Daimler bloque son expansion en Iran : sanctions US ou marché ?

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Daimler bloque son expansion en Iran : sanctions US ou marché ?

Le groupe Daimler, maison-mère de Mercedes a annoncé mardi “cesser jusqu’à nouvel ordre” ses “activités limitées” en Iran. Une décision qui fait suite au rétablissement des sanctions économiques américaines opéré mardi contre le régime de Téhéran. Et qui freine son expansion planifiée dans le pays.

Nous avons cessé nos activités déjà réduites en Iran, conformément aux sanctions applicables“, a précisé le groupe dans un communiqué. Laissant ainsi entendre aux actionnaires que l’impact sur ses comptes serait limité …

Une porte-parole du constructeur a expliqué dans une déclaration que le projet d’expansion de Daimler, qui prévoyait notamment la fabrication et la vente de camions Mercedes dans le cadre d’un partenariat avec des entreprises locales, était également suspendu.

Un grand retour en Iran annoncé en 2016

En 2016, le constructeur allemand avait annoncé son intention de retourner en Iran après la levée des sanctions économiques obtenue via un accord international visant à limiter le programme nucléaire iranien. Début 2016, Daimler avait ainsi créé une coentreprise avec le constructeur et concessionnaire local Iran Khodro, en vue de produire et de distribuer des camions Mercedes-Benz en Iran.  Le constructeur allemand  avait également prévu d’ouvrir un bureau à Téhéran. Il déclare désormais qu’il restera très attentif à l’évolution de la situation.

Le marché iranien vraiment intéressant pour Daimler ?

Reste tout de même que les sanctions US pourraient avoir du bon …. en permettant de justifier une sortie en douceur, sans brusquer les Iraniens. Voire de remettre en cause des accords et des protocoles d’accords en arguant de forces majeures ou du grand méchant loup Trump. Alors que le souci de rentabilité pourrait être une des causes majeures.

Daimler a ainsi déclaré dans un communiqué que les marchés automobiles iraniens étaient nettement plus faibles que prévu, et que pour le moment, ni ses activités liées à l’automobile ni ses activités liées aux camions en Iran n’avaient été reprises. Précisant même : il n’y a pas de production ni de distribution de voitures et de camions Mercedes-Benz en Iran.

À l’automne 2017, un accord-cadre avait  néanmoins été signé en vue de développer les ventes et les activités en aval pour le secteur camions. Fin 2016, un contrat d’agence générale pour l’importation, la vente et les services après-vente pour voitures avait été élaboré.

Reste toutefois que la société n’a pas vendu de voitures en Iran depuis 2010.

Des protocoles d’accord de 2016 peu suivis d’effet

Reste que les termes juridiques ont une grande importance. Et ce, d’autant plus quand il s’agit d’accords industriels nécessitant des investissements à long terme.

Or, si Daimler a certes apposé sa signature sur des documents contractuels, le groupe industriel allemand avait indiqué au début janvier 2016 avoir signé des “protocoles d’accord”  avec Iran Khodro Diesel (IKD) et Mammut Group en vue de la création de coentreprises pour la production et la commercialisation de camions Mercedes-Benz et de composants. Le détail a son importance !

Daimler avait ainsi annoncé avoir signé des lettres d’intention avec deux partenaires iraniens en vue de son retour sur le marché, planifiant alors d’ouvrir un bureau dès le premier trimestre 2016. Une ouverture permise grâce à la levée des sanctions occidentales frappant la République islamique. Deux ans après, Daimler n’a toujours pas de bureau en Iran.

Daimler prévoyait par ailleurs de redevenir actionnaire de son ancienne coentreprise de moteurs Iranian Diesel Engine Manufacturing (IDEM).

Le constructeur allemand planifiait alors de livrer les premiers camions Mercedes Actros et Axor en Iran avant la fin de l’année 2016 sous forme de kits CKD (“completely knocked down”) permettant un assemblage sur place.

Marché prometteur ?

Après la levée des sanctions annoncée au début 2016, la Fédération allemande des Chambres de commerce et d’industrie (DIHK) avait estimé que les exportations de l’Allemagne vers l’Iran pourraient doubler, pour atteindre cinq milliards d’euros dans les prochaines années.

Les activités de Daimler en Iran ont commencé en 1953. Le constructeur y a vendu jusqu’à 10 000 véhicules par an, mais ses ventes ont été interrompues de 2010 à 2016 à cause des sanctions occidentales. Début janvier 2016, le constructeur estimait que l’Iran devait remplacer 56 000 véhicules commerciaux au cours des trois à cinq prochaines années.

Sources : AFP, Reuters, CNN Money, Irna, www.stuttgarter-zeitung.de

Elisabeth Studer, le 9 août 2018 – www.leblogfinance.com


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