La Chine pourrait mener une guerre commerciale en cas de non respect US de l’OMC

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Les Etats-Unis – ou plutôt Donald Trump – devraient-ils plus se méfier de la Chine, jugeant ainsi à sa juste valeur son supposé adversaire  ? Pékin a prévenu jeudi Washington que l’irrespect des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pourrait entraîner une « guerre commerciale ». Des propos qui interviennent après des interventions véhémentes et répétées du nouveau président américain Donald Trump contre l’instance internationale.

« Si des membres de l’OMC ignorent ses règles pour leur propre intérêt et refusent d’appliquer ses décisions sur les différends, alors le système commercial n’aura de multilatéral que le nom », a averti en retour jeudi Sun Jiwen, le porte-parole du ministère chinois du Commerce lors d’une conférence de presse. Sa menace s’est même voulue plus précise, laissant entendre qu’il pourrait même y avoir « une répétition de la guerre commerciale des années 1930″.

Afin de ne pas aboutir à une telle situation, le porte-parole du ministère chinois du Commerce a exhorté « les principaux membres de l’OMC à montrer l’exemple, à observer les règles et à remplir leurs obligations ». Ce qui a le mérite d’être clair …

Début mars, l’administration Trump avait ainsi tiré à boulets rouges sur l’OMC dans un document officiel, lui reprochant tout particulièrement d’empêcher les pratiques commerciales déloyales. « Les Américains ne sont pas directement soumis aux décisions de l’OMC », a avait même déclaré à ce sujet l’équivalent du ministère américain du Commerce extérieur (USTR), affirmant privilégier la défense de « la souveraineté » des Etats-Unis.

Donald Trump a estimé à plusieurs reprises que les Etats-Unis tiraient meilleurs profits de la conclusion d’accords bilatéraux que d’un système multilatéral. Durant sa campagne électorale, le milliardaire était allé jusqu’à qualifier l’OMC de « désastre », laissant entendre que les Etats-Unis pourraient s’en retirer s’ils ne pouvaient pas renégocier certains règlements, notamment en matière de droits de douane. Depuis son investiture, Donald Trump poursuit sans relâche ses attaques contre l’OMC, les appels au calme de la Chine et de l’Union européenne ne changeant en rien la vigueur des ses propos.

Le nouveau président ne mâche pas également pour critiquer l’Empire du Milieu, estimant que la « Chine s’est enrichie grâce aux Etats-Unis ». Mieux encore, il considère qu’elle « s’est reconstruite grâce à l’argent et aux emplois qu’elle a pompés » outre-Atlantique.

Donald Trump considère également que Pékin manipule sa monnaie – le yuan – pour « affaiblir la base industrielle des Etats-Unis » et construit « une grande muraille protectionniste qui empêche les entreprises américaines de pénétrer le marché chinois ». Ce  qui, reconnaissons-le est loin d’être totalement faux …

Pour riposter à ce qu’il estime être «  le plus grand vol de l’histoire du monde », le candidat républicain
avait promis d’instaurer des taxes à l’importation de 45 % sur les produits chinois.

Certes, en restant factuel, précisons tout de même que depuis l’arrivée de la Chine à l’OMC en 2001, le déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de Pékin est passé d’environ 50 milliards de dollars à plus de 365 milliards en 2015.  Si Bill Clinton s’était alors montré très optimiste quant aux supposés bienfaits de l’arrivée du mastodonte chinois au sein de l’Organisation, elle aurait selon certains experts engendré la disparition de 57.000 entreprises, et fortement impacté l’emploi US.

« Accuser la Chine d’être seule à l’origine des déboires industriels des Etats-Unis est plus que réducteur, s’insurgeait en décembre dernier Pascal Lamy, l’ancien directeur général de l’OMC, dans Les Echos. Précisant par ailleurs que « les Etats-Unis souffrent d’un déficit commercial chronique avec la zone Asie depuis plus de trente ans ». « Dans le capitalisme de marché, la Chine a simplement profité de son avantage comparatif – le faible coût de sa main-d’oeuvre – pour devenir l’usine d’assemblage mondiale », ajoutait enfin Pascal Lamy.

« Le vrai problème des Etats-Unis est qu’ils vivent au-dessus de leurs moyens depuis quarante ans. Le jour où leur déficit budgétaire se réduira et où les Américains épargneront plus, le problème de leur déficit commercial se résorbera », soutient quant à lui Jean-Marc Siroën, professeur de sciences économiques à Paris Dauphine.

Selon Chen Fengying de l’Institut chinois des relations internationales modernes, le nouveau président américain, en tant qu’ex-entrepreneur, cherche à intimider son adversaire avant le début des négociations pour s’assurer un avantage psychologique. Elle prévoit par ailleurs qu’à mesure que la puissance économique de la Chine s’approche de celle des États-Unis, les différends commerciaux seront de plus en plus fréquents entre Washington et Pékin. Si les deux parties sont en mesure de respecter « l’équilibre des bénéfices et des pertes », il ne s’agira selon elle pas d’une véritable guerre commerciale.

Sources : AFP, Reuters, Les Echos, Sputniknews

Elisabeth Studer – 10 mars 2017 – www.leblogfinance.com

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