Combien votre assurance-vie en fonds euros va-t-elle vous rapporter en 2019?

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Ils avaient prévenu. Ils l’ont fait. Certains du moins. Les assureurs-vie commencent, tour à tour, à communiquer les taux servis au titre de l’année 2019 sur les contrats en fonds euros traditionnels. Et la chute se révèle brutale à bien des égards.

En 2018, le taux moyen de rendement des contrats d’assurance-vie composés de fonds en euros s’était maintenu à 1,80%, comme en 2017, selon les données de la Fédération Française de l’Assurance (FFA). Mais en 2019, ce taux devrait être bien inférieur.

Generali et Swiss Life ont déjà annoncé passer à un rendement net de frais de gestion de 1% en 2019 pour ces supports. En 2018, il servaient encore du 1,5% pour Swiss Life et du 1,75% pour Generali. Et d’autres grands noms de la place leur emboîtent le pas. Dernier exemple en date: Allianz. A l’occasion de la 2e édition du Sommet BFM Patrimoine organisé le 4 décembre dernier par BFM Business, Jacques Richier, le PDG pour la France du groupe germanique, a confirmé une baisse drastique des rémunérations. “Si le taux de rendement moyen (servi par Allianz France pour les contrats en fonds euros – NDLR) était à 1,7% (en 2018), le taux de rendement moyen sera de 1,2%” en 2019, a-t-il prévenu lors de l’événement.

Une projection qui inquiètent les épargnants alors que l’assurance-vie reste le placement financier roi des Français. A fin octobre, l’encours des contrats d’assurance-vie s’élevait à 1.779 milliards d’euros, selon la FFA. Or, pratiquement 80% de ces encours sont placés en fonds euros. 

Des assureurs mis sous pression par les taux bas

Pour expliquer ces baisses continues (pour rappel, le rendement moyen servi pour les contrats 100% fonds euros atteignait 3,60% en 2009 et même 4% en 2008), il convient, de l’avis de Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Good Value for Money, de mettre exergue au moins deux points essentiels.

Premièrement, le changement de conjoncture. Si les assureurs n’hésitent plus à amputer les taux de leurs contrats traditionnels, c’est bien parce qu’ils doivent composer avec un environnement durable de taux bas qui les met de plus en plus sous pression.

Cette politique mise en œuvre par la Banque centrale européenne (BCE) pousse les assureurs à des ajustements. L’an passé, la profession avait eu une lueur d’espoir, espérant que la zone euro allait renouer avec une remontée des taux. Et puis non. Or cette politique de taux bas fait reculer les taux d’intérêts des obligations des Etats de la zone euro. A titre d’exemple, la France emprunte actuellement sur 10 ans à près de 0%, selon les données de l’Agence France Trésor.

Pour les fonds euros, les assureurs placent essentiellement les fonds de leurs clients dans des placements jugés extrêmement sûrs comme les obligations souveraines de la zone euro. Avec des Etats qui émettent de la dette à prix cassé, c’est le business model des assureurs qui est remis en cause. Ils disposent certes en portefeuille d’anciennes obligations (avec des taux plus élevés) mais, au fur et à mesure que celles-ci arrivent à échéance, ils doivent miser sur des obligations de moins en moins rentables. 

D’où la volonté des assureurs de réorienter l’épargne de leurs clients vers d’autres actifs, autrement dit les assurances-vie qui comportent au moins en partie des unités de comptes (actions, SCPI, Sicav…).  Pour les nouveaux clients en assurance vie qui placent plus de 100.000 euros, Allianz, Generali ou encore Aviva leur imposent ainsi 30% d’unités de compte au minimum.  Car pour de plus en plus d’assureurs, l’époque du tout fonds euros est révolue

Des règles prudentielles trop dures?

Deuxièmement, et comme si cela ne suffisait pas, les établissements financiers ont plus de mal à respecter les ratios prévus par “Solvabilité II”, du nom d’un ensemble de règles prudentielles européennes appliquées depuis le 1er janvier 2016. Elles définissent notamment un montant minimal de capitaux au-dessous duquel un organisme est considéré comme non solvable. Depuis son entrée en vigueur, plusieurs assureurs se sont retrouvés dans l’obligation de renforcer leurs fonds propres pour pouvoir accueillir de nouveaux flux d’épargne et tenir leurs engagements.

C’est le cas, par exemple, du Crédit Mutuel Arkéa qui a dû recapitaliser sa filiale d’assurance-vie et de prévoyance Suravenir à hauteur de 540 millions d’euros. “Les assureurs français – y compris en cette période de taux négatifs – sont éminemment solvables. C’est-à-dire qu’ils sont totalement en mesure d’honorer tous les engagements qu’ils ont contractés vis-à-vis des assurés que ce soit en assurance-vie ou en assurance dommage”, avait néanmoins tenu à rassurer la présidente de la Fédération française de l’assurance, Florence Lustman, qui était invitée fin octobre sur BFM Business.

Quoi qu’il en soit, les assureurs avaient au départ donné leur accord pour mettre en oeuvre “Solvabilité II”. Une posture que Cyrille Chartier-Kastler a encore du mal à concevoir: “Le secteur a pris, à l’époque, une orientation qui était déconnectée de la réalité, avec une norme qui s’avère à la fois contreproductive pour l’assurance-vie et d’une complexité inouïe”, juge-t-il.

Des choix stratégiques contestables?

La conjoncture économique actuelle force ainsi les assureurs à naviguer à vue. Dans les colonnes du Monde début décembre, Philippe Brassacle directeur général du Crédit agricole SA, indiquait que les acteurs du secteur étaient “dans le brouillard, et tout le monde roule à 40 km/heure. Cela conduit à adopter des stratégies plus prudentes”.

Toutefois, pour Cyrille Chartier-Kastler, certains assureurs-vie auraient pu éviter ce type de déconvenues s’ils avaient opéré en interne des arbitrages financiers différents. “Dire que rien ne va plus dans le secteur est excessif”, estime-t-il. “Les assureurs-vie gèrent très bien leurs fonds euros et leurs résultats financiers demeurent excellents. De plus, ce n’est pas parce que quelques acteurs doivent aujourd’hui renforcer leurs fonds propres pour répondre aux normes prudentielles européennes qu’il se trouvent pour autant en difficultés. Il ne faut pas mélanger marge de solvabilité et taux servis”, insiste l’expert.

Mais il tient à le souligner, si certains assureurs avaient “davantage renforcé leurs fonds propres et versé peut-être un peu moins de dividendes à leurs actionnaires, on parlerait beaucoup moins d’augmentations de capital ou de levées de titres subordonnés à l’automne 2019”.

A cela, Generali France répond en rappelant que “toutes les compagnies d’assurance vie sont confrontées à une double contrainte. D’une part, à un cadre réglementaire prudentiel très strict visant avant tout à protéger au maximum les assurés. Le tout, en immobilisant davantage de capital quand les placements sont risqués”, explique Hugues Aubry, membre du comité exécutif de Generali France, en charge de l’Epargne et de la gestion de patrimoine.

“D’autre part”, poursuit-il, les assureurs doivent faire face “à un environnement durable de taux obligataires bas voire négatifs (l’OAT 10 ans, la référence du taux ‘sans risques’ est passé sous le seuil symbolique des 0 % en juin dernier). Ce qui impacte directement les rendements de nos fonds en euros, composés principalement de placements obligataires. Ce contexte remet en cause la triple promesse du fonds en euros: garantie en capital, performance et liquidité à tout moment”.

Résultat: Generali indique avoir pris le parti “de baisser significativement les taux de rendement 2019” de ses fonds euros. Ces derniers reflétant, selon la compagnie d’assurance, sa “volonté”, dit-elle, “de protéger l’épargne des assurés” qui lui ont fait confiance, ainsi que sa “responsabilité collective à tenir compte de ce nouvel environnement de taux”, assure Hugues Aubry.

Quel rendement moyen en 2019?

Au final, si le sort de la majorité des contrats en fonds en euro semble scellé pour cette année, il demeure – pour l’instant – difficile d’en mesurer l’ampleur exacte. Cyrille Chartier-Kastler table sur un rendement moyen qui pourrait s’établir à 1,40% en 2019*. Un chiffre qui tient notamment compte de “l’érosion progressive des taux et correspond à la réalité financière des actifs des fonds en euros”.

“Ce que je constate généralement, c’est que le marché se révèle assez irrégulier. Il a souvent tendance à diminuer ses taux une année sur deux”, détaille le patron de Good Value for Money. “En 2018, nous nous attendions à une révision du taux de 2017 avec un taux moyen servi de 1,60%. Finalement, le marché n’a pas connu la baisse sur laquelle nous tablions (il a même stagné pour ce qui est des fonds euros – NDLR)”, indique l’expert.

Selon lui, il s’avère ainsi “fort possible que le secteur connaisse une révision de ses taux beaucoup plus importante en 2019”, que sa projection de 1,40%. Et “dans les années à venir, il est probable que les taux des contrats en euros atterrissent autour de 0,50%. C’est tout sauf dramatique pour un placement sécurisé et liquide. Il faudra simplement accepter que les fonds en euros rapportent désormais moins que l’inflation”, prévient-il.

Encore des réserves dans lesquelles puiser

Bien sûr, les premiers rendements moyens publiés par les acteurs du secteur ne reflètent pas la stratégie mise en place par l’intégralité de la profession. Certains assureurs pourraient – s’ils le voulaient – choisir de ne pas suivre cette tendance de baisse de taux. Pour quelle raison? Parce que certains acteurs disposent de réserves et de plus-values latentes particulièrement confortables, notamment avec les “Provisions pour Participation aux Bénéfices” (PPB). Fin 2018, le niveau moyen de PPB a, selon les calculs de Cyrille Chartier-Kastler, atteint 3,90% des actifs sous gestion. Il devrait encore se renforcer à l’issue de l’exercice 2019 et se situer dans une fourchette de 4,30% à 4,50%, selon l’expert.

Plusieurs assureurs-vie disposent donc d’importantes réserves. C’est le cas, par exemple, de BNP Paribas Cardif avec 4,87% de PPB par rapport aux encours des fonds en euros fin 2018 ou de MMA qui a enregistré l’an passé un taux de PBB particulièrement élevé à 5,35%. A voir si les assureurs en question privilégieront le fait de piocher dans lesdites réserves pour maintenir les rendements de leurs fonds euros ou si, au contraire, ils préféreront conserver ce matelas de sécurité pour les années à venir.

*Ce taux moyen a été établi en s’affranchissant de tout événement politique et autres pressions pouvant avoir un impact sur ce taux.

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