En l'absence de marée Démocrate, Wall Street signe un record au lendemain de l'élection

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(BFM Bourse) – Les investisseurs sont passé outre l’incertitude sur le nom du prochain président des Etats-Unis, retenant surtout la perspective d’un Congrès partagé entre le Sénat républicain et la Chambre démocrate, gage de relative stabilité par rapport aux politiques impulsées sous Donald Trump.

La Bourse de New York a clôturé mercredi sans certitude définitive sur le nom du prochain président des Etats-Unis, malgré une avance certaine pour le challenger Démocrate Joe Biden. Le décompte des votes se poursuivait dans une poignée d’Etats décisifs, tandis que le camp Républicain multipliait les recours (tantôt pour faire cesser les décomptes, tantôt pour recompter les bulletins déjà dépouillés). En tout état de cause, Donald Trump a une nouvelle fois complètement déjoué les sondages en remportant plusieurs Etats clés et repoussant la prétendue “vague bleue” annoncée par bon nombre d’instituts. Si Joe Biden semble favori au moment d’écrire ses lignes, l’espoir des Démocrates de conquérir le Sénat s’est évanoui et leur position jusqu’ici majoritaire à la Chambre des représentants s’affaiblit.

Qu’à cela ne tienne : les indices américains ont signé un impressionnant rally, valeurs technologiques en tête. L’indice S&P 500 (le plus suivi par les professionnels de la finance) a gagné 2,2%, ce qui constitue la meilleure performance de son histoire pour un lendemain d’élection. Le Dow Jones Industrial Average, bien parti en séance pour signer une performance record dans les mêmes circonstances en plus d’un siècle a pour sa part réduit son avance à 1,34%. L’indice des valeurs technologiques Nasdaq Composite a pris le large, s’envolant de 3,85%.

Cette envolée n’est pas la moindre des surprises du jour. Elle s’explique dans la mesure où le probable statu quo au Congrès (la réunion des deux Chambres), ceci quel que soit la couleur du gouvernement, empêchera vraisemblablement les Démocrates de mettre en oeuvre un agenda ambitieux de réformes au plan de la fiscalité (fortement réduite par Donald Trump pour les entreprises comme pour les ménages), de la santé (déjà largement vidé de sa substance, l’Obamacare ne sera peut-être pas totalement abrogé comme le promet l’actuel président, mais sans doute pas ressuscité) et de la régulation des entreprises du numérique.

Globalement, les Etats-Unis des quatre prochaines années devraient fortement ressembler à ceux des quatre précédentes, c’est-à-dire un terreau plutôt fertile pour les bénéfices des entreprises cotées, politique monétaire aidant.

Parallèlement, face à la crise sanitaire du coronavirus, aucun des deux camps ne pourra durablement freiner l’adoption d’un plan de soutien budgétaire au motif que celui-ci est trop ou pas assez massif. Quel que soit le prochain président des Etats-Unis, les opérateurs sont prêts à parier qu’une nouvelle enveloppe budgétaire sera débloquée après l’élection – le chef de file Républicain au Sénat Mitch Conner a laissé entrevoir une volonté de travailler là-dessus avec une administration Démocrate le cas échéant.

Demeure toutefois un risque à ne pas négliger à court terme: celui de voir la contestation de la victoire d’un candidat par son opposant s’envenimer ou perdurer plusieurs semaines – en 2000 il avait fallu cinq semaines pour proclamer officiellement la victoire de George W. Bush face à Al Gore.

S’il anticipe la possibilité d’une forte volatilité des marchés compte tenu du risque de recours et contestations face à un résultat serré, le responsable mondial des investissement de State Street Global Advisors Rick Lacaille estime toutefois que “les fondamentaux d’investissement que nous observons pour les douze prochains mois ne seront pas inversés par cette volatilité. Les mesures de relance monétaire et fiscale que [les autorités américaines ont] prises jusqu’à présent pour contrer la pandémie n’ont pas encore fait leur chemin, et nous pensons qu’elles auront une grande influence sur les conditions d’investissement au cours des douze prochains mois”. Un contexte qui selon le spécialiste permettra aux actions (de bonne qualité) ainsi qu’aux matières premières de mieux performer.

Pas de grandes divergences sur les politiques économiques

En tout état de cause “sur le long terme, les politiques prônées par les deux camps en regard de la façon dont se positionneront les entreprises américaines ne sont pas complètement divergentes”, a observé Maria Municchi, gérante chez M&G Investments citée par le Wall Street Journal.

En termes de valeurs, le mouvement le plus spectaculaire s’observait sur les grandes valeurs technologiques telles qu’Apple (+4,1%), Amazon (+6,3%) ou Alphabet, la maison mère de Google (+6%). Autrement dit, les investisseurs parient que ce sont les moteurs de la hausse récente qui continueront à tirer les indices à la hausse. En outre, Uber Technologies bondissait de 14,6% et Lyft de 11,3% après le vote d’une législation en Californie sanctuarisant le statut d’indépendants des chauffeurs travaillant avec ces plateformes.

Autre secteur sorti visiblement gagnant de la perspective d’une cohabitation parlementaire, celui de la santé. Le statut quo parlementaire ne devrait pas permettre l’instauration d’un contrôle strict sur les prix, prôné par la Démocrate Nancy Pelosi. Du côté des laboratoires, Merck & Co a pris 4,8%, Pfizer 3,1%, AstraZeneca prend 6,5% et Eli Lilly (très visé pour le marché de l’insuline) 13,4%. Mais c’est la biotech Biogen qui a dominé les débat avec une envolée de… 44% (soit un gain de 16,7 milliards de dollars sur sa capitalisation globale), en vue de l’homologation d’un traitement expérimental de la maladie d’Alzheimer, un exploit alors que 99,9% des traitements à l’étude ont jusqu’ici échoué faute d’efficacité face à cette maladie qui touche aujourd’hui près de 6 millions d’américains.

Guillaume Bayre – ©2020 BFM Bourse

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