CAC 40 : Apeuré par la mutation du virus, le marché parisien rechute lourdement

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(BFM Bourse) – En dépit de l’accord (enfin) trouvé au Congrès US sur le plan de relance et du feu vert donné par l’Agence européenne du médicament au vaccin Pfizer, le CAC lâche 2,43% en clôture et retombe à un plancher depuis plus d’un mois.

Rien n’y a fait. Ni l’accord -pourtant attendu de longue date- au Congrès américain sur un nouveau plan de soutien à l’économie, ni l’autorisation donnée par le régulateur européen des médicaments à la distribution du vaccin développé par Pfizer et BioNTech dans l’UE n’ont permis à la Bourse de Paris, qui a ouvert en baisse de 2,5%, de se redresser. Le CAC 40 boucle ainsi sa première séance de la semaine sur un net recul de 2,43% (son plus fort recul journaliser depuis le 28 octobre dernier), à 5.393,15 points, ce qui constitue un plus bas en clôture depuis le 13 novembre.

“Malgré l’accord entre républicains et démocrates du Sénat américain ouvrant la voie à l’adoption d’un plan de relance de 900 milliards de dollars (…) c’est bien évidemment la violente mutation du coronavirus qui inquiète” soulignait le directeur des investissements de Mirabaud John Plassard dans sa note matinale. Apparue en Grande-Bretagne, cette nouvelle souche 70% plus contagieuse que la version originelle, a entraîné le reconfinement de 16 millions de Londoniens et d’habitants du sud-est de l’Angleterre.

Et après la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande, les Pays-Bas et la Belgique, l’Espagne et le Portugal ont à leur tour annoncé dans l’après-midi la suspension, à partir de mardi, des vols en provenance du Royaume-Uni, par craintes que cette mutation -“hors de contrôle” selon les autorités britanniques (qui ont recensé plus de 30.000 nouveaux cas ce lundi pour la deuxième journée consécutive)- ne viennent les submerger. Avant que vers 17h15, l’Union européenne

Motif d’espoir toutefois: cette nouvelle souche ne semble pas, à ce stade, porteuse d'”une gravité accrue ou d’une résistance au vaccin”, selon les gouvernements français et allemands. L’Agence européenne des médicaments, qui a validé lundi la commercialisation du vaccin développé par Pfizer et BioNTech, a également déclaré qu’il n’existait “aucune preuve” permettant de dire que ce vaccin ne protégerait pas contre la nouvelle souche.

La réaction du marché ce jour témoigne donc de l’extrême fébrilité des opérateurs face aux informations liées au virus. “C’est le genre d’accès de volatilité auquel il faut s’attendre tant que l’effet des vaccins n’est pas généralisé”, souligne Neil Wilson, analyste en chef pour Markets.com. Ces informations préoccupantes sur la situation sanitaire, associées à l’impasse des négociations sur l’après-Brexit, l’emportent donc sur les autres actualités plus porteuses d’espoir.

Le retour des craintes sanitaires fait également tanguer Wall Street

La peur qui a gagné les investisseurs européens ce lundi (-2,8% pour le Dax à Francfort, -1,7% pour le “Footsie” à Londres) s’est propagée jusque dans l’esprit des opérateurs new-yorkais ce lundi. “L’émergence d’une mutation du virus menace de gâcher la fin d’année alors que les investisseurs ont lancé le compte à rebours en vue de la conclusion d’une année 2020 chaotique”, estime Art Hogan, stratégiste en chef chez National Holdings. Les inquiétudes en provenance du Royaume-Uni ont de fait relégué au second plan l’accord trouvé dimanche soir entre parlementaires démocrates et républicains, qui doit être soumis au vote au Congrès lundi soir et prévoit notamment des chèques de 600 dollars par adulte et par enfant pour les ménages américains fragilisées par la pandémie. Steven Mnuchin a précisé que ces chèques seraient envoyés dès le début de la semaine prochaine. À 18h, le Dow Jones limite son repli à 0,5%, le Nasdaq cède 0,9% et le S&P recule de 1,1%. Ce dernier est notamment affecté par le net repli de Tesla (-5,1%), qui intègre officiellement l’indice élargi ce lundi.

Débandade pour les valeurs cycliques, la tech’ et la santé résistent

Du côté des valeurs à Paris, les fortunes ont été diverses en ce premier jour de la semaine, entre les secteurs durement affectés par les potentielles retombées économiques liées à l’apparition de cette nouvelle souche, et ceux qui limitent la casse.

Parmi les grands perdants du jour, on retrouve les compartiments qui avaient le plus subi la première crise sanitaire, à savoir les valeurs “cycliques”. Celles-ci comprennent notamment les valeurs bancaires (-5,2% pour Société Générale, -4,5% pour BNP Paribas, -3,8% pour Crédit Agricole), aéronautiques (-2,8% pour Airbus), automobiles (-2,9% pour Renault) ou encore les foncières (-4,7% pour URW).

Les valeurs pétrolières ont également souffert d’une brusque rechute des cours pétroliers en raison des craintes de durcissement des restrictions de déplacements qui induiraient un nouveau ralentissement de la demande (-3,,92% à 50,21 dollars pour le Brent, et -3,94% à 47,30 dollars pour le WTI). À noter que les deux références avaient récemment touché des plus hauts de 9 mois, faisant dire à Benjamin Louvet, gérant matières premières chez Ofi Asset Management, qu’il y avait “trop d’optimisme sur les prix actuellement” compte tenu des incertitudes qui demeurent sur la reprise de la demande. Total lâche ainsi 3,7% en clôture, et emporte avec lui l’ensemble des valeurs parapétrolières (-5,8% pour Vallourec, -4,7% pour Technip et -4% pour Maurel et Prom).

Sur le reste de la cote, les investisseurs sanctionnent également les valeurs liées au tourisme ou au voyage, à l’instar d’Air FranceKLM dont le titre lâche 4,2%, d’Europcar (-3,4%) ou d’Accor (-3%).

Peu de valeurs surnagent au sein de la cote parisienne ce lundi, puisque seulement deux titres de l’indice phare terminent la séance dans le vert, à savoir Worldline (+0,4%) et Saint-Gobain (+0,5%). Le secteur technologique d’ailleurs globalement bien résisté, comme en attestent les replis limités de Dassault Systèmes et Teleperformance (-1,1% chacun) ou encore de Dassault Systèmes. Au sein du SBF 120, Solutions 30 s’offre un léger rebond (+1,8%) après avoir remporté “un contrat majeur en Belgique pour le déploiement de compteurs intelligents” avec une part de marché potentielle estimée à 40% dans les Flandres. Plusieurs valeurs du secteur de la santé profitent également des derniers développements sur le front du virus pour rebondir, à l’instar de bioMérieux (+3,2%, meilleure performance de la séance), de Sartorius Stedim Biotech (+1,5%), tandis qu’Eurofins limite la casse (-0,9%). Le laboratoire de santé animale Virbac grappille aussi 0,7%.

Sur le Forex, la monnaie unique lâche du terrain face au billet vert, avec un repli de 0,24% à 1,2232 dollar, après avoir touché un nouveau sommet depuis plus de deux ans jeudi dernier.

Quentin Soubranne – ©2020 BFM Bourse

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