CASINO GUICHARD : Pourquoi les fonds spéculatifs ont drastiquement réduit la vente à découvert sur Casino

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(BFM Bourse) – Casino respire. Dans le collimateur des vendeurs à découvert depuis de longs mois, le titre du distributeur abandonne son titre peu honorifique d’action “la plus shortée de la cote parisienne”. Les positions vendeuses, qui représentaient plus de 20% du capital en juin dernier, ont chuté. Le nouveau plan de cession d’actifs a notamment affaibli l’argument des fonds qui avaient ciblé le groupe de Jean-Charles Naouri pour sa dette colossale.

Une belle revanche. Dans son bras de fer qui l’oppose aux fonds spéculatifs, Casino semble reprendre le dessus après avoir subi pendant de longs mois les assauts répétés des vendeurs à découvert (misant sur une baisse du titre) qui attaquent le groupe dirigé par Jean-Charles Naouri sur son crédit. De fait, alors que ces positions courtes ont représenté jusqu’à 20,47% du tour de table de Casino le 21 juin dernier, elles sont tombées à 12,7% du capital en fin de semaine dernière, avant de remonter légèrement en début de semaine pour s’établir autour de 14% mercredi en clôture, selon les données d’IHS Markit. Casino cède ainsi sa place de valeur française la plus vendue à découvert au groupe de laboratoires d’analyses spécialisée dans l’agroalimentaire et la biologie médicale Eurofins Scientific (16,35%).

La vente à découvert consiste à vendre un actif financier avant de l’avoir acheté. Si le titre baisse entre la vente et l’achat, cela permet de dégager une plus-value pour l’investisseur. En revanche si le titre grimpe, l’investisseur perd de l’argent.

Alors que la part des positions courtes ne cessaient d’augmenter à mesure que le titre Casino lâchait du lest -jusqu’à atteindre un plus bas de 27 euros à l’occasion du placement en procédure de sauvegarde de sa maison-mère Rallye fin mai dernier-, les vendeurs à découvert ont été contraints de liquider leurs positions courtes (“short squeeze”) face au rebond de celui-ci (à 43,3 euros vers 17h15 jeudi) à la suite des dernières annonces de Jean-Charles Naouri.

Accélération du désendettement

Le dirigeant a en effet annoncé un nouveau plan de cession d’actifs de l’ordre de 2 milliards, ce qui porterait à 4,5 milliards d’euros le montant total des cessions depuis 2018. Pressé par les marchés de réduire sa dette, le distributeur s’était engagé à céder pour 1,5 milliards d’euros d’actifs en juin 2018, un montant atteint en seulement sept mois, ce qui avait poussé le groupe à porter son objectif à 2,5 milliards d’euros à horizon mars 2020.

L’accélération des ventes d’actifs et de magasins a nettement fragilisé l’argument des fonds qui misaient à la baisse sur le titre Casino en mettant en avant sa dette qui s’établissait à 3,7 milliards d’euros. Les diverses opérations de cession de magasins déficitaires permettent à Casino de cibler désormais “un niveau d’endettement de 1,5 milliard d’euros qui est un bon levier pour notre métier”, assurait le directeur financier de Casino David Lubek en juillet dernier après avoir dévoilé les résultats semestriels.

Les vendeurs à découvert craignent le versement d’un dividende exceptionnel

Cette réduction des positions “short” “ne surprend pas vraiment” Clément Genelot, analyste en charge du dossier chez Bryan Garnier. “Les vendeurs à découvert de Casino sont pris en étau entre d’un côté les spéculations de rachat de Casino par Daniel Kretinsky (dont l’arrivée au capital du groupe a été saluée par le marché début septembre, NDLR) ou par des distributeurs concurrents (des spéculations que je juge peu probables à ce stade mais qui deviennent récurrentes)”, explique-t-il.

Et de l’autre, “la probabilité que Casino finisse par verser un important dividende exceptionnel à terme pour aider Rallye à rembourser une bonne partie de sa dette”, car plus les programmes de cessions d’actifs s’enchaînent chez Casino et plus le groupe se donne de la marge de manœuvre pour verser ce dividende exceptionnel”, indique le spécialiste du distributeur. “Or quand un fonds est vendeur à découvert d’un titre qui verse un dividende, il doit également débourser le dividende de sa poche” à l’actionnaire à qui il a emprunté ces actions.

En outre, l’arrivée au capital (à hauteur de près de 5%) de l’homme d’affaires polonais début septembre a drastiquement réduit la quantité d’actions Casino en mesure d’être prêtées, comme l’indique une source de marché à l’Agefi : “Initialement, environ un quart du capital du groupe, soit 25 millions de titres, était disponible dans ce que l’on appelle le “lending pool”. L’entrée de Daniel Kretinsky, allié de Jean-Charles Naouri, a fait disparaître 2,5 millions d’actions du “lending pool”, provoquant un mouvement de panique chez certains vendeurs à découvert”. Toujours selon cette source, le manque de liquidités qui en a découlé a par ailleurs fait bondir les loyers réclamés par les actionnaires pour rémunérer le prêt de leurs actions (de 20% à 50% par an), ce qui a rendu les stratégies de ventes à découvert des fonds spéculatifs particulièrement onéreuses, expliquant pourquoi certains d’entre eux ont jeté l’éponge.

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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