La pénurie d’eau va s’aggraver, le monde politique sèche

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Selon le dernier rapport annuel de l’ONU sur les ressources mondiales en eau, plus d’un quart de l’humanité – 1,9 milliard de personnes, dont 73 % en Asie – vit dans des régions où l’eau risque de devenir rare. Ce nombre doit être multiplié par deux si l’on prend en compte les personnes risquant de manquer d’eau au moins un mois par an. La consommation mondiale d’eau est six fois plus importante qu’il y a un siècle. Et devrait augmenter de 20 à 50 % d’ici à 2050. Le volume consommé – 4 600 kilomètres cubes par an – est d’ores et déjà proche du maximum que l’on peut utiliser sans mettre en péril les réserves naturelles. Aujourd’hui, un tiers des plus grandes nappes phréatiques mondiales risquent de disparaître. Le nombre d’êtres humains manquant d’eau pourrait donc atteindre 3,2 milliards en 2050, voire 5,7 milliards en tenant compte des variations saisonnières. Cela ne concerne pas que les pays pauvres : l’Australie, l’Italie, l’Espagne et même les Etats- Unis connaîtront de graves pénuries.

10 milliards en 2050

La hausse de la consommation du précieux liquide est due à trois facteurs principaux : la démographie, la prospérité et le changement climatique. La Terre, qui abrite actuellement un peu moins de 8 milliards d’habitants, en comptera environ 10 milliards en 2050. Cet accroissement concernera principalement l’Asie et l’Afrique, deux continents qui manquent déjà d’eau. Quant au réchauffement climatique, les scientifiques s’accordent pour dire que les zones sèches deviendront plus sèches, et les zones humides plus humides. Avec le réchauffement, la répartition de l’eau, déjà largement inégale, ne fera qu’empirer : neuf pays possèdent 60 % des ressources disponibles ; la Chine et l’Inde, qui représentent 36 % de la population mondiale, n’abritent que 11 % de l’eau douce terrestre. Et les précipitations, comme la mousson d’Asie du Sud-Est, dont dépend une bonne part de l’économie du sous-continent, deviendront plus irrégulières.

Mauvais usage de l’eau

« Les impacts de la raréfaction de l’eau et de la sécheresse, note un rapport de la Banque mondiale, pourraient entraîner des dommages à long terme aujourd’hui mal compris et peu documentés. » Tout dépendra de l’ampleur du changement climatique. Une augmentation moyenne de 1,5 °C des températures accroîtrait de 4 % la proportion de la population touchée par des pénuries d’eau. Avec une hausse de 2 °C, ce serait 8 % de plus. Dans la région méditerranéenne, une hausse de 1,5 °C des températures n’entraînerait qu’une faible modification du débit des cours d’eau. A 2 °C de plus, les débits diminueraient de 10 à 30 %.

Le problème fondamental ne tient pas à la ressource elle-même, qui devrait rester raisonnablement stable, ni à des difficultés techniques. C’est en réalité un problème de gestion, lié aux difficultés auxquelles se heurtent les politiques pour résister aux pressions économiques et culturelles visant à perpétuer un mauvais usage de l’eau. C’est ce que soulignait Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, récemment : « Nous savons ce qu’il faut faire. Ce que l’on ne sait pas, c’est comment nous faire réélire une fois que nous l’aurons fait. »

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