investisseurs. Le taux des emprunts à deux ans, un peu en dessous de 0,9% hier, a fait, ce matin peu avant 11 heures, une poussée à 2,724% sur le marché secondaire de la dette, quand, dans un mouvement de « fuite vers la qualité », le taux allemand de même échéance tombait à -0,81%.

Le spread, l’écart entre le taux auquel emprunte l’Italie, le plus mauvais élève de la zone euro en terme d’endettement derrière la Grèce, et l’Allemagne, le premier de la classe, a atteint plus de 350 points de base, du plus jamais vu depuis l’été 2012.

Dans l’absolu, le rendement souverain à deux ans est également au plus haut depuis six ans, quand la crise de la dette secouait encore l’Europe. La situation n’est pourtant plus la même. L’Italie est sortie de récession en 2015, le pays crée à nouveau de la richesse, la croissance économique de 2017 (+1,5%, selon Istat) a même été la plus forte depuis 2010 (permettant à l’endettement d’être contenu à un peu plus de 130% du PIB malgré la recapitalisation de plusieurs banques locales, dont celle très médiatique de Monte Paschi) et, surtout, la Banque centrale européenne a depuis lancé son programme d’achats de titres de dette. « La BCE a implicitement créé des ‘eurobonds’ », fait-on remarquer au sein du cabinet d’analyse Aurel BGC, ce qui a justifié « des spreads resserrés entre souverains, malgré des fondamentaux connaissant des divergences profondes. »

De nouvelles élections en septembre

Si le « risque pays » fait son retour en Europe, c’est parce que l’Italie se dirige vers de nouvelles élections législatives à l’automne. Aucune chance en effet que le Parlement, dominé par les partis antisystèmes La Ligue et M5S, accorde son vote de confiance au nouveau gouvernement de techniciens de l’économie de Carlo Cottarelli, un ancien du FMI, incarnation de l’austérité puisque commissaire en charge de réduire les dépenses publiques sous la présidence du conseil de l’élu Enrico Letta. Surnommé « Monsieur Ciseau », il était alors la caution des institutions internationales sur la poursuite des mesures anti-crises mises en œuvre par le gouvernement technique de Mario Monti (novembre 2011 – avril 2013). Cette fois, il a reçu la mission de faire voter un budget 2019 (présentation au Parlement en septembre pour une soumission à la commission européenne en octobre)… Mais encore faut-il que les parlementaires lui accordent leur confiance. Le cas échéant, il s’en tiendra aux affaires courantes jusqu’à la tenue de nouvelles élections « après août », selon ses propres termes.

Calendrier des prochaines échéances importantes pour les finances italiennes.

Calendrier des prochaines échéances importantes pour les finances italiennes.

Calendrier des prochaines échéances importantes pour les finances italiennes.

Le ton de la campagne électorale s’annonce « dur », selon Annalisa Usardi, économiste chez Amundi. Chez Société Générale, on craint qu’elle prenne la forme d’un référendum sur l’appartenance à l’euro. Mais d’ores et déjà, on a pu constater que le contrat de gouvernement passé entre La Ligue et M5S, arrivés en tête des suffrages en mars, était la promesse d’un dérapage budgétaire tellement, comme le notait la semaine dernière Bruno Cavalier, économiste chez Oddo Securities, l’accord conclu était « un assemblage de mesures fiscalement irresponsables. […] Le but affiché est de remettre en question les règles en matière de surveillance des finances publiques et de résolution bancaire (principe de bail-in), sans quoi une large partie du programme n’est pas applicable, que ce soit la remise en question de la réforme des retraites de 2011 ou la mise en place d’un revenu minimum universel ou l’instauration d’une ‘flat tax’ (avec deux taux !) sur les revenus. »

En réponse à ces mesures très coûteuses, l’agence Moody’s avait, vendredi, placé la note de la dette italienne sous surveillance en vue d’une possible dégradation. Verdict sur la notation ? Début septembre. Avant cela, en août, DBRS et Fitch auront passé en revue la note de l’Italie. Si les agences venaient à la sortir de la « catégorie investissement », le pays perdrait son éligibilité au QE de la BCE, ce qui serait dramatique pour les finances du pays. L’examen par S&P est lui programmé pour octobre.

Investir – Analyses et opinions – Les Echos Bourse

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