Grèce : vers un échelonnement de la dette fiscale des particuliers face aux impayés, de Charybde en Scylla ?

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La politique de la troïka (BCE/FMI et UE), une aubaine pour les banquiers ? Mais au détriment des particuliers et des petites entreprises ? Cela y ressemble …

Alors que les impôts ne cessent de s’envoler en Grèce, Athènes est désormais à un double problème : l’appauvrissement de sa population pour ne pas dire la descente aux enfers des plus pauvres … et la montée des impayés concernant ses revenus fiscaux. Les citoyens grecs doivent en effet faire face à une situation tellement exsangue qu’ils ne peuvent s’acquitter de leurs dettes fiscales. Mettant en péril le respect des objectifs fixés par la troïka. Laquelle dicte inexorablement sa loi ….

En vue de renflouer les caisses de l’Etat grec en situation de quasi-faillite, les impôts ont en effet grimpé de manière vertigineuse … entraînant parallèlement une hausse notable de ses « factures » impayées. Lesquelles concernent plus d’un tiers des contribuables. Si plus de 5 milliards d’impayés étaient comptabilisé entre 2010 et 2011, plus de 8 milliards entre 2011 et 2012, plus 10 milliards entre 2012 et 2013, plus 12,5 milliards ont été enregistrés entre 2013 et 2014. Sur les quatre premiers mois 2014, 4,3 milliards de nouveaux impayés ont d’ores et déjà été comptabilisés.

En vue de résoudre le problème, le gouvernement d’Antonis Samaras a récemment fait part de sa volonté de d’abaisser progressivement les impôts. Selon une source au ministère des Finances en Grèce, des solutions sont actuellement à l’étude. Le gouvernement examinerait ainsi non pas une baisse des prélèvements mais la possibilité de donner des délais. … l’urgence semblant plus être de limiter les impayés que d’assurer une situation descente aux citoyens grecs.

« Il nous faut donner une respiration aux contribuables » a ainsi concédé la source gouvernementale.

Selon les données du ministères, sur 11 millions d’habitants que compte la Grèce, 3.344.246 contribuables présentent des arriérés de paiement d’impôts. Lesquels correspondaient fin avril  à un montant cumulé de plus de 66 milliards d’euros, soit plus d’un tiers des 182 milliards d’euros du PIB 2013 …

Parmi les scénarios envisagés figurent l’augmentation du nombre de mensualités prévues dans le cadre de la procédure de règlement à l’amiable des impayés. Actuellement prévue en douze versements, elle pourrait passer à 48 versements. Mais la question demeure toutefois soumise à discussion avec la troïka … Or, la mise en œuvre d’une telle solution pourrait faire une nouvelle fois le « bonheur » des établissements financiers, de telles « largesses » étant synonyme de hausse des taux d’intérêts et allongement de la dette.

En février 2013, le directeur de la Banque Nationale de Grèce, indiquait d’ores et déjà au quotidien grec Kathimerini que fin 2012, près d’un quart des crédits bancaires consentis en Grèce n’étaient pas remboursés. Et ce, malgré de nombreux rééchelonnements. Une manière à peine voilée d’indiquer que les créances douteuses des établissements financiers grecs devraient atteindre des sommes vertigineuses. « Sur le total des banques, le taux de crédits non honorés était d’environ 23% fin 2012, et ce taux augmente, même si c’est à un rythme moins rapide », ainsi précisé Alexandre Tourkolias.

Ce dernier ajoutant que la gravité de la situation avait été quelque peu amoindrie par le fait que les banques aient procédé « à des règlements sur quelque 800’000 prêts pour une somme totale d’environ 20 milliards d’euros ».

Un véritable cri d’alarme du secteur bancaire, face à la véritable position de cessation de paiement des particuliers grecs, dont les difficultés, voire même l’insolvabilité devraient s’accroître alors que baisse drastique des revenus, hausse des impôts et explosion du chômage demeurent leur quotidien, crise d’austérité « oblige ».

Une situation qui pourrait conduire à un véritable effet boule de neige … avais-je alors mis en garde. Ajoutant que selon les media grecs, les particuliers grecs cumulaient fin 2012 1,2 milliard d’impayés auprès d’Electricité de Grèce. Selon une étude de la Fédération des PME de Grèce, plus de la moitié des foyers grecs étaient ainsi d’ores et déjà menacés d’insolvabilité en 2013.

Rappelons par ailleurs qu’en février 2014, selon la police, près de 4.000 agriculteurs venus de tout le pays ont manifesté à Athènes, s’alarmant d’une situation qui pourrait conduire au final à une véritable disparition des petits exploitants. Les nouveaux impôts mis en place par le gouvernement via une réforme fiscale, les hausses du prix de l’essence, de l’électricité et des nouvelles réglementations pouvant en effet leur asséner le coup fatal.

Vangelis Boutsas, l’un des organisateurs de la manifestation l’affirme sans ambages : « les petites exploitations se battent pour leur survie. Les nouvelles mesures du gouvernement visent à nous faire vendre nos terres au profit des gros producteurs ».

Ces propos et manifestations font en effet suite au vote en décembre 2013 d’un projet de loi instaurant l’imposition des terres agricoles, des exemptions étant toutefois prévues, notamment pour les plus petites exploitations. Un fardeau supplémentaire à supporter alors que jusqu’à présent, les agriculteurs n’étaient imposés que sur leurs revenus. Et qui mine de rien pousse effectivement les plus pauvres à devoir se séparer de leurs terres, faute de trésorerie et de revenus suffisants pour surmonter de nouvelles charges totalement imprévues. Précisons également que ce nouvel impôt financier – d’un montant compris entre 5 et 25 euros par hectare – sera dû par les agriculteurs … qu’ils cultivent ou non leur terre.

Ou quand la crise favorise la concentration, affaiblissant les plus pauvres et permettant aux plus riches d’acquérir des actifs à moindre coût …

Autre élément notable : la cure d’austérité infligée au pays par l’UE et le FMI aura véritablement anéanti toute son économie, fondé sur la consommation intérieure.

Or si la Grèce a obtenu plusieurs plans d’aide de l’Union européenne et mis en place différents plans de rigueur … la sulfureuse banque Goldman Sachs étant loin d’être étranger à toute l’affaire. Précisons que la firme US s’est fait notamment connaître du grand public via sa mise en oeuvre de produit dérivé financier pendant la crise des subprimes … et la crise de la dette grecque.

Ajoutons à ce cocktail d’ores et déjà explosif que – et ce n’est pas un simple hasard – le président de la Banque Centrale Européenne Mario Draghi (BCE), le Président du conseil italien Mario Monti et l’ancien premier ministre grec Lucas Papadémos appartiennent à ce que l’on surnomme le »gouvernement Sachs« européen.

N’oublions pas en effet que Mario Draghi fut ni plus ni moins vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe durant la période 2002-2005. Mieux encore : devenu « associé », il est chargé des « entreprises et pays souverains ». Une fonction qui le conduit tout droit à remplir une mission de toute première importance. A savoir : multiplier le nombre d’acquéreurs d’une pilule supposée miracle mais devenue à terme très difficile à avaler : le produit financier dénommé « swap » … lequel aura notamment pour « avantage » de permettre de dissimuler en partie de la dette souveraine.
En février 2010, alors que certaines rumeurs laissaient entendre que des banques américaines – et non des moindres – pourraient être derrière les spéculations visant la Grèce, le New York Times affirmait de son côté que des banques de Wall Street – telles que Goldman Sachs – auraient usé d’instruments financiers complexes en vue « d’aider » Athènes à dissimuler l’ampleur de sa dette. Des montages, précisait le journal, « de même ordre que ceux qui ont été à l’origine de la crise financière outre-Atlantique ».

Selon le New York Times, citant « des personnes au courant de la transaction », un montage élaboré par Goldman Sachs aurait ainsi permis en 2001 d’aider le gouvernement grec à emprunter des milliards. Un « soutien » qui serait intervenu quelques temps après l’adhésion d’Athènes à l’Union monétaire européenne.

Goldman Sachs n’ayant rien d’un philanthrope, la banque aurait rémunéré ses « services » à hauteur de quelque 300 millions de dollars. C’est en tout cas ce qu’affirmait alors le NYT citant « plusieurs banquiers au courant de la transaction ».

Certains affirmaient également alors que des banques US pourraient tirer les ficelles, histoire de plomber la zone euro. ….. et de pouvoir proposer à terme à la Grèce des emprunts à des taux prohibitifs.

Sources : AFP, Euronews, L’Express

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 27 mai 2014

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