EURONEXT : La Bourse du saumon pas prête à tomber dans l'escarcelle d'Euronext

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(BFM Bourse) – Le norvégien Oslo Børs VPS -opérateur notamment de la Bourse du saumon Fish Pool- ne compte succomber aux avances d’Euronext sans avoir fait le tour des prétendants potentiels. Un possible contretemps à la stratégie de croissance de l’opérateur paneuropéen, qui conserve toutefois des arguments pour l’emporter in fine.

La reprise de la Bourse d’Oslo n’est pas encore acquise pour Euronext. L’opérateur des Bourses de Paris, Amsterdam, Dublin, Bruxelles et Lisbonne a annoncé à la veille de Noël son intention de racheter le groupe norvégien Oslo Børs VPS pour 625 millions d’euros, ce qui représenterait sa plus grosse acquisition depuis la séparation d’avec le NYSE, qui avait rendu à Euronext son indépendance en 2014.

Face à l’hégémonie du Nasdaq Nordic (ou Nasdaq OMX, la filiale de la bourse électronique américaine dans les pays nordiques), Oslo Børs demeure la dernière plate-forme de marché indépendante de Scandinavie. Outre la Bourse d’Oslo, créée en 1818, où sont cotées les principales entreprises du pays comme l’exploitant pétrolier Statoil, le producteur d’aluminium Norsk Hydro ou l’opérateur Telenor, le groupe offre des services liés aux données de marché et des solutions numériques pour le secteur financier. Oslo Børs VPS est aussi connu via sa filiale Fish Pool, un marché créé en 2005 et dédié aux produits de la mer, à commencer par le saumon, spécialité locale s’il en est (la Norvège étant premier producteur mondial de saumon d’élevage). Fish Pool produit d’ailleurs un indice dédié, le Salmon Index.

Mais l’opérateur norvégien, s’il ne se montre pas sur le principe hostile à une transaction, n’est pas prêt à brader son indépendance. Si dans un premier temps Euronext est apparu en position de force, revendiquant avoir sécurisé 49,6% du capital d’Oslo Børs grâce à des engagements d’apport de la part de certains actionnaires (puis l’équivalent de 50,6%), la direction du groupe norvégien a regretté qu’Euronext n’ait pas fait part de son projet au préalable. Selon Oslo, c’est une consultation restreinte qui a été menée auprès de certains actionnaires seulement, et sans en référer au conseil d’administration, de telle sorte que “certains intervenants stratégiques” n’ont pas été sondés.

Espérant pouvoir s’entretenir avec Euronext en janvier afin de mieux évaluer son offre, le conseil d’administration a donc décidé parallèlement de lancer un appel d’offres public pour permettre à toutes les parties intéressées d’y participer. Pour l’accompagner dans le processus, Oslo Børs a mandaté un cabinet spécialisé, Arctic Securities.

Par ailleurs, la législation norvégienne prévoit que l’acquisition d’une participation supérieure à 10% de la Bourse locale nécessite l’autorisation du gouvernement (Euronext détenait 5,1% selon le dernier pointage).

“La consultation initiale n’ayant pas retenu toutes les parties prenantes, Olso Børs en appelle à d’autres acquéreurs potentiels. Je ne serais pas surpris que des offres concurrentes à celle d’Euronext se manifestent”, avance Anil Akbar, analyste chez Kempen & Co., rappelant que Nasdaq OMX avait par le passé fait une approche, à l’époque rejetée par les deux principaux actionnaires d’Oslo Børs. Néanmoins, l’opérateur paneuropéen “garde de bonnes chances étant donné les synergies qu’il est susceptible d’offrir avec la marché norvégien”.

Cherchant à diversifier ses sources de revenus et à augmenter son volume d’affaires, Euronext semble avoir trouvé “certaines limites à ce qu’ils peuvent réaliser de manière organique”, note Anil Akbar. Le groupe a notamment reconnu que deux des initiatives de croissance lancées en 2016, Euronext Synapse MTF et un partenariat avec Morningstar dans les indices, qui devaient apporter 20 millions d’euros des revenus d’ici à 2019, n’atteindraient pas leur objectif.

“Acquérir d’autres Bourses en Europe constitue une solution évidente pour grandir”, souligne l’analyste, à l’image du rachat récent de FastMatch et de la Bourse de Dublin, qui ont à ce stade généré nettement plus de revenus que les initiatives de croissance.

La fragmentation structurelle du marché européen, par rapport aux Etats-Unis, laisse d’ailleurs envisager de multiples pistes potentielles en dehors d’Oslo. Parmi les voisins immédiats, la Bourse de Madrid reste esseulée. Un certain nombre de marchés d’Europe de l’est demeurent indépendants. Enfin, après un énième échec d’un projet de rapprochement entre Londres et Francfort, l’idée d’un rapprochement avec la Deutsche Börse pour créer un poids-lourd de la zone euro pourrait faire son retour.

Guillaume Bayre – ©2019 BFM Bourse

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