Grâce au succès de ses steaks d’origine végétale, Beyond Meat vise au moins le milliard de capitalisation

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(BFM Bourse) – Pionnière des produits carnés d’origine non animale, la société américaine Beyond Meat veut entrer sur le Nasdaq. Dix ans après sa création, la firme connaît une très forte croissance, mais doit encore atteindre l’équilibre financier.

L’industrie de la transformation des produits carnés -indissociable de l’essor économique des Etats-Unis à partir du XIXe siècle avec le développement de l’élevage extensif et les quartiers des abattoirs géants- est à l’aube d’une révolution dont tous les investisseurs n’ont pas encore nécessairement conscience. L’introduction en Bourse de Beyond Meat, une entreprise qui propose de retirer l’animal de l’équation en produisant steaks hachés ou saucisses à partir de protéines et acides aminés végétaux -à bien moindre coût- constituera à cet égard un premier test d’ampleur.

Jusqu’alors, l’entreprise a déjà su s’assurer le soutien d’un aréopage d’actionnaires célèbres. Soit côté business: Bill Gates, le créateur de Microsoft lui-même, plusieurs des fondateurs de Twitter ou encore l’ex-PDG de McDonald’s Don Thompson. Côté people, le comédien “et environnementaliste” américain Leonardo DiCaprio s’est fait ambassadeur de la firme, convaincu que l’élevage de bétail est un important contributeur au changement climatique, d’où l’intérêt de populariser des alternatives aux sources de protéines animales. Mais ce n’est pas tout puisque Beyond Meat a a aussi séduit la Humane Society of the United States, une des plus influentes organisation de protection des animaux, avec plus de 11 millions de membres… aussi bien que le géant du “meat packing” Tyson Foods, numéro 2 mondial de la viande sous toutes ses formes.

Fondée en 2009 par Ethan Brown, Beyond Meat fait le pari de redéfinir ce que nous appelons viande non pas par son origine (issue de l’abattage de volailles, de porcs ou de boeufs) mais par sa composition – un cocktail d’acides animés, de lipides, de minéraux, de vitamines et d’eau qu’il est possible aujourd’hui de reproduire à partir de protéines d’origine végétales.

L’entreprise occupe une position de premier plan aujourd’hui face à une évidente évolution des mentalités vis-à-vis de la cause animale d’une part, mais également de la préservation des ressources naturelles ou encore de la santé et du bien-être face aux maladies de la malbouffe. Mais plutôt que de s’adresser à la frange des consommateurs végétariens et végans -en augmentation mais qui ne représentent encore que 5% des consommateurs outre-Atlantique- avec des produits à base de soja par exemple, Beyond Meat a choisi de s’adresser aux consommateurs habituels de viande (plus de 93% de ses clients achètent aussi des produits carnés traditionnels) en proposant des produits dont la texture, le goût et le parfum ressemblent à s’y méprendre à des aliments issus d’animaux d’élevage.

Concrètement, Beyond Meat part d’une protéine issue de pois chiche -actuellement fournie par l’industriel français Roquette- qui subit un cycle d’extrusion, de réchauffement et de refroidissement, le tout à différentes pressions, pour aboutir à un produit alternatif à la viande en reproduisant en quelques sorte le “bioréacteur” naturel que constitue un animal broutant nourri de végétaux- le cholestérol et la graisse en moins puisqu’un “quarter pounder” d’origine végétale contient zéro cholestérol et près de 40% d’acides gras saturés qu’un steak haché de 250 grammes standard.

Avec un résultat bluffant aux dires de nombreux carnivores convaincus (nous précisons ici ne pas avoir eu l’occasion d’en faire l’expérience pour le moment, bien que plusieurs restaurants en France proposent désormais des produits à base de “Beyond Burger”) et le soutien de plusieurs chaînes de restauration et de distribution alimentaire, la firme revendique un taux d’adoption très rapide pour ses produits, et a enregistré une croissance annuelles de plus de 90%. En 2015, son chiffre d’affaires n’était que de 8,8 millions de dollars, mais a atteint 32,6 millions en 2017 et 56,4 millions pour les neuf premiers mois de l’exercice écoulé. En revanche, Beyond Meat reste largement déficitaire et ne fixe pas encore d’objectif pour atteindre la rentabilité.

Selon les documents déposés lundi auprès du gendarme financier américain, la Securities & Exchange Commission, Beyond Meat vise à lever jusqu’à 183,75 millions de dollars en s’introduisant prochainement au Nasdaq, le marché américain des nouvelles technologies. La firme propose à la souscription 8,75 millions de titres à un prix unitaire compris entre 19 et 21 dollars, ce qui valoriserait l’entreprise près de 1,2 milliard de dollars. Clairement un pari sur la capacité du groupe à se tailler rapidement une part significative du marché agroalimentaire, à l’heure où la concurrence ne manque pas. Certes moins avancées, Boca Foods, Field Roast Grain Meat Co., Gardein, Impossible Foods, Lightlife, Morningstar Farms et Tofurky lorgent néanmoins aux aussi le segment des alternatives carnées.

Guillaume Bayre – ©2019 BFM Bourse

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