Bangladesh : panne géante dans le pays sous-traitant textile de la planète

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Décidément le Bangladesh est une nouvelle fois maudit des dieux, lesquels semblent tout particulièrement remontés contre le pays ces derniers temps, différents évènements frappant notamment son secteur textile. C’est désormais l’énergie qui manque pour alimenter les machines des petites mains des couturiers et couturières de la planète.

Le gouvernement a annoncé samedi que l’ensemble du Bangladesh s’est retrouvé samedi sans électricité en raison de la panne d’une ligne de transmission.

Ajoutant que les techniciens « oeuvraient pour réparer la panne », qui a touché toutes les zones reliées au réseau électrique national.

Masud Alberuni, un haut responsable du ministère de l’Énergie a ainsi indiqué que le réseau national avait eu une défaillance vers la mi-journée, précisant que par conséquent, toutes les centrales électriques s’étaient arrêtées automatiquement.

Il s’agit de la première panne générale qui frappe le pays depuis 2007. Selon les médias bangladais, c’est une ligne de transmission d’électricité en provenance de l’Inde qui serait à l’origine du problème.

Rappelons que le Bangladesh importe de l’énergie électrique de l’Inde depuis la fin de l’année dernière, par le biais d’une ligne de transmission qui part de l’État du Bengale occidental dans l’Est indien jusqu’au sud-ouest du Bangladesh.

A noter que la hausse de la consommation d’énergie du Bangladesh dépasse sa croissance économique, le développement de son industrialisation se heurtant à de faibles capacités de production énergétique.

En 2012, l’Inde avait pour sa part été frappée par un black-out électrique sans précédent qui avait impacté la moitié du pays, ce dernier faisant suite à l’effondrement presque simultané des réseaux desservant une vingtaine d’États dans le Nord, l’Est et le Nord-Est.

En décembre 2013,  l’une des dix plus grosses usines de textile du Bangladesh, travaillant pour des marques occidentales avait été détruite par un incendie. Le feu s’est déclaré alors que les ouvriers avaient déjà terminé leur journée de travail et quitté l’usine. Il a ravagé l’immeuble de dix étages situé à Gazipur , à 40 km de Dacca, les pompiers oeuvrant en vue de circonscrire l’incendie gagnant quatre bâtiments adjacents.

L’impact économique de l’incendie fut non négligeable pour le Bangladesh, l’usine pouvant accueillir jusqu’à 1800 ouvriers selon Mohammad Atiqul Islam, président de la Fédération des fabricants et exportateurs de textile (Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association ou BGMEA), laquelle représente les 4 500 usines du pays.

Incidence financière également à prévoir pour les fabricants tels que American Eagle Outfitters, Gap , Wal-Mart Stores, Marks and Spencer, Uniqlo ou Zara.

Des rumeurs laissant entendre qu’un ouvrier aurait été abattu par les forces de l’ordre lors d’une intervention policière en vue de disperser un blocus routier près de l’usine avaient mis le feu aux poudres la veille, même si un policier a par la suite démenti la rumeur. Si un rassemblement d’ouvriers a été dispersé à coups de gaz lacrymogène, des centaines d’entre eux se sont regroupés un peu plus tard, mettant l’usine à sac, incendiant deux bâtiments et bloquant l’accès au site.

« Il s’agit d’un acte de sabotage visant à créer l’anarchie dans le secteur de l’habillement » avait alors déclaré pour sa part le président du BGMEA. Ajoutant que « tous les groupes, y compris les employés, les dirigeants syndicaux et les quartiers acquis étaient impliqués dans cet incendie ».

Selon lui, cet événement est de nature « à envoyer un message négatif au monde et ternir l’image du Bangladesh ». Mohammad Atiqul Islam ajoutant que le pays devait – comme le Sri Lanka – faire face à de telles conséquences désastreuses.

S’exprimant au nom des fabricants nationaux du secteur de l’habillement, il avait par ailleurs exhorté le gouvernement « à prendre des sanctions et des mesures de protection en vue de sauver des mains du mal le plus grand secteur apporteur de devises » du pays.

– Des ouvriers contaminés par de l’eau en juin dernier, soupçon d’empoisonnement

En juin 2013, environ 600 ouvriers d’une usine textile de la périphérie de Dacca, capitale du pays, étaient quant à eux tombés malades après avoir bu de l’eau sur leur lieu de travail. L’intoxication s’était produite sur un site de la société Starlight Sweaters situé là aussi à Gazipur. « Les ouvriers ont été envoyés dans divers hôpitaux après s’être plaints de maux d’estomac et de vomissements », avait alors déclaré un responsable, Based Ali de l’entreprise. La police soupçonnant quant à elle « que l’eau de l’usine a(it) été empoisonnée ou contaminée ».

Un responsable de la Fédération des fabricants et exportateurs de textile s’est montré encore plus clair, indiquant que l’eau pourrait avoir été empoisonnée à dessein. « Nous soupçonnons un acte d’empoisonnement. Il pourrait s’agir de pesticide« , avait ainsi déclaré S.M. Mannan, le vice-président la BGMEA.

« L’usine a son propre approvisionnement en eau qui vient d’une pompe alimentée en profondeur par un puits, donc la contamination est écartée. Quelqu’un a dû mélanger du poison dans l’eau », avait-t-il ainsi affirmé.

Alors que le 24 avril 2013, l’effondrement d’un immeuble abritant des ateliers de confection avait causé la mort de 1 129 personnes au Bangladesh, le destin semblait alors vouloir s’acharner sur le secteur textile du pays.

Tant et si bien qu’il n’est pas totalement irraisonné de se demander si le hasard ne pourrait pas être associé à quelques intérêts financiers. Certains pouvant trouver avantage à affaiblir l’économie du Bangladesh en « plombant » son secteur textile. Et comme le dit le président du BGMEA lui-même « de créer l’anarchie dans le secteur de l’habillement prêt-à-porter ».

Or, une encore fois les droits de douane et taxes d’importation pourraient être à l’origine de la situation

Rappelons tout d’abord que la tragédie du Rana Plaza a mis au grand jour les conditions de travail et de sécurité fort déplorables de nombres d’usines textiles du Bangladesh. Lesquelles produisent le plus souvent pour des marques occidentales. Les syndicats et enseignes travaillant avec les entreprises de textile locales ont depuis conclu un accord pour contrôler les conditions de travail des Bangladais, affirmant vouloir envoyer « aussi vite que possible » des inspecteurs de la sécurité sur le terrain pour résoudre les problèmes les plus urgents ».

Simple coïncidence ? Précisons à toutes fins utiles que quelques mois avant le drame du Rana Plaza, alors que plusieurs employés du secteur textile bangladais avaient trouvé la mort dans plusieurs incendies d’usine, les Etats-Unis avaient laissé entendre qu’ils souhaitaient reconsidérer leurs accords commerciaux avec Dacca.

Le nerf de la guerre ? Washington avait alors estimé que « l’absence de progrès du gouvernement du Bangladesh en matière de droit du travail » justifiait « un retrait, une suspension ou une limitation » du système de préférence généralisé (GSP ou SPG) qui liait les deux pays, grâce auquel le Bangladesh a un accès sans quota ni droits de douane au marché américain.

Nous y voilà …

Une décision qui devait initialement être prise en juin 2013 … Depuis, le secteur a de nouveau été endeuillé. Les circonstances laissant craindre un durcissement de la position américaine.

Le système d’échanges mis en place notamment entre les deux pays – mais également entre le Bangladesh et l’Union européenne – pourrait en faire tousser plus d’un alors que le Bangladesh est devenu pour certains le nouvel « eldorado » du tissu et de la confection. C’est que la donne a changé : le pays devrait en effet passer devant la Chine dans le domaine alors que les salariés revendiquent de plus en plus leur part de la croissance, provoquant une hausse imprévue des salaires. Au grand dam des marques de prêt-à-porter occidentales.

En 2011, le cabinet McKinsey considérait ainsi que la production textile au Bangladesh allait doubler d’ici à 2015, tripler d’ici à 2020.

Le NYT estime pour sa part – se référant aux travaux du Center for Global Development – que désormais le coût de la vie en Afrique est trop élevé pour que les salaires soient plus faibles qu’au Bangladesh. En dehors de la Birmanie, aucun pays « relais » ne semble être susceptible de le concurrencer.

De quoi « inciter » au final les pays occidentaux à revoir leurs accords d’échanges. D’une manière ou d’une autre. Le mieux étant de se placer en position de force … Comme semble vouloir le faire les Etats-Unis.

« En tant que plus grand partenaire commercial du Bangladesh, l’Union européenne s’inquiète particulièrement des conditions de travail, notamment en matières de santé et de sécurité, en vigueur pour les travailleurs dans les usines à travers le pays », avaient déclaré pour leur part dans un communiqué la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, près d’une semaine après l’effondrement meurtrier du Rana Plaza.

« A la lumière de ces événements, l’Union européenne appelle les autorités du Bangladesh à agir immédiatement afin de s’assurer que les ateliers à travers le pays soient en conformité avec les normes internationales de travail, y compris celles de l’Organisation internationale du travail (OIT) », avaient ajouté les responsables européens.

« L’UE envisage actuellement (de prendre) des mesures appropriées, y compris par le biais du Système de préférences généralisés (SPG), afin d’inciter à une gestion responsable des chaînes d’approvisionnement impliquant les pays en développement », avaient-ils indiqué.

Sources : AFP, le Monde, France24, libre.be, DakhaTribune

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 1er novembre 2014


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