Autour du Japon

Mots-clefs : ,

Le gouvernement japonais pourrait se trouver en situation de cessation de paiement fin octobre, ce qui ne lui permettrait plus de payer salaires, retraites et autres indemnisations du chômage, si le parlement ne s’entend pas d’ici là pour adopter une loi de financement du déficit budgétaire.

Cette loi, qui vise à permettre au gouvernement de vendre des obligations pour financer près de la moitié de son budget, est bloquée par un désaccord entre le parti au pouvoir et les partis d’opposition, majoritaire à la chambre haute et donc en mesure de bloquer durablement le texte.

« Sans cette loi, le budget va s’effondrer », a mis en garde vendredi le ministre des Finances, Jun Azumi, appelant les deux principaux partis à la raison alors que des élections anticipées sont envisagées.

« Peu importe quel parti est au pouvoir. J’espère que nous allons parvenir à un accord pluripartite sur la loi relative au déficit budgétaire », a-t-il ajouté.

La situation de blocage est aggravée par les divisions au sein du Parti démocrate du Japon (PDJ) au pouvoir, dont une quarantaine d’élus a fait défection pour protester contre l’adoption, grâce au soutien de l’opposition à la chambre basse du parlement, d’une loi doublant la TVA sur trois ans.

Le Premier ministre Yoshihiko Noda conserve une courte majorité à la chambre basse mais est minoritaire à la chambre haute et la plupart des analystes s’attendent désormais à la convocation d’élections anticipées.

« Il y a tellement d’incertitudes autour de la situation politique qu’il est difficile de mesurer à quel point le gouvernement risque de terminer sur la paille », souligne Naoki Iizuka, économiste chez Mizuho Securities.

« L’élément déterminant sera le calendrier d’une éventuelle élection anticipée et le nom de celui qui dirigera le Parti démocrate à ce moment-là », ajoute-t-il. (Stanley White, Tangi Salaün pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

03/03/2011 – Le Japon en pleine remilitarisation?

Nul n’ignore la montée en puissance militaire de la Chine, mais celle du Japon reste, elle, plus discrète. Elle n’en est pas moins réelle : Tokyo occupe le septième rang mondial pour les dépenses d’armement (au même niveau que l’Allemagne), juste derrière la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine et surtout les Etats-Unis, champion toutes catégories. 

Officiellement, les dépenses nippones ne doivent pas dépasser 1 % du produit intérieur brut (PIB) ; mais les gouvernements successifs s’arrangent avec les chiffres. Ainsi, les coûts des garde-côtes – essentiels pour une île – sont comptabilisés à part, tout comme les pensions de retraite des militaires…

Selon Edouard Pflimlin, qui décrit le processus de remilitarisation de l’Archipel, le budget militaire approcherait 1,5 % du PIB. Certes, on est loin du Japon des années 1930, mais le retour du militaire est patent : le budget représente le quatrième grand poste de dépenses de l’Etat, derrière la sécurité sociale, le bâtiment et les travaux publics, l’éducation et la science.

Plusieurs éléments expliquent ce revirement : le sentiment d’insécurité lié à des voisins armés jusqu’aux dents (Chine, Corée du Nord et même Corée du Sud) ; les conflits territoriaux toujours pas réglés (avec la Russie, les îles Kouriles du Sud, appelées Territoires du Nord par le Japon ; avec la Chine, les îles Diaoyu, nommées Senkaku…) ; la recherche d’un plus grand poids sur la scène asiatique – et même internationale – ainsi que la volonté de s’émanciper des Etats-Unis. Toutefois, comme le montre Pflimlin, l’alliance avec Washington reste fondamentale.
Ce sont soixante-cinq ans de politique japonaise de défense que décortique Guibourg Delamotte, spécialiste des questions de défense et chercheuse invitée au National Institute for Defense Studies au Japon. Elle commence par la Constitution de 1947, qui, contrairement à l’idée généralement admise, ne peut être réduite à une  » Constitution américaine  » imposée par le général MacArthur. Dès le début, montre-t-elle, les élites japonaises, réintégrées malgré leur participation ou leur soutien à la guerre, sont partie prenante des débats, notamment en ce qui concerne le fameux article 9, qui précise :  » Le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation.  » Ce qui éclaire d’un jour différent la politique actuelle.
Comment le premier pays au monde à consacrer le pacifisme peut-il se retrouver avec un budget qui le propulse parmi les dix pays les plus militaristes de la planète ? Delamotte insiste sur la rupture qu’a représentée la guerre de Corée (qui éclate en juin 1950).  » La guerre froide a fait passer le Japon du statut d’ancien ennemi à celui d’allié « , souligne-t-elle. Ce rôle survivra à la fin de la guerre froide et se renforcera avec l’arrivée fracassante de la Chine sur la scène internationale. Petit à petit, l’armée japonaise va se fortifier à l’intérieur et intervenir à l’extérieur.
L’ancrage américain ne s’est jamais démenti. Pour avoir cherché à s’en émanciper quelque peu, en promettant de réduire les bases d’Okinawa, le premier ministre Hatoyama Yukio a essuyé la colère des Etats-Unis, avant d’être contraint à la démission en juin 2010. Quant à l’article 9, il a fait l’objet de multiples interprétations, mais aucun dirigeant n’a pu l’abroger.  » Le Japon, conclut Delamotte, est en quête de reconnaissance ; il recherche, comme par le passé, la juste puissance, sans parvenir à la définir. « 
C’est également ce que montre la chercheuse Régine Serra, qui élargit le propos à l’ensemble de la politique étrangère. Si l’alliance avec Washington constitue le coeur de la diplomatie japonaise, Serra met l’accent sur les tentatives nippones de jouer sur  » l’Asie pour exister face aux Etats-Unis  » et sur  » les Nations unies pour exister globalement « . A l’intérieur comme à l’extérieur, le Japon cherche sa voie.
Partager cet article