Fnac-Darty: les débuts de l'ère Martinez

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En ce jeudi brumeux, à Lille, il règne une atmosphère électrique dans la Fnac de la Grand’place: c’est l’inauguration officielle du premier grand magasin Darty au sein d’un point de vente Fnac. Six « shop-in-shop » ont déjà été lancés depuis le rachat du spécialiste de l’électroménager par l’agitateur culturel, en juillet 2016. Mais c’est la première fois qu’un tel espace -de 600 mètres carrés sur les 5.000 du magasin- est créé. Identifiée par une signalétique rouge, cette mini boutique interne présente le meilleur du petit et gros électroménager de Darty. Juste derrière, les rayons Fnac exposent, eux, des produits éditoriaux et électroniques. Les aspirateurs Dyson cohabitent avec les bandes dessinées de Riad Sattouf, les brosses connectées avec le dernier livre de Erik Orsenna. 

Un dirigeant à la Fnac depuis presque 20 ans

Dans la salle de réunion attenante au magasin, une grande photo d’Alexandre Bompard, souriant, lors de la remise du prix Goncourt des lycéens en 2012, trône encore. Moins de deux mois après son départ pour Carrefour, l’ancien PDG du groupe, l’artisan de cette fusion des deux enseignes, semble encore hanter les lieux. Et lorsque Enrique Martinez, son successeur, prend la parole pour rappeler les raisons du rachat de Darty par la Fnac, on croirait entendre les propos tant de fois martelés par l’ancien patron: « Face à la concurrence des pure-players, nous nous sommes dit rapidement que transformer la Fnac n’était pas suffisant. Il fallait pouvoir consolider les deux acteurs de référence.

Peu connu du grand public jusqu’à sa nomination comme directeur général de Fnac-Darty le 18 juillet, Enrique Martinez n’a pour autant rien d’un débutant. « Je suis nouveau à ce poste mais pas tout à fait dans le groupe! », s’amuse ce grand gaillard d’origine espagnole, avec un accent gorgé de soleil et des yeux malicieux. Arrivé il y a 19 ans à la Fnac, il a géré un magasin dans la péninsule ibérique, puis les achats, ensuite lancé la filiale portugaise du groupe, avant de se voir confier des zones de plus en plus larges, de l’Espagne, jusqu’à la France et l’Europe du Nord. 

Garant de la stabilité, pas de la rupture

Quand Alexandre Bompard a annoncé son départ un peu hâtif pour Carrefour, seulement un an après l’acquisition de Darty, les actionnaires n’ont eu guère qu’un mois pour trouver son successeur, avec une préoccupation majeure: rester dans la continuité. Si Alexandre Bompard avait été choisi pour impulser la rupture, la transformation de la Fnac, Enrique Martinez, lui, l’a été pour garantir la stabilité à l’heure de l’intégration Fnac-Darty. Ce père de deux enfants âgé de 46 ans, que ses collaborateurs qualifient d' »excellent opérationnel » saura continuer de mener la fusion des deux enseignes, dont il avait déjà la charge dans son ancien poste. Avoir ouvert 20 shops-in-shops d’ici la fin de l’année, délivrer les 130 millions de synergies d’ici 2018, gérer le plan social au siège, le regroupement des activités logistiques, la fusion des systèmes d’information, le lancement de nouveaux services de livraison… Voilà les grandes lignes de sa feuille de route. Les salariés le connaissent. « Les gens disent de moi que je suis assez accessible », confie à Challenges le patron de 46 ans, diplômé d’une école de commerce espagnole, en souriant. « Je suis plutôt empathique, quelqu’un qui crée des liens, qui valorise beaucoup les relations. J’ai beaucoup joué au basket, je suis pour le collectif. » 

Nouvelle équipe, nouvel actionnaire, nouveau plan

Son équipe, l’ancien sportif la présentera justement d’ici quelques semaines. Déjà arrêté, le nouveau COMEX comportera des dirigeants actuels, mais aussi peut-être des talents débauchés en externe. Les têtes vont changer. Laurent Glépin, l’actuel directeur de la communication, rejoindra bientôt Carrefour. Matthieu Malige, directeur financier, souhaitera-t-il rester au même poste alors qu’il était aussi pressenti pour succéder à Alexandre Bompard? L’actionnariat aussi s’est transformé: le 26 juillet, la famille Pinault, majoritaire, a vendu ses 24,3% à l’allemand Ceconomy, né d’une scission du spécialiste de la distribution Metro. Pour l’instant, cela ne change rien, mais des synergies commerciales seront sans doute mises progressivement en place. Et à terme, Ceconomy pourrait monter davantage au capital. La stratégie, également, est sur le point de prendre un nouveau cap. D’ici la fin de l’année, Enrique Martinez, et le nouveau président Jacques Veyrat, présenteront le plan pour les années à venir, dont les premières lignes avaient été écrites lorsqu’Alexandre Bompard était encore là. Pas de doute, l’ère Martinez commence, avec un voyant au vert: Fnac-Darty a annoncé ce matin intégrer l’indice boursier SBF 120.

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