La Bourse russe bat des records malgré des sanctions et une économie en berne

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(BFM Bourse) – Sanctions, croissance poussive… Rien ne semble décourager la Bourse russe, qui s’envole depuis un an, se plaçant parmi les plus performantes du monde. Des fondamentaux stables, d’importants dividendes et une confiance revenue alimentent cette hausse.

Longtemps délaissée et considérée comme risquée car trop dépendante du pétrole et du pouvoir politique, la Bourse de Moscou, dont la capitalisation totale s’élevait à 681 milliards de dollars à la fin du 3e trimestre, contre 576 milliards fin 2018, fait désormais des merveilles. L’indice RTS (libellé en dollars) et le Moex (en roubles) ont respectivement connu des hausses de plus de 35,7% et 23,4% (jusqu’à +27% le 7 novembre) depuis le début de l’année. À titre de comparaison, le CAC 40 -qui signe également une année exceptionnelle- s’adjuge 24% depuis le 1er janvier.

Au cours des derniers mois, les principales agences de notation ont relevé les notes du pays, améliorant son attractivité pour les investisseurs et permettant au Moex de franchir à la hausse la barre des 3.000 points pour la première fois de son histoire en novembre. “Les gens qui ont investi en Russie au début de l’année sont très heureux aujourd’hui”, sourit Andreï Braguinsky, directeur de la communication de la Bourse russe, interrogé par l’AFP.

Nichée dans un immeuble discret à un jet de pierre du Kremlin, le Moscow Exchange est jeune: les deux indices Micex (depuis renommé Moex) et RTS sont nés au début des années 1990, dans les décombres de l’URSS, à l’aube de l’économie de marché russe. La Bourse n’intègre ces deux indices que fin 2011, prenant sa forme actuelle.

Réactivité de la Banque centrale russe

Sa récente envolée détonne alors que la croissance russe reste molle (environ 1% lors des trois premiers trimestres de 2019) et que les sanctions occidentales imposées à la Russie depuis l’annexion de la Crimée en 2014 restent en place et font mal. Néanmoins, d’autres fondamentaux sont solides: “Il n’y a pas de dette, il y a des réserves de plus de 500 milliards de dollars, il n’y a pas de déficit budgétaire. C’est la différence entre la Russie et la plupart des autres marchés émergents”, affirme Andreï Braguinsky.

La bonne santé des marchés financiers russes doit aussi beaucoup à la politique de la Banque centrale. Lors de la crise monétaire de fin 2014, elle avait relevé brusquement son taux directeur à plus de 17% pour juguler l’effondrement du rouble, sous l’effet de la chute des cours du pétrole et des sanctions occidentales. Depuis, elle l’a abaissé régulièrement jusqu’à atteindre les 6,50% actuels.

“Dividendes énormes”

Autre maître mot de cette envolée boursière : les dividendes. “Le marché des actions russes est très concentré, il y a un petit nombre de gros acteurs”, note Natalia Orlova, chef économiste d’Alfa Bank. Or un certain nombre d’entre eux ont “récemment distribué d’énormes dividendes aux actionnaires”, dopant considérablement la Bourse. En mai, le géant gazier Gazprom a ainsi annoncé son intention de verser des dividendes supérieurs de plus de la moitié à ce qui était prévu. Aujourd’hui, le rendement moyen en dividendes des actions russes est proche de 7%.

“Beaucoup de ces (grands) groupes ont beaucoup de liquidités mais investissent peu à cause de l’incertitude liée aux sanctions et au contexte international”, explique Mme Orlova. Cette situation, dans laquelle les groupes décident de verser des dividendes plutôt que d’investir, “peut durer longtemps car l’infrastructure est en place” estime l’économiste.

Des matières premières en hausse

La Bourse russe profite enfin de la tendance haussière depuis le début de l’année du prix du pétrole, ainsi que d’un certain nombre de métaux – deux secteurs importants de l’économie russe. À cela, Sofya Donets, directrice de Renaissance Capital en Russie, ajoute encore “l’absence de nouveaux chocs politiques”, l’absence d’élections dans le pays et un “marché qui s’est habitué aux sanctions”. “Les investisseurs savent désormais comment travailler dans le contexte des sanctions existantes”, et reviennent alors que le spectre de nouvelles sanctions occidentales semble s’éloigner, ajoute Andreï Braguinsky.

Qui en profite le plus? Les investisseurs étrangers, qui détiennent près de 50% des actions de la Bourse russe. Et également les institutions russes. Un nouveau venu commence aussi à se faire un nom: l’investisseur privé russe. “Il y a environ 100.000 à 150.000 nouveaux investisseurs privés sur le marché tous les mois”, assure-t-il.

(avec AFP)

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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