Lactalis : les agriculteurs en ont marre d’être des vaches à lait

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La revalorisation du prix du lait de nouveau sur le devant de la scène. Selon des informations communiquées vendredi par des organisations syndicales, plusieurs centaines d’agriculteurs sont attendus lundi soir à Laval (Mayenne), près du siège du groupe Lactalis, premier transformateur mondial de produits laitiers, en vue d’obtenir gain de cause.

« Cette action est prévue pour durer tant qu’une véritable négociation ne sera pas engagée avec Lactalis qui est le groupe laitier qui paie le moins cher en Europe », a ainsi déclaré à Reuters Pascal Clément, président de la Fédération régionale des syndicats agricoles (FRSEA) du grand ouest. Selon lui, « la situation des producteurs laitiers, qui vivent une descente aux enfers depuis deux ans avec le prix du lait qui ne cesse de baisser, n’est plus tenable ».

Selon le quotidien ‘Ouest France’, le mouvement pourrait être important, évoquant la venue de plusieurs milliers de producteurs laitiers, mais aussi des éleveurs de bovins et de porcs. Estimant que Lactalis a énormément de poids sur le marché, les agriculteurs espèrent en effet que si l’entreprise accepte de modifier ses tarifs, ses concurrents suivront. D’après les organisations syndicales, le prix de 256 euros les 1.000 litres de lait payé actuellement par Lactalis à ses producteurs est de dix à trente euros inférieur à ce que paient ses principaux concurrents.

Selon Philippe Jéhan, président de la FDSEA de la Mayenne, « Lactalis met en cause une situation de crise internationale due à la surproduction », mais « le groupe réalise 60% de son chiffre d’affaires en France » et « le problème est en grande partie franco-français ».

Dans un communiqué publié jeudi, le groupe Lactalis,qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 17 milliards d’euros, a condamné « le syndicalisme agricole qui refuse la réalité du marché et s’en prend à une entreprise en particulier, avec un discours irresponsable », réagissant au mouvement lancé par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs. « Pris pour cible par le syndicalisme agricole comme unique responsable d’une crise laitière profonde et durable, le Groupe Lactalis veut rappeler que cette crise est d’abord et avant tout une crise de surproduction », écrit Lactalis dans son communiqué.

« La production laitière est très excédentaire en France et le groupe Lactalis est l’entreprise de transformation qui traite le plus d’excédents produits par les producteur de lait », précise également l’entreprise, qui souligne par ailleurs que le prix payé en France est « nettement supérieur » à celui pratiqué par les autres pays européens, notamment l’Allemagne, premier producteur en Europe.

Selon la FDSEA, environ 80% des 3.200 exploitations laitières de Mayenne – premier département laitier en France avec le Finistère – seraient en grande difficulté. La Fédération évalue par ailleurs à 340 euros les mille litres le prix susceptible de rémunérer correctement les producteurs.

« Aujourd’hui, on demande seulement un juste partage de la valeur du lait et une vraie discussion avec Lactalis qui n’a aucune relation avec la profession », dit Pascal Clément.

Début août, à l’appel des Jeunes Agriculteurs et de la FDSEA de l’Orne, des producteurs de lait avaient déjà mené une action « coup de poing », en vue d’alerter une nouvelle fois les pouvoirs publics sur leur situation.

Une quarantaine d’agriculteurs s’est ainsi rassemblée devant l’usine Lactalis à Domfront, s’enchaînant symboliquement aux grilles de l’entreprise. Pour tenter de venir en aide à la profession, la Commission européenne a pris au mois de juillet dernier une série de nouvelles mesures d’un montant de 500 millions d’euros.

Sources : Reuters, AFP, Ouest France

Elisabeth Studer – 19 août 2016 – www.leblogfinance.com

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