Analyses et opinions : Frédérik Ducrozet, Pictet Wealth Management : « J’ai rarement vu ce niveau d’anxiété et d’angoisse »

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« Ce n’est jamais une bonne nouvelle de parler des banques centrales comme d’un messie », lance d’emblée Frédérik Ducrozet, stratégiste et spécialiste de la politique monétaire européenne chez Pictet WM, devant un parterre de journalistes, mardi 24 septembre. « L’année 2019 est à l’opposé de 2018, où l’on pensait revenir à un fonctionnement des banques centrales normal et des taux positifs. » Cet espoir a rapidement été balayé… A quelques mois de la fin de 2019, les taux directeurs sont au plancher en Europe – et même négatifs en ce qui concerne le taux repo – et ils ont encore baissé de 25 points de base, à 1,75%-2%, aux Etats-Unis, pour ne parler que de ces deux zones. « Les taux vont se maintenir à un niveau bas pour plus longtemps qu’on ne le pensait », poursuit Frédérik Ducrozet, ajoutant qu’il « a rarement vu ce niveau d’anxiété et d’angoisse. »

Les risques sont en effet multiples, sur la question du Brexit, de la guerre commerciale, du ralentissement mondial ou du marché monétaire… La Corée du Sud, considérée comme un bon proxy de l’activité mondiale, a récemment annoncé des indicateurs d’activité décevants, à l’image des exportations qui ont chuté de 22% sur un an en septembre (-30% avec la Chine). Pis encore, les trois quarts des pays dans le monde sont en phase de contraction dans leur secteur manufacturier, si l’on en juge par les indices PMI des directeurs des achats.

« Pain trade »

Malgré cela, les marchés montent. Depuis le début de l’année, le Cac 40 gagne 17%. Il a même flirté, à la mi-septembre, avec les 5.700 points, un niveau qu’il n’avait pas retrouvé depuis décembre 2007. De quoi plonger dans la perplexité de nombreux investisseurs. D’ailleurs, ces derniers sont restés sur la défensive par peur… et, au final, à côté de la hausse du début d’année, ce qui s’est avéré douloureux. Dans le langage des spécialistes du marché, on parle de « Pain trade ». Littéralement, le positionnement de marché qui génère de la souffrance. Face à la multitude de risques, tant politiques que géopolitiques, les investisseurs sont restés sur la défensive par peur… mais, au final, ils sont passés à côté de la hausse du marché, ce qui s’avère douloureux pour eux.

« C’est la première fois que j’observe une dichotomie dans une telle proportion depuis 2008 », souligne Frédérik Ducrozet. Et d’analyser : « Les investisseurs ont davantage vendu, donc à chaque fois qu’un risque ne se matérialise pas, c’est le soulagement, donc le marché grimpe. »  Parmi les risques qui ne se sont matérialisés qu’en partie : la hausse des droits de douane. « Donald Trump n’ira pas au bout de toutes les menaces dans les tuyaux », juge l’expert. Il y aura, selon lui, des concessions et d’ici aux primaires démocrates aux Etats-Unis, un accord pourrait être conclu. Concernant la récession, Pictet WM n’y croit guère. La croissance sera molle, sans pour autant que l’économie bascule en récession.


Investir – Analyses et opinions – Les Echos Bourse

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