Egypte : la Russie prête à aider au renouveau démocratique … sous forte odeur de gaz ?

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La situation qui prévaut actuellement en Egypte aurait-elle une forte odeur de gaz ? Qui sait … ce ne serait pas la première fois … et certainement pas la dernière.  Précisons tout d’abord pour être factuel que le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov a déclaré jeudi à l’ambassadeur d’Egypte à Moscou Mahmoud El-Dib que la Russie était prête à aider le peuple égyptien à résoudre des problèmes d’ordre économique et démocratique.

 – La Russie en faveur du renouvellement démocratique et du développement économique de l’Egypte

« M.Bogdanov a confirmé la position de principe de la Russie en faveur de la consolidation et du renforcement des liens d’amitié traditionnels entre l’Egypte et la Russie et a exprimé l’empressement de fournir une assistance nécessaire pour résoudre les tâches du renouvellement démocratique et du développement économique », indique ainsi la diplomatie russe dans un communiqué.
Des propos qui interviennent alors que mercredi soir, l’armée égyptienne a chassé Mohamed Morsi du pouvoir alors que le pays est le théâtre d’une grave crise politique.
Le président déchu a ainsi été arrêté et conduit au siège du ministère de la Défense, ses conseillers étant quant à eux assignés à résidence. Parallèlement, les forces armées nommaient le président de la Cour constitutionnelle Adly Mansour nouveau chef de l’Etat par intérim du pays, tout en suspendant la constitution et annonçant une élection présidentielle anticipée.

Mais que vient faire la Russie dans cette « galère » me direz-vous ? Tenter de semer le trouble en Égypte et surtout évitez que le gaz égyptien n’alimente un peu trop à son goût le marché européen … alors même que l’Egypte devrait prochainement perdre un important débouché que représente le marché israélien. Allez savoir …
L’objectif pourrait être également de rendre la région instable, contexte de nature à accroître les risques pour les investisseurs et à freiner les majors pétrolières dans l’exploitation des ressources prometteuses de la région et des réserves gazières de l’Egypte. Histoire de vendre encore davantage de gaz russe à l’Union européenne.

–  Les gisements de gaz de Tamar et Leviathan : du gaz dans l’eau entre Égypte et Israël

En janvier 2011 nous vous alertions déjà  sur une « affaire à suivre de très près », redoutant d’ores et déjà depuis quelques mois qu’elle n’enflamme à nouveau la région. Nous indiquions alors que Hossam Zaki, porte-parole du ministre égyptien des Affaires étrangères, avait déclaré le 26 décembre 2010 que l’Egypte examinait de près l’accord récemment signé entre Israël et Chypre en vue de démarquer leurs frontières maritimes.  Selon le porte-parole de la diplomatie égyptienne, le Caire  souhaitait ainsi s’assurer que l’accord n’affectait pas les intérêts économiques de son territoire en Méditerranée.

Des propos qui intervenaient alors que le groupe américain Noble Energy, principal opérateur des  sites, venait d’annoncer que les réserves du gisement offshore de gaz naturel au large d’Israël – baptisé Léviathan –  étaient estimées à 450 milliards de m3.

Le texte  signé en décembre 2010 entre Israël et Chypre ayant quant à lui pour but de faciliter et de poursuivre les recherches off-shore d’hydrocarbures de part et d’autre dans la partie orientale de la Méditerranée .. alors que de gigantesques réserves de gaz ont donc  récemment été découvertes dans la zone.

« Le Ministère des Affaires étrangères égyptien mène actuellement des recherches techniques et réglementaires en vue de s’assurer que les frontières spécifiées par l’accord n’enfreignent pas le territoire maritime égyptien » avait également précisé Hossam Zaki.

« Cette découverte fait potentiellement d’Israël un pays exportateur de gaz naturel », avait alors souligné pour sa part David Stover, haut dirigeant de Noble Energy, société basé à Houston, Texas. Ce dernier confirmait les propos du le ministre israélien des Infrastructures nationales Uzi Landau. Lequel avait   affirmé auparavant qu’ Israël pourrait devenir un exportateur de gaz vers l’Europe. « Nous sommes d’ailleurs prêts à collaborer à un tel projet avec des investisseurs étrangers, mais aussi avec la Grèce et Chypre« , avait-t-il même précisé.

En dehors  du  champ prometteur de Leviathan, le gisement de  Tamar – qui se trouve à 90 km au large du port de Haïfa – posséderait pour sa part une capacité de 238 milliards de m3 de gaz. Il s’agit du plus important champ gazier au niveau mondial découvert ces trois dernières années. Son exploitation a démarré en mars 2013. Selon les découvertes de Noble, Tamar représenterait environ 35 années des besoins d’Israël en gaz naturel.

Or, jusqu’à 2011, l’Etat hébreu importait 43% de son gaz … d’Egypte. Mais les livraisons de gaz égyptien ont été totalement interrompues à la suite d’une série d’attentats contre le  pipeline permettant le transit à travers le Sinaï.

 – Quand Israël devient exportateur de gaz au grand dam de l’Egypte

Précisons par ailleurs qu’à la mi-juin 2013 Israël a indiqué  qu’il limiterait à 40% ses exportations de gaz naturel produit dans plusieurs champs offshore. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu  a alors indiqué  que l’Etat hébreu recevrait  60% des quantités de gaz produit, ajoutant  que  cet accord permettrait d’assurer les besoins du pays pour au moins les 25 ans à venir. Tout en indiquant que les recettes d’exportations israéliennes issues de ces transactions  devraient atteindre 60 milliards de dollars (environ 45 milliards d’euros) durant les 20 prochaines années.

En 2012, une  commission officielle avait recommandé de fixer à 53% le pourcentage de gaz produit susceptible d’être exporté,  ce qui correspond à environ 500 milliards de m3 (BCM).  Les réserves de gaz naturel d’Israël étant estimées quant  à elles  à plus de 800 BCM.

– Quand l’Egypte donnait son veto sur l’exportation de gaz israélien vers l’Europe –

En janvier 2011, alors que nous suggérions que l’attitude des Etats-Unis en vers l’Egypte – menaçant de réduire aides financières et militaires accordées au Caire – serait tant liée à une non adhésion à la politique répressive du gouvernement égyptien qu’à la volonté de ce dernier de contrôler l’hégémonie gazière d’Israël, les faits semblaient nous avoir donné raison.

Le 25 janvier 2011, le ministre égyptien du Pétrole et des Ressources Minérales, Sameh Fahmi avait en effet  annoncé au journal égyptien « Al-Masry Al-Youm » étudier « la question de revendiquer la part de l’Egypte dans les gisements de gaz trouvés au large de la côte israélienne ». Le ministre ajoutant par ailleurs que « déja trois autres pays, le Liban, la Turquie et Chypre considèrent la possibilité de revendiquer le gaz des gisements exploités par Israël« .

Fait majeur, Sameh Fahmi avait  par ailleurs déclaré que l’Egypte ne donnerait aucun permis d’exporter le gaz vers l’Europe, via la frontière israélo-égyptienne, scénario largement envisagé par la partie israélienne.

– Quand Poutine veut garantir la stabilité des livraisons de gaz sur le marché mondial

« La création d’un modèle global chargé de réaliser des prévisions concernant les marchés mondiaux du gaz constituera un nouveau jalon du développement de la filière », a estimé quant à lui pas plus tard que lundi le président russe Vladimir Poutine lors du deuxième Forum des pays exportateurs de gaz.
« La création d’un modèle gazier global est vouée à constituer un nouveau jalon qui permettra aux participants du Forum de présenter à la communauté internationale leurs propres prévisions pour les marchés gaziers internationaux », a tenu à ajouter Vladimir Poutine.
« Garantir la stabilité des livraisons de gaz sur le marché mondial constitue un objectif prioritaire pour les pays exportateurs de cet hydrocarbure, a par ailleurs estimé le président russe. Indiquant que la « tâche prioritaire » du Forum était « d’assurer la stabilité des livraisons de gaz sur le marché mondial à longue échéance ».

M. Poutine a par ailleurs rappelé à cette occasion que les pays membres du forum possédaient les deux tiers des réserves prouvées de gaz naturel et assuraient près de la moitié des exportations mondiales de cette matière énergétique. Il s’agit de l’Algérie, la Bolivie, l’Egypte, les Emirats arabes unis, la Guinée équatoriale, l’Iran, la Libye, le Nigeria, Oman, le Qatar, la Russie, Trinité-et-Tobago et le Venezuela.

Mais il faudra désormais compter sur Israël …

Elisabeth Studer – 04 juillet 2013 – www.leblogfinance.com

Sources : AFP, Ria Novosti, www.econostrum.info ,
Egypt News/ Traduction : E.STUDER / leblogfinance.com


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