Canada, Chine et Hong-Kong : systèmes bancaires à risque, plombés par l’endettement

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Inquiétudes à avoir autour de Chine, Hong-Kong et Canada ? Selon un rapport rendu public par la Banque des règlements internationaux – Bank For International Settlements (BIS) – les systèmes bancaires de ce trio comporteraient des risques en raison de leur taux élevé d’endettement. L’organisme, créée en 1930, est détenu par 60 banques centrales qui, ensemble, représentent près de 95 % du produit intérieur brut de la planète.

Le document publié par la BIS souligne en effet que des indicateurs d’alerte précoce virent désormais au rouge en ce qui concerne les rapports existant entre le crédit et le produit intérieur brut des entités concernées.

S’agissant tout particulièrement du Canada et de Hong Kong, les stress inhérents aux systèmes sont liés au coût d’accès à la propriété et aux « seuils critiques atteints et dépassés », une situation qui résulte dans la plupart des cas à des marchés immobiliers en surchauffe.

En ce qui concerne le Canada, le second rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux fait état d’un écart entre crédit et produit intérieur brut de 11 % au-dessus de la tendance à long terme, alors qu’il se situe à 35 % à Hong Kong. Pour la Chine continentale, cette mesure est de 22 %, alors qu’elle est de 7,6 % aux États-Unis.

Cette publication voit le jouer alors que la semaine dernière, Statistique Canada indiquait pour sa part qu’au deuxième trimestre les Canadiens avaient un taux d’endettement de 167,8 % par rapport à leur revenu disponible, contre 166,6 % au premier trimestre. Ce qui signifie en clair que pour chaque dollar de revenu disponible, un ménage doit 1,68 dollar canadien.
Durant la même période, le revenu des ménages a grimpé de 1,2 %, tandis que leur dette sur le marché du crédit a progressé de 1,9 %. La dette totale des ménages, laquelle comprend le crédit à la consommation, les prêts hypothécaires et les autres prêts, s’est chiffrée à près de 2077,2 G$ au deuxième trimestre. La dette hypothécaire a augmenté de 1,6 % à 1361 G$ , tandis que le crédit à la consommation s’est accru de 2,4 % à 609,6 G$ .

Si nombre d’experts avaient d’ores et déjà alerté sur la situation de la Chine, celle du Canada s’était fait plus discrète jusqu’à présent.

En août dernier, un rapport remis à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) indiquait néanmoins que le poids de l’endettement de certains Canadiens pourrait finir par impacter la population toute entière, et même ceux mieux lotis en terme de situation financière.

En mars 2017, un nouveau rapport concernant la situation de crédit des emprunteurs et des tendances du marché immobilier prévenait d’ores et déjà que l’augmentation du ratio de la dette au produit intérieur brut (PIB) pourrait assombrir les perspectives de croissance à long terme de l’économie canadienne. Le document citait une étude qui affirmait qu’à long terme la hausse de l’endettement des ménages pouvait contrebalancer les bénéfices à court terme de la consommation.

L’endettement des ménages a d’ores et déjà été identifié comme un risque clé pour l’économie canadienne. Si la faiblesse des taux d’intérêt observée ces dernières années a permis à de nombreux Canadiens d’emprunter de l’argent avec plus de facilité, les taux ont commencé à grimper ces derniers mois.

Alors que la Banque du Canada a haussé son taux directeur à deux reprises depuis la fin du deuxième trimestre, les grandes banques canadiennes ont accru leurs taux préférentiels, utilisés pour calculer les prix des hypothèques à taux variables et d’autres prêts. Les rendements des obligations ont également progressé ces derniers mois, faisant grimper les taux des nouvelles hypothèques à taux fixe.

La croissance marquée des dépenses des ménages, stimulée par des taux d’intérêt à des niveaux historiques suscite désormais des craintes d’autant plus importantes que les niveaux d’endettement atteignent des records. Revers de la médaille voire bombe à retardement d’une situation ayant toutefois été à l’origine de la croissance économique du pays.

Le document de la SCHL indique ainsi qu’une hausse d’un point de pourcentage du ratio de la dette par rapport au PIB pouvait se traduire par un ralentissement de la croissance économique de 0,1 point de pourcentage trois ans plus tard. Ce calcul, publié en janvier 2017 par la Banque des règlements internationaux, a été réalisé en compilant des indicateurs en provenance de 54 pays entre 1990 et 2015.
«Nos résultats suggèrent que l’endettement stimule la consommation et la croissance du PIB à court terme, souligne le rapport de l’institution. Toutefois, le poids de la hausse de l’endettement vient affecter l’économie réelle en l’espace d’un an.» La Banque ajoutant : « à long terme, les effets négatifs de l’endettement sont plus importants que les gains réalisés à court terme».

Le document indiquait également que le niveau de la dette par rapport au PIB avait grimpé de cinq points de pourcentage entre 2010 et 2016, passant de 93 à 101 %. Le rapport place le Canada au deuxième rang, derrière l’Australie, au chapitre des pays ayant affiché la plus importante augmentation du radio de la dette par rapport au PIB sur une période de six ans.
L’économiste en chef de la Banque de Montréal, Doug Porter avait alors déclaré qu’il ne remettait pas en cause le fait que la hausse du niveau de la dette par rapport au PIB représente un risque pour la croissance économique. Il s’était montré toutefois sceptique en ce qui concerne le lien direct entre ce niveau d’endettement et la croissance économique.
Doug Porter avait toutefois reconnu que l’endettement croissant des ménages canadiens laissait suggérer des difficultés pour le pays d’afficher un taux de croissance aussi élevé que par le passé.

Sources : BIS, Presse canadienne

Elisabeth Studer – 19 septembre 2017 – www.leblogfinance.com

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