Cyprus Airways arrêté en plein vol après une décision de la Commission européenne affectant Chypre

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Cyprus Airways arrêté en plein vol après une décision de la Commission européenne affectant Chypre

Rien de tel que le chaos ambiant – et un vendredi qui plus est – pour que de telles nouvelles passent inaperçues … et pourtant …

Plombée par les dettes et sommée par la Commission européenne de procéder au remboursement des 65 millions d’euros d’aides publiques, la compagnie nationale chypriote Cyprus Airways, a mis fin à ses vols vendredi.

Cela ne fait que démontrer s’il en était besoin que le rouleau compresseur BCE et FMI poursuit allègrement sa route, le fait que Chypre constitue une pièce positionnée sur un emplacement on ne peut plus stratégique de l’échiquier énergétique mondial – notamment en Turquie et Israël – n’étant peut-être pas totalement étranger à l’affaire.

S’exprimant lors d’une conférence de presse, le ministre des Finances, Harris Georgiades a tenu à préciser qu’après la décision de la Commission européenne exigeant vendredi de récupérer 65 millions d’euros d’aides publiques versées indûment selon elle à la compagnie, cette dernière n’était « plus viable économiquement ». Le gouvernement chypriote s’est donc résolu peu après à annoncer « la fin immédiate du programme de vols de Cyprus Airways ».

Le ministre chypriote des Communications, Marios Demetriades, avait préalablement averti jeudi que si la Commission exigeait le remboursement des aides, «le cas échéant, la compagnie n’aurait pas d’autre choix que de suspendre ses opérations».

Une forte concurrence aura donc eu raison de Cyprus Airways, lourdement endettée , la suppression de quelque 500 postes depuis 2013 et la vente d’une série d’actifs n’auront pas permis de redresser la situation. Fondée en 1947 et détenue à 93 % par l’État, la compagnie employait 560 salariés, opérant sur six appareils.

Préalablement, la Commission avait expliqué dans un communiqué être « parvenue à la conclusion qu’un programme d’aides à la restructuration, d’un montant de plus de 100 millions d’euros, en faveur de Cyprus Airways » avait « conféré à cette dernière un avantage indû sur ses concurrents, en violation des règles de l’UE sur les aides d’État ». Ajoutant que  la compagnie devait donc « rembourser toutes les aides incompatibles avec le marché unique qu’elle a reçues ».

Précisons que les aides concernées consistent en un apport de capitaux et des prêts de sauvetage, lesquels ont été respectivement versés en 2012 et 2013 par le gouvernement chypriote.

Mais en 2007, la Commission avait d’ores et déjà autorisé une aide publique de 95 millions d’euros. Or les règles européennes en matière de concurrence stipulent qu’une entreprise ne peut bénéficier d’une aide à la restructuration qu’une seule fois sur une période de 10 ans.

« Cyprus Airways a bénéficié de fonds publics importants depuis 2007, mais n’est pas parvenue à se restructurer et devenir viable sans l’appui continu de l’État », a tenu à argumenter la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, dans un communiqué.

Selon les derniers chiffres disponibles, Cyprus Airways avait subi une perte nette de 55,8 millions d’euros en 2012, soit plus du double de l’année précédente.

En juillet dernier, le gouvernement chypriote avait lancé un appel d’offres pour le rachat du transporteur, sans succès. Si 14 compagnies avaient initialement exprimé leur intérêt, seules deux d’entre elles – la compagnie irlandaise à bas coût Ryanair et la compagnie grecque Aegean Airlines – avaient par la suite mené des négociations avec le gouvernement, sans toutefois faire de propositions sérieuses.

A noter que le gouvernement chypriote a indiqué avoir pris des mesures pour permettre à toutes les personnes ayant des billets Cyprus Airways de bénéficier de solutions alternatives, comme le recours à d’autres compagnies. « La République prendra complètement en charge le coût de vols alternatifs et les passagers n’auront ainsi aucune charge à assumer », a par ailleurs précisé le gouvernement.

Le ministre des Communications de Chypre a par ailleurs a indiqué que le gouvernement allait chercher à créer une nouvelle compagnie aérienne si elle trouvait des investisseurs sérieux.   Des investisseurs en provenance de Russie ? qui sait ...

Cette annonce intervient alors qu’au début du mois de novembre 2014, le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman avait déclaré que le droit de Chypre à exploiter du pétrole et du gaz au large de ses côtes devait être respecté par tous les pays, y compris par la Turquie. Lieberman s’exprimait ainsi après une réunion avec son homologue chypriote Ioannis Kasoulides.  »Toutes les nations doivent respecter la souveraineté de leurs voisins et cela est ‘extrêmement nécessaire’ afin de ne pas rajouter de tension dans une région déchirée par les conflits », avait-t-il alors affirmé.

Rappelons que la Turquie ne reconnaît pas la République de Chypre, tout en étant le seul pays à reconnaître la République turque de Chypre-Nord. Or, Ankara s’oppose à l’exploitation de gisements gaziers ou pétroliers par le gouvernement grec-chypriote avant tout accord de paix avec les Chypriotes du nord.

En octobre 2014, Chypre a annoncé la suspension de sa participation aux négociations visant à la réunification de l’île, en vue de protester contre les agissements d’Ankara, qui – selon Nicosie – cherche à perturber ses recherches énergétiques en mer.

Notons enfin que Chypre ambitionne de devenir une importante plate-forme énergétique régionale. Elle compte sur ses réserves en hydrocarbures pour s’affranchir en quelque sorte du plan de sauvetage de 10 milliards d’euros qui lui a été consenti, moyennant des conditions draconiennes.

Lieberman a par ailleurs déclaré à cette occasion qu’Israël cherchait à obtenir des résultats tangibles « dès l’année prochaine » sur sa coopération avec Chypre en vue d’exploiter les réserves de gaz qui ont été trouvés dans les zones économiques exclusives des deux pays.

Sources : AFP, i24news, Haaretz

Elisabeth Studer – 11 janvier 2015 – www.leblogfinance.com

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