CAC 40 : L'espoir né du vaccin de Pfizer entraîne l'une des plus fortes hausses de l'histoire du CAC 40

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(BFM Bourse) – Le CAC 40 a grimpé lundi de 7,57%, la 8e plus forte hausse de son histoire, après les résultats préliminaires meilleurs qu’attendu sur le vaccin expérimental co-développé par Pfizer et BioNTech.

Véritable euphorie ou soulagement légitime après des mois et des mois d’expansion sans frein du nouveau coronavirus ? Bien orienté en début de séance lundi, le CAC 40 a connu une accélération inouïe dans les secondes qui ont suivi l’annonce, à 11h45, des premiers résultats de l’étude confirmatoire sur le vaccin mis au point par la biotech allemande BioNTech, dont Pfizer a acquis les droits mondiaux (hors Chine, où c’est Fosun qui détient la licence). Entrevoyant sans doute pas la fin de la pandémie, ni même le commencement de la fin, mais tout de même la fin du commencement, les investisseurs ont totalement réévalué leur approche des actifs à risque, entraînant un rebond de 7,57% s’agissant du CAC 40 à 5.336,32 points. Ceci dans un volume d’échange exceptionnel soit 9,2 milliards d’euros échangés, équivalent à trois ou quatre séances d’ampleur habituelle.

À l’atteinte de la barre prédéfinie de 94 cas avérés de Covid parmi l’échantillon de volontaires (plus de 43.000 personnes à ce stade, dont plus de 38.000 ayant reçu les deux injections du protocole), les chercheurs ont observé une différence d’efficacité bien supérieure aux attentes, soit 90% parmi les patients vaccinés par rapport à ceux qui n’avaient reçu qu’un placebo.

Une efficacité “extraordinaire” selon Anthony Fauci

“On peut probablement parler de game changer pour cette annonce du laboratoire américain. Même Anthony Fauci, spécialiste américain des maladies infectieuses et membre de la task force de l’administration américaine pour gérer la crise du Covid-19 aux Etats-Unis a déclaré aujourd’hui que l’efficacité du vaccin expérimental était “extraordinaire” et que cela aurait un “impact majeur” sur la réponse apportée au Covid-19″, assure Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marchés chez IG France.

Alors que l’agence américaine du médicament avait indiqué que face à l’immensité du besoin thérapeutique le mètre étalon pouvait être descendu aussi bas que 50% d’efficacité, sous réserve bien entendu d’absence d’effets secondaires, ces premières données d’efficacité constituent le plus grand espoir à ce jour de disposer rapidement d’un vaccin. Pfizer compte demander prochainement une autorisation temporaire d’utilisation (l’étude se poursuivant parallèlement jusqu’à un prochain jalon de 164 cas sur l’échantillon étudié). Le groupe américain, qui a fait le pari de développer ses capacités de production avant même d’obtenir la certitude de l’efficacité -de façon à être en mesure de produire pratiquement dès cette efficacité établie- pense pouvoir le cas échéant livrer 50 millions de doses dès la fin 2020, avant de monter fortement en puissance l’an prochain avec un objectif de 1,3 milliard de doses (les pré-commandes couvrent déjà le tiers de ce volume).

De plus, la technologie développée par BioNTech étant proche de celle de Moderna, les investisseurs considèrent que les résultats du BNT162 renforcent la probabilité de résultats positifs également pour la biotech américaine, également en dernière phase d’essais actuellement. Globalement, on compte dans le monde seize projets (universitaires compris) en “phase 3”.

Les titres massacrés depuis le début de l’année rebondissent nettement

Au niveau des valeurs, ce sont les secteurs les plus touchés ces derniers mois par la crise qui ont le plus fortement rebondi à l’annonce de Pfizer. C’est ainsi le cas des foncières comme Klepierre (+31%), de l’aérien avec Air France-KLM (+27,5%), de la publicité (+40% pour JCDecaux) ou encore de la location automobile (+26% pour Europcar).

Plus du quart des titres composant l’échantillon du CAC 40 ont enregistré une variation à deux chiffres, à commencer par Unibail (+23%), Vinci (+19%), Airbus (+18,6%).

Plusieurs poids-lourds ont même touché de nouveaux sommet historiques: LVMH, la première capitalisation tricolore a bondi de 7,66%, Kering de 6% ou Schneider Electric de 4,9%.

Après l’annonce de la prise de contrôle d’un opérateur roumain, Telekom Romania, Orange a progressé (+3,3%) mais en sans surperformer l’indice.

L’atmosphère qui régnait sur les marchés en ce début de séance lundi ressemblait à celle de la semaine dernière, au cours de laquelle l’indice phare tricolore a grimpé de 7,98% (plus forte hausse hebdomadaire depuis mi-juin). Vers 12h00, le CAC 40 progressait déjà d’environ 1,6%, alors que les opérateurs tournaient la page des élections américaines.

Les marchés tournent la page Trump

Avant l’annonce de Pfizer qui a provoqué un krach à l’envers -mais une vraie débâcle pour les actions corona-compatibles comme celles des fabricants de tests, qui ont dégringolé– les investisseurs saluaient le résultat de l’élection américaine. Or, si l’actuel président des Etats-Unis n’a pas à ce stade reconnu de défaite face à son challenger démocrate, les marchés n’ont plus de doutes. Les recours intentés jusqu’ici par le camp républicain ont une portée trop limitée pour espérer changer le cours des choses dans un nombre suffisant d’Etats déterminants (si tant est que les juges y fassent droit, ce qui n’est pas le cas à ce stade avec des rejets en Georgie, dans le Michigan et au Nevada).

“Le futur ex-locataire de la Maison Blanche semble avoir la ferme intention de contester le résultat final, allant jusqu’à réclamer l’intervention de la Cour suprême pour trancher sur une hypothétique fraude durant le comptage des voix. Déjà accusée d’être très politisée en raison de la nomination de plusieurs de ses membres récemment par le candidat républicain durant son mandat”, la Cour suprême ne devrait “pas s’en mêler”, juge Guillaume Dejean chez Western Union Business Solutions. “D’autant plus si le camp plaignant n’apporte pas davantage de preuves pour étayer ses accusations. Dans les faits, sans éléments nouveaux apportés par les républicains, il est peu probable que le moindre recours juridique puisse aboutir favorablement. L’écart de voix dans les Etats où le résultat final est longtemps resté en suspens est trop important pour qu’un éventuel recomptage puisse changer la donne”, ajoute Guillaume Dejean. Rien à voir avec la situation de 2000 où le recomptage en Floride avait fait basculer le scrutin à 500 voix près.

Le marché toujours séduit par la perspective d’un Congrès divisé outre-Atlantique

La victoire de Joseph Biden, appelé à devenir le 46e président des Etats-Unis, conjuguée à un probable statu quo en ce qui concerne la composition du parlement, apporte avant tout une lisibilité aux investisseurs. D’une part, “les marchés accueillent positivement la nouvelle de l’arrivée d’un dirigeant au profil moins clivant et moins imprévisible que son prédécesseur”, observe Guillaume Dejean. Les observateurs s’attendent à ce qu’une administration Biden adopte une politique étrangère plus conventionnelle et soit moins encline à imposer brutalement des barrières douanières ou rallumer à brûle-pourpoint les tensions avec la Chine.

Dans le même temps, les anticipations d’une “vague bleue” ont largement été démenties de sorte que le Sénat (chambre haute du Congrès) devrait rester républicain. De quoi freiner les velléités de durcir la fiscalité ou la réglementation vis-à-vis de certains secteurs, comme le numérique ou la santé, un élément plutôt apprécié des investisseurs.

Outre-Atlantique, le Dow Jones prenait 3,8% et le S&P 500 2,8%, marquant de nouveaux records historiques (alors que le CAC 40 en dépit de l’envolée du jour reste encore en-deçà de son niveau de début d’année), tandis que le Nasdaq Composite sous-performait quelque peu avec un gain de l’ordre de 1%.

Les espoirs sur la demande de pétrole propulsent les cours de l’or noir

Après une chute de plus de 10% en octobre, les marchés à terme du pétrole (ICE et Nymex) se redressaient aussi fortement. Le baril de Brent s’adjugeait 7,66% à 42,47 dollars et le WTI gagnait 8,62% à 40,314 dollars.

Du côté des changes, le billet vert remontait fortement entraînant un repli de 0,54% de l’euro à 1,1811 dollar.

Guillaume Bayre – ©2020 BFM Bourse

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