Analyses et opinions : Neuflize OBC table sur un net ralentissement des Etats-Unis mais pas une récession

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A l’orée de 2019, une chose est sûre : l’économie américaine va ralentir. Une autre l’est moins : l’ampleur du coup de mou. Le consensus table sur une croissance de 2,2 % en 2019, puis de 2,3 % l’an prochain, contre 3 % escompté cette année. Au sein de la banque Neuflize OBC, Olivier Raingeard, le directeur des investissements, n’hésite pas à adopter une position plus conservatrice : il anticipe une croissance de l’ordre de 1,6 % à 1,7 % au second semestre 2019, puis de 1,7 % en 2020.

« A très court terme, c’est-à-dire dans les deux à trois mois à venir, nous ne voyons aucun risque d’un ralentissement très marqué de l’économie américaine », souligne-t-il, mettant en avant la solidité des derniers indices ISM manufacturiers. Celui du mois de novembre est ressorti à 59,3, contre 57,7 en octobre et 57,6 attendu par le consensus. Mais, au-delà de cet horizon très court-termiste, les risques sont bel et bien réels. D’ailleurs, Neuflize OBC s’attend à un retournent de l’indice ISM vers la fin du premier semestre 2019 et, partant, à un ralentissement de l’économie et des perspectives bénéficiaires des entreprises américaines. La croissance des profits pourrait, dans le pire des scénarios, être nulle ou comprise entre 0 % et 5 %, indique la banque privée. Bien plus optimiste, le consensus continue de tabler sur 9 %.

La dette des entreprises inquiète

« Nous adoptons un schéma conservateur car, malgré la bonne santé conjoncturelle des acteurs économiques, nous avons des doutes sur leur santé structurelle, notamment celle des entreprises », détaille Olivier Raingeard. Leur dette représente aujourd’hui de l’ordre de 45 % du PIB, soit un niveau équivalent à celui de la fin des années 90-début 2000 et celui de 2006-2007. « Les agents économiques ont tendance à s’endetter à moyen terme, entre 5 et 7 ans, or, avec le changement de cap monétaire de la Réserve fédérale américaine, la partie courte à moyen terme de la courbe des taux s’est redressée », poursuit-il.

La Fed a entamé son processus de relèvement des taux au printemps 2017. Sachant que la transmission de la politique monétaire à l’économie réelle est de l’ordre de 12 à 18 mois, on peut s’attendre, à partir de 2019, à un impact de la hausse des taux sur les entreprises.

Le ralentissement des Etats-Unis est acté, mais est-il susceptible de dégénérer en récession ? « Vous savez, on parle de récession depuis 2015 », lance Olivier Raingeard. Mais, à ce jour, la première économie mondiale s’est montrée plus que résistante, accélérant même la cadence.

La guerre commerciale cache la question sensible de la domination du monde

L’inversion de la courbe des taux ne semble pas l’inquiéter. Sur le marché obligataire américain, le rendement des titres à trois ans est passé au-dessus de celui à cinq ans pour la première fois depuis 2007, mais, surtout, l’écart de taux entre les emprunts à deux ans et à dix ans est au plus bas depuis 2007 également, à 12 points de base. Le passage du premier sous le second est généralement considéré comme le signe avant-coureur d’une récession, ce qui alimente les craintes du marché pour 2019. « Le meilleur indicateur est l’écart entre le dix ans et le trois mois, ajoute le directeur des investissements. Le spread est de 70 points de base, mais ses ajustements sont parfois très violents. Aujourd’hui, la probabilité d’une récession est de 20 %. »

Pour Neuflize OBC, les principaux risques à surveiller ces prochains mois sont le risque européen et celui de la guerre commerciale. « Un accord entre les Etats-Unis et la Chine va prendre plusieurs trimestres, voire des années, et il est peu probable que les deux pays s’entendent d’ici à la fin du mois de février, affirme Olivier Raingeard. D’autant que les problématiques liées à l’affrontement commercial sont de taille, elles vont de la propriété intellectuelle, à la géopolitique, en passant par la sécurité. » Et d’ajouter : la principale question sous-jacente est de savoir qui va dominer le monde en 2030-2040 grâce aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle. Il semblerait que la communauté des gérants et économistes ait sa petite idée. Grâce à son importante population et sa capacité à traiter de la date, l’Empire du Milieu pourrait bien remporter la partie.


Investir – Analyses et opinions – Les Echos Bourse

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