La valorisation de Slack a fondu de moitié depuis son introduction en Bourse

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(BFM Bourse) – Après avoir réalisé des débuts tonitruants à Wall Street, le spécialiste de la messagerie d’entreprises a vu sa valorisation fondre de près de 50% en à peine plus de 4 mois. Les investisseurs font désormais preuve de prudence vis-à-vis des licornes technologiques, pour lesquelles ils proposent maintenant des multiples de valorisation plus raisonnables.

Une entrée en Bourse fracassante le 22 juin dernier puis plus rien pour la plateforme de messagerie professionnelle Slack. Ou plutôt si, un repli quasi-ininterrompu du cours de son action, cotée sur le Nasdaq sous le ticker “WORK”. Pour rappel, le titre Slack avait clôturé son premier jour de cotation à 38,62 dollars après avoir été introduit à 38,5 dollar, soit bien au-dessus des anticipations de Wall Street, et près de 50% supérieur au “prix de référence” de 26 dollars fixé la veille par le New York Stock Exchange à titre indicatif. À 38,5 euros le titre, la valorisation de Slack atteignait alors quelque 23 milliards de dollars, alors qu’elle n’était encore valorisée “que” 7,1 milliards d’euros fin 2018 lors de sa dernière levée de fonds.

“Malgré un nombre d’entrées en Bourse particulièrement bas en 2019 (avec seulement 1376 IPO pour le moment, probablement un record sur les 20 dernières années), la capitalisation boursière des acteurs technologiques au moment de leur introduction reste, elle, exceptionnelle : plus de 155 milliards de dollars de capitalisation boursière totale aux Etats-Unis, soit plus que le précédent record, qui date de 2012 (128 milliards de dollars)”, année au cours de laquelle Facebook avait fait ses premiers pas sur les marchés, relève Jérémy Taïeb, analyste financier chez Fabernovel.

“Pour autant, ajoute-t-il, la valorisation de ces acteurs a fortement varié depuis leur introduction, les investisseurs faisant preuve de davantage de prudence, une tendance confortée par l’entrée en Bourse ratée de WeWork” selon l’analyste.

Ce dernier constate d’ailleurs que Slack n’est pas un cas isolé à Wall Street, “des acteurs comme Zoom (société californienne qui fournit des services de téléconférence à distance via le “cloud computing”, NDLR) qui était valorisé 26 milliards de dollars avant le “feuilleton WeWork” sont désormais valorisés 18 milliards de dollars (soit -32%), malgré d’excellents résultats défiant toutes les attentes des analystes” note Jérémy Taïeb.

Dans le cas de Slack, la valorisation, qui avait atteint près de 24 milliards de dollars le jour de son introduction en Bourse, a chuté à 11,97 milliards de dollars à la clôture de Wall Street jeudi, ce qui correspond à une baisse de 50% en à peine plus de 4 mois.

“Ces variations de valeur illustrent trois tendances actuelles”, explique Jérémy Taieb. La première, c’est que “les investisseurs se montrent en ce moment plus prudents et préfèrent éviter les entreprises qui ne montrent, à court comme à moyen-long terme, aucune perspective de rentabilité”. Autre élément pouvant justifier les fortes variations subies en Bourse par les sociétés récemment introduites : la gouvernance, que l’analyste considère comme “la clé afin de fédérer une communauté et d’être crédible auprès de ses actionnaires”.

Enfin, et c’est peut-être le point le plus important, “les marchés proposent désormais des multiples de valorisation plus raisonnables pour les entreprises, qui correspondent à des objectifs plus réalistes” estime Jérémy Taïeb. Slack, poursuit-il, a été valorisé sur la base d’une perspective de croissance de son chiffre d’affaires de 50% par an sur les deux premières années (un objectif ambitieux mais réalisable) mais avec un multiple de valorisation “EV/Sales” (soit la capitalisation boursière + les dettes – la trésorerie divisés par les ventes annuelles du groupe) extrêmement élevé pour 2019 et largement supérieur aux autres entreprises du secteur, à savoir environ 20x contre 10x en moyenne” pour les autres entreprises technologiques.

Fabernovel avait fait l’exercice de valorisation de Slack il y a 6 mois, juste avant son entrée en Bourse pour l’étude Gafanomics – Slack, the future workplace – “en prenant des multiples de valorisation plus faibles (1 0- 11x) et des hypothèses de croissance réalistes (50% sur 3 ans) pour arriver à une valorisation de près de 10 milliards de dollars – soit presque sa valorisation actuelle” conclut Jérémy Taïeb.

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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