BNP PARIBAS ACT.A : Le plaidoyer imagé de ce trader qui attaque BNP en justice

Mots-clefs : , , , , , ,

(BFM Bourse) – Ayant fait ses armes de trader comme employé auprès de différents établissements, Armin S. s’est lancé sur les marchés pour son propre compte à partir de 2012. En 2015, sa route a croisé celle du premier groupe financier européen (par le montant des actifs), aboutissant à un litige de 150 millions d’euros. A la suite de sa plainte, une première audience technique s’est tenue cette semaine à Paris. De façon moins formelle, le trader développe aussi ses arguments via Youtube.

« Je n’aurais jamais pensé que nous en arrivions là », s’étonne Armin S., un trader indépendant établi dans l’ouest de l’Allemagne, qui préfère ne pas divulguer publiquement son nom « pour des raisons de sécurité ». « En réclamant initialement mon dû à BNP Paribas, j’étais certain que cette affaire se réglerait en quelques semaines de démarches. Je pensais qu’ils auraient préféré éviter d’étaler leurs manquements en public à l’occasion d’un procès ! », affirme-t-il, sûr de son bon droit.

Le jeune homme, qui échange volontiers quelques mots en français (il a obtenu un DEA auprès d’une université parisienne, sur le thème de l’analyse des risques financiers), explique pourquoi ses avocats réclament 152 millions d’euros à la banque française. C’est selon lui la somme qu’il aurait empoché s’il avait pu revendre les certificats (un type de produits financiers) qu’il avait acheté auprès de BNP Paribas. Sauf que la banque, s’étant aperçue d’une erreur monumentale sur le prix offert -108 euros par certificat, alors qu’ils auraient dû être valorisés plus de 50.000 euros- a tout simplement annulé la transaction. « J’ai pourtant réclamé la livraison des produits que j’avais acheté et la banque m’a d’abord répondu que c’était en cours, avant d’annuler ».

Une vidéo Youtube pour gagner l’opinion

En pratique, sur les centaines de milliers d’ordres qui passent tous les jours sur le marché, les « fat fingers » -comme on appelle une erreur manifeste sur la taille ou le prix d’un ordre- sont inévitables. Lors de transaction entre professionnels, la partie à l’origine de l’erreur dispose de 24 heures pour annuler la transaction. Mais passé ce délai, il faut livrer les produits au prix et à la quantité convenue, affirme celui qui gère pour son propre compte.

Pour illustrer de façon plus pratique l’enchaînement qui d’après lui a amené BNP Paribas à revenir sur ses engagements, Armin S. a même mis en ligne sur Youtube un film d’animation présentant son argumentaire (consultable via ce lien). Quelques bonnes volontés et un logiciel de montage acheté sur internet ont suffi, affirme-t-il. « J’ai essayé d’expliquer ainsi de façon la plus compréhensible ce qui s’est passé. Et si par la même occasion cela montre que les opérateurs de salle de marché des grands établissements ne sont pas aussi compétents que leurs salaires le laisseraient penser, cela ne me déplaît pas forcément », s’amuse-t-il.

« Pas ça pour l’argent »

BNP Paribas n’a jamais répondu de façon satisfaisante à ses sollicitations affirme-t-il, depuis l’incident survenu en décembre 2015. « J’ai même essayé de joindre directement le directeur général, monsieur Bonnafé, et tenté de m’exprimer lors de l’assemblée générale du groupe ». Sans succès. « J’ai l’impression qu’ils essaient de me décourager en y mettant toute leur puissance financière. Mais j’ai pour moi la puissance de mes arguments : je peux produire tous les documents prouvant ce que j’explique dans la vidéo ».

« De mon côté, je ne fais pas ça pour l’argent. Jusqu’ici, mes démarches m’ont au contraire énormément coûté, j’ai commandité des expertises, fait traduire tous les documents utiles par un traducteur assermenté, payé les frais juridiques en Allemagne et en France… Le fait est que je gagne ma vie avec le trading, mais je vis simplement : je n’ai pas de voiture, j’habite un appartement en location… ». D’ailleurs, s’il finit par l’emporter, « j’ai toujours indiqué que je reverserai à des associations caritatives tout montant supérieur à 40 millions d’euros. Pour moi c’est un peu le prix de l’arrogance de la banque qui refuse de reconnaître ses erreurs, au mépris de la réglementation boursière ».

Contacté par BFM Bourse, BNP Paribas n’a pas dans l’immédiat répondu à nos sollicitations. Les propos d’Armin S. ont été traduit par nos soins en français à partir d’une conversation tenue en anglais. Il exprime ici de sa version des faits, qui n’ont pas encore été définitivement jugés.

Guillaume Bayre – ©2019 BFM Bourse

Vous suivez cette action ?

Recevez toutes les infos sur BNP PARIBAS ACT.A en temps réel :


Votre avis

Actu et Conseils – BFM Bourse

Partager cet article