CAC 40 : Ce qui pourrait faire vaciller les Bourses en 2021

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Les investisseurs vont rester attentifs à l'évolution sur le front sanitaire

(BFM Bourse) – La question n’est pas de savoir si le CAC 40 va revenir au-dessus des 6.000 points mais à quelle vitesse il y parviendra, affirme Alexandre Baradez. Selon le responsable des analyses marchés du courtier IG, tout dépendra de l’évolution de la situation sanitaire, donc de l’efficacité des campagnes de vaccination…

La nouvelle année commence comme s’est terminée la précédente constate Alexandre Baradez, responsable des analyses marchés pour le groupe IG. A savoir “avec des craintes sanitaires toujours élevées et des mesures de reconfinement qui se prolongent ou se remettent en place en parallèle d’une campagne de vaccination qui a commencé plus ou moins rapidement selon les pays”. Si la France est en retard sur des pays comme les Etats-Unis, la Chine, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, les investisseurs parisiens ne se départissent pas de leur optimisme.

Prudence néanmoins, prévient l’expert pour qui “les marchés financiers arrivent à une période charnière: celle où les espoirs économiques sont légitimement permis mais celle où la pression sanitaire à court terme reste forte, notamment en Europe et aux Etats-Unis”. Et donc un moment “où les investisseurs vont forcément s’interroger sur les niveaux de valorisation après avoir “payé” le scénario d’un rebond rapide de l’économie depuis début novembre et les premières annonces d’avancées scientifiques sur le front des vaccins”. Celles-ci, de Pfizer d’abord puis de Moderna la semaine suivante, avaient rappelons-le provoqué un spectaculaire “rallye” permettant au CAC de reprendre plus de 1.000 points en trois semaines.

“Les résultats des entreprises pour le dernier trimestre seront donc particulièrement surveillés pour mesurer la résilience des entreprises dans un contexte où les restrictions sanitaires sont restées nombreuses” souligne Alexandre Baradez, qui ajoute que les marchés pourraient également projeter ces résultats pour le premier trimestre 2021 dans la mesure où l’étau ne se desserre pas sur le front de la pandémie.

La situation économique ne peut que s’améliorer en 2021

Selon le consensus FactSet, un rebond de 22% des bénéfices du SP500 est attendu en 2021, ce qui serait le plus fort rebond observé depuis 2010, c’est-à-dire après la crise des subprimes. “Et ce après une baisse des bénéfices anticipée à près de 14% en 2020” rappelle-t-il.

Autrement dit, il semble clair dans l’esprit des investisseurs que la situation économique ne pourra que s’améliorer en 2021, la question étant “de savoir à quelle vitesse on sortira des phases de confinement ou de restrictions, ce qui dépendra en très grande partie du succès des campagnes de vaccination”. “Si on transpose cela au CAC 40, la question n’est pas de savoir si on reviendra au-dessus des 6.000 points mais plutôt à quelle vitesse” avance-t-il.

D’un point de vue macroéconomique, les statistiques aux Etats-Unis sont régulièrement tombées en dessous des attentes depuis septembre, ce que l’on peut mesurer grâce à l’indice de “surprise économique”. “Cela ne veut pas dire que la situation s’est dégradée mais que les consensus étaient un peu trop optimistes par rapport à la réalité des chiffres. On peut donc légitimement s’interroger sur ce même degré d’optimisme concernant la réalité des résultats d’entreprises pour le quatrième trimestre 2020 et la premier trimestre 2021” met-il en garde.

Le désengagement progressif des banques centrales pourrait fragiliser les sociétés

D’autant que l’année 2021 marquera selon lui “la bascule d’un risque de solvabilité réduit au maximum grâce à l’action massives des banques centrales, à un risque de solvabilité des entreprises car les mesures de soutien économique ne seront pas aussi fortes qu’en 2020 et c’est là que les risques de défaut pourraient s’accroître pour les structures les plus fragiles” prévient-il. Avant de nuancer en expliquant qu’il ne devrait toutefois pas y avoir de “mur” avec un arrêt brutal mais plutôt une adaptation en fonction de la vitesse et de l’efficacité des campagnes de vaccination”.

Lundi dernier, un membre de la Fed Raphaël Bostic a d’ailleurs clairement indiqué que les achats d’actifs mensuels pourraient être revus à la baisse dès cette année si la distribution des vaccins produisait un effet positif sur l’économie. Ce serait in fine une bonne nouvelle en ce que cela traduirait une normalisation de la situation économique “mais pour des marchés qui baignent dans un océan de liquidités et qui sont psychologiquement maintenus dans cet environnement financier très favorable par les déclarations de Jerome Powell (les conditions financières aux Etats-Unis n’ont jamais été aussi accommodantes), tout changement de rhétorique laissant entrevoir un “tapering” (un arrêt progressif, NDLR) des mesures monétaires peut entraîner un effet déceptif à court terme” estime Alexandre Baradez. Quand bien même cela constituerait “un bon signe sur le degré de la reprise économique et sera dans un second temps salué par les marchés”. Autrement dit, et paradoxalement, une bonne nouvelle sur le front de l’économie pourrait être à court terme une mauvaise nouvelle pour les Bourses.

Quentin Soubranne – ©2021 BFM Bourse

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