Immobilier : Londres bien plus inabordable que Paris

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Décidément, la folie de l’immobilier n’en finit pas de souffler sur Londres. Déjà, en 2013, la capitale britannique a été consacrée « capitale la plus chère du monde » pour l’immobilier de bureau par l’étude Office Space Around The World, devant Hong-Kong et Moscou.

Et, selon une étude de la société d’immobilier haut de gamme Barnes International,  les prix des immeubles d’habitation  ont augmenté de … 233% entre 2009 et 2013, contre un petit 58% pour Genève et un modeste 26% pour Paris.

Jusqu’à 48.000 euros le m2

Dans le haut de gamme et le très haut de gamme, l’envolée se poursuit, au point que l’étude Barnes le qualifie d’ « ultra dynamique », puisque les prix ont augmenté de 11% en 2013 par rapport à 2012, avec des pointes à 20% dans certains quartiers huppés.

A Knightsbridge, South Kensington ou Mayfair, les prix peuvent en effet atteindre aujourd’hui entre 18.000 et 24.000 euros le mètre carré ! Des exemples? Une maison de 350 mètres carrés sur 5 étages est en vente au prix de 9,5 millions d’euros. Dans une future tour très haut de gamme de 60 étages, avec club de gym, restaurant et Club privé, les prix peuvent atteindre… 40.000 livres le mètre carré, soit 48.000 euros!

Enfin, un superbe appartement de 270 mètres carrés voisin de la Tate Modern et donnant sur la Tamise est proposé au prix de 5,3 millions de livres (6,4 millions d’euros, soit 23.000 euros le mètre carré). Il dispose carrément de son petit nom à lui (le « Neo Bank Side »), et d’un site Internet pour faciliter la vente. On est donc bien au-dessus des prix parisiens.

>> Lire à ce sujet Le top 100 des rues les plus chères de Paris

Pourquoi une telle envolée ? « En  fait, ce sont les clients asiatiques qui le tirent vers le haut, car ils y multiplient les achats », explique Béatrice Caboche, consultante à Barnes International à Londres.

Le choix de Londres s’explique d’une part par le prestige de la capitale britannique, et aussi, selon Béatrice Caboche, par le fait que « les Britanniques ont une culture d’accueil envers les investisseurs étrangers beaucoup plus ouverte qu’ailleurs » -surtout s’ils sont fortunés, serait-on tenté d’ajouter… Ainsi, le gouvernement britannique a récemment mis aux enchères cent visas destinés à des investisseurs fortunés -les enchères commençaient à 3 millions d’euros!

Par ailleurs,  une fiscalité et des règles juridiques plutôt simples et claires fluidifient le marché: avant avril 2013, tous les biens vendus à un prix supérieur à 1 million de livres étaient taxés à 5% (depuis, une nouvelle tranche a été rajoutée : 7% pour les biens vendus à un prix supérieur à 2 millions de livres).

Autre raison pour cet engouement: la spéculation : selon un professionnel britannique qui ne souhaite pas être cité, « souvent, les clients achètent le bien, n’y habitent pas, et le revendent dès qu’ils y sont autorisés. Au point que, pour éviter la spéculation, justement, les promoteurs interdisent souvent aux acquéreurs de revendre leur bien avant 18 mois ».

Des plus-values conséquentes

Ce qui n’empêche pas les plus-values : un appartement de 2,5 millions de livres  acheté en octobre 2013 en mars 2014 a été revendu 2,7 millions, et a donc « pris » 200.000 euros de plus-value en moins de six mois!

Effet pervers de cette spéculation effrénée: de plus en plus d’habitations somptueuses, et notamment celles situées sur « l’allée des milliardaires » de Londres, The Bishops Avenue, restent carrément vides et tombent en ruine car elles n’ont été achetées que dans un but spéculatif -les travaux de remise en état faisant figure de « faux frais » négligeables. 

Enfin, la spirale spéculative s’explique aussi par le fait que même lorsqu’on a signé l' »exchange » (compromis de vente), un acheteur -surprise peut tout à fait surenchérir et remporter la mise! Dans ce cas, le propriétaire n’hésite pas à casser la prévente, à rembourser ses 10% au premier candidat-acheteur, et à faire affaire avec le mieux disant en signant finalement avec lui le’acte de « completion » (acte de vente). Une telle situation ne serait pas impossible en France mais, culturellement, il est rarissime qu’une offre mieux-disante soit proposée après la signature du compromis de vente.

Spirale inflationniste?

La spirale inflationniste va-t-elle ralentir ? Selon Béatrice Caboche, rien n’est moins sû : « actuellement, on constate au contraire une augmentation du nombre des transactions, et des prix, car la fiscalité concernant l’immobilier va bientôt changer: jusqu’à maintenant, les non-résidents n’étaient pas soumis à l’impôt sur les plus-values en cas de vente. Ce ne sera plus le cas en 2015, donc ils cherchent actuellement à profiter encore de cette fiscalité favorable ».


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