En moyenne, les biotechs perçoivent un tiers des paiements d’étape prévus par les accords de licence

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(BFM Bourse) – Dans le secteur de la biotechnologie, les rachats et accords de licence sont presque toujours assortis de jalons de développement et autres paiements d’étapes. Des analystes ont tenté de quantifier la part de ces compléments de prix véritablement perçus par les sociétés biotechnologiques sur une période d’environ dix ans. Réponse: environ un tiers.

Les accords à plusieurs centaines de millions de dollars, voire à plus d’un milliard, pour acquérir les droits d’un traitement expérimental en développement chez une société de biotechnologie sont monnaie courantes dans la biotechnologies. En réalité, la plupart sont structurés désormais avec un versement initial (dit “upfront”) suivi de paiements d’étapes (“milestones”). Toute la question est donc de savoir, derrière les montants théoriques, quelle part des paiements d’étapes sont vraiment versés aux biotechs ? SRS Acquiom, une plateforme qui gère les transactions financières dans le cadre d’opérations de fusions-acquisitions (M&A) s’est penché sur cet épineuse question -“Est-ce que ces opérations, parfois à plusieurs milliards de dollars, fonctionnent ? Les biotechs sont-elles payées ?”- et y apporte des réponses chiffrées.

Le géant pharmaceutique Roche a par exemple acquis, le mois dernier, un médicament anti-fibrotique “révolutionnaire” pour 390 millions de dollars et jusqu’à 1 milliard de dollars en versements complémentaires possibles. Le groupe suisse a également acquis en décembre les droits mondiaux de la thérapie génique de l’américain Sarepta pour la dystrophie musculaire de Duchenne moyennant 1,15 milliard de dollars en espèces, plus 1,7 milliard de dollars en compléments de prix.

Ces compléments de prix sont-ils honorés ? Les analystes de SRS Acquiom ont tenté de les suivre et de les quantifier les versements effectifs (conditionnés au bon développement clinique, réglementaire et commercial d’un projet). Partant du nom des vendeurs, les biotechs, la plateforme a suivi les progrès des acheteurs, les laboratoires pharmaceutiques. Donnant enfin un aperçu du devenir des “milestones” prévisionnels à partir d’un échantillon solide.

Publié en septembre dernier, ce rapport prouve dans un premier temps que ces compléments de prix -généralement sous forme de paiements d’étapes liés à l’atteinte de jalons cliniques- figurent toujours dans la grande majorité des transactions (environ 84% sur la période 2017-2019). Est-ce qu’ils sont vraiment payants ? La réponse est somme toute plutôt intuitive: oui pour les premiers jalons, plus faciles à atteindre, beaucoup moins pour ceux plus tardifs (qui payent en revanche mieux que les premiers, logiquement).

Un tiers des versements d’étapes payés

Dans l’ensemble, environ un tiers de ces étapes sont payantes. Pour Don Morrissey, responsable des sciences de la vie chez SRS, cette part constitue un succès suffisant pour justifier la décision de l’industrie pharmaceutique d’augmenter ces compléments de prix et d’externaliser la R&D aux biotechnologies. Dans une interview données à Endpoints News en septembre dernier, Don Morrissey estime que “ces étapes ont toujours eu un sens”, ajoutant que les entreprises préfèrent faire quatre transactions avec des jalons importants en sachant qu’une seule y a arrivera plutôt que d’essayer de choisir celle qui, parmi ces quatre, sera en mesure de porter ses fruits.

Au total, sur les 100 transactions étudiées par SRS Acquiom, le rapport entre les gains potentiels et la valeur de départ est de l’ordre de 3 pour 1 et ce ratio a triplé depuis la période 2012-2014. Au total, sur les 100 deals, les paiements d’étapes s’élevaient potentiellement à 7,5 milliards de dollars et 2,7 milliards de dollars ont effectivement été versés. Une partie des 5,8 milliards restants est toujours en attente (17%) mais la plupart des jalons cliniques n’ayant pas été atteints, 50% des compléments de prix prévus ne seront jamais versés.

“Le succès que vous voyez -même si seulement 33% des versements d’étapes ont été versés- est très partagé et concerne toutes sortes de maladies différentes”, précise Don Morrisey, selon qui “ces données valident la stratégie d’externalisation de l’industrie pharmaceutique”.

En décomposant davantage, ils ont constaté -comme on pouvait s’y attendre- que les jalons des premières étapes étaient plus susceptibles d’être atteints, les milliards restant en suspens correspondant majoritairement aux étapes ultérieures.

“Les jalons à court terme sont négociés avec soin et les vendeurs établissent des priorités pour qu’ils soient élaborés de manière à pouvoir être atteints”, indique Don Morrissey, qui précise que ces premiers versements sont touchés environ 50% du temps. Plus rarement atteints, les derniers jalons donnent cependant lieu à des versements plus importants.

Dans le détail, 60% des jalons pré-cliniques, 44% de ceux de phase 1, 30% de ceux de phase 2 et 29% seulement des jalons de phase 3 sont atteints, mais ces derniers représentent quelque 833 millions de dollars (sur 2,6 milliards) contre 430 millions (sur 667 millions de dollars potentiels) reçus par les biotechs dans le cadre de jalons précliniques (précédant les essais chez l’homme).

SRS est allé encore plus loin en calculant les versements d’étapes moyens et médians pour les différentes phases cliniques. Ceux-ci s’élèvent en moyenne à 26 millions d’euros pour une phase préclinique, puis à 42 millions de dollars pour une phase 1, à 51 millions pour une phase 2 et à 52 millions pour une phase 3, avec une médiane inférieure pour la phase 3 par rapport à la phase 2 (30 contre 39 millions de dollars). Les objectifs de la phase 2 étaient généralement plus importants que ceux de la phase III, mais certaines très grosses opérations ont fait grimper la moyenne de la phase 3 détaille Don Morrissey.

L’étude suggère enfin qu’il existe des seuils pour les biotechs: passé un certain temps, la probabilité qu’un jalon soit atteint est très mince, les principaux versements d’étapes intervenant dans les quatre années suivant la finalisation de l’opération. Au-delà, les compléments de prix déclinent sensiblement (de 500 millions de dollars versés lors de la quatrième année, à un peu plus de 100 millions “seulement” cinq ans après le rachat ou accord de licence). La deuxième année suivant la réalisation de l’opération étant la plus rémunératrice pour les biotechs (environ 850 millions de dollars sur les 2,7 milliards de dollars versés au total).

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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