La France à l’offensive dans la cybersécurité

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“La guerre cyber a commencé et la France doit être prête à y combattre.” La phrase, un rien martiale, est de Florence Parly. En révélant début 2019 la cyberattaque menée contre les boîtes mails de 19 hauts cadres de la défense, la ministre française des Armées avait désigné l’ennemi : un groupe de hackers baptisé Turla, soupçonné d’œuvrer pour les services de renseignement russes. Ce genre de “cyber coming out”, rarissime en France, incarne le tournant offensif dans la stratégie française de cyberdéfense pris depuis 2018. Le ministère des Armées va consacrer 1,6 milliard d’euros au cyber d’ici à 2025 et recruter un millier de cybercombattants supplémentaires ces six prochaines années.

Au-delà de l’effort militaire, c’est tout un écosystème qui est en train de se mettre en place. Au cours d’un récent conseil de Défense, Emmanuel Macron a lui-même lancé le projet d’un parc d’activité multidisciplinaire, une sorte de lieu totem entièrement consacré aux questions de cybersécurité. L’initiative trouve ses origines en 2015, quand le chef de l’Etat, alors ministre de l’Economie, avait découvert le Cyberspark, un campus d’innovation situé à Beer-Sheva, à une soixantaine de kilomètres au sud de Tel-Aviv. Une mission de préconfiguration de ce campus a été confiée le 23 juillet à Michel Van den Berghe, directeur général d’Orange Cybersécurité, par le Premier ministre Edouard Philippe.

Rapport à la mi-décembre

En visite cette semaine dans la “cyber valley” russe de Skolkovo, et prochainement à Beer-Sheva, la mission Van den Berghe devrait remettre ses conclusions à Matignon à partir du 16 décembre. Ce rapport pourrait donner lieu à une communication en conseil de Défense début janvier, et à des annonces fin janvier au Forum international de la cybersécurité (FIC) de Lille. “L’idée est de créer un campus opérationnel qui rassemblerait des industriels du cyber, des universitaires, des start-up et des administrations, explique Michel Van den Berghe. L’ensemble du projet doit être déployé sans subventions de l’Etat.” Le patron d’Orange Cyberdéfense veut aller vite. Très vite, même : le campus, qui rassemblerait 700 personnes à Paris ou à l’ouest de la petite couronne, pourrait ouvrir ses portes dès la fin 2020.

Une vingtaine de groupes privés et d’acteurs publics devraient annoncer leur soutien au projet le 28 novembre au Liberté-Living Lab, à Paris. Orange compte installer sur le futur campus ses deux CERT (centres d’alerte et de réaction aux attaques informatiques), soit une centaine de personnes. Thales, Atos et Capgemini se sont également engagés à y loger des équipes en vue de créer un pôle européen de détection des menaces. L’Anssi, l’agence de cybersécurité française, mais aussi la police judiciaire et la gendarmerie devraient également y installer des troupes. Côté recherche, l’Inria sera associé à travers une vingtaine de projets. L’allemand Siemens a déjà manifesté son intérêt, de même que plusieurs entreprises américaines. Pas sûr toutefois que celles-ci soient les bienvenues.

 

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