L’Autriche et OMV au coeur de la stratégie de Gazprom pour South Stream

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L’Autriche …. une position on ne peut plus stratégique sur l’échiquier énergétique mondial …

Grand seigneur, le géant gazier russe Gazprom vient d’indiquer avoir « accepté la proposition du côté autrichien d’explorer les possibilités de construire un gazoduc en Autriche ». Et ce, alors même, qu’il ne pouvait pas rêver meilleure proposition pour voir aboutir toute sa stratégie gazière en Europe …

Le groupe énergétique russe a ainsi annoncé la semaine dernière qu’il envisageait d’étendre à l’Autriche son gazoduc South Stream. Ce dernier, destiné à assurer la distribution du gaz russe en l’Europe, en contournant l’Ukraine, est actuellement en construction. Le cas échéant, cette nouvelle branche du pipeline compléterait l’itinéraire actuel, lequel fait déboucher le gazoduc en Italie via la Slovénie.

« L’actuelle situation géopolitique confirme la pertinence d’itinéraires alternatifs pour les livraisons de gaz russe aux consommateurs européens », a par ailleurs ajouté Gazprom.  Un contexte idéal pour Moscou pour accélérer la mise en place d’un nouveau tracé qui renforce la place de l’Autriche et du groupe gazier autrichien OMV comme véritable hub de transit du gaz européen, à la croisée de gazoducs on ne peut plus stratégique.  C’est donc dans un tel contexte que le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, a rencontré à Vienne le ministre autrichien de l’Économie, Reinhold Mitterlehner, et le PDG d’OMV, Gerhard Roiss.

Mais attardons nous un instant sur OMV et son partenaire russe …. le géant tentaculaire Gazprom, le groupe gazier et pétrolier autrichien pouvant s’avérer être au final le cheval de Troie de la Russie au sein de l’échiquier énergétique mondial  …

Précisons tout d’abord qu’en décembre 2009, le groupe d’hydrocarbures autrichien, premier groupe gazier et pétrolier d’Europe centrale, et la Bourse de Vienne ont créé une « Bourse du gaz ». Son ambition d’alors ? Devenir numéro un en Europe continentale …. en partenariat avec le géant gazier russe Gazprom. Comment ? via la plate-forme de Baumgarten qui permet – notamment – d’assurer la livraison du gaz russe à l’Europe occidentale, disposant ainsi d’une position stratégique au coeur de l’Europe centrale.

La nouvelle entité, qui s’appuie sur la plate-forme de distribution Central European Gas Hub (CEGH) opérée par OMV à Baumgarten, a commencé fin 2009 à proposer des contrats spots, le négoce de contrats à terme étant alors planifié pour une mise en oeuvre au printemps 2010. L’objectif à terme est de faire du CEGH « la première place d’Europe continentale pour le commerce du gaz« , avait alors précisé OMV.

Le début des opérations en Bourse marque « une nouvelle étape pour la création d’un marché européen du gaz » et « renforce la sécurité des approvisionnements« , avait parallèlement déclaré  le ministre autrichien de l’Economie, Reinhold Mitterlehner. On ne demandait alors qu’à le croire …

En novembre 2008, les compagnies gazières et pétrolières autrichienne OMV et russe Gazprom avaient indiqué que les deux entreprises projetaient de créer conjointement une bourse du gaz et une plate-forme de distribution à partir de 2009 en Europe centrale. Cette place devait permettre des échanges sur les produits gaziers sur les marchés spot et à terme. OMV avait alors souligné être en contact permanent avec Gazprom, son fournisseur depuis 1968, en insistant que celui-ci a jusqu’à présent toujours été « un partenaire fiable ».

Parallèlement, OMV s’associait à Gazprom pour développer cette plate-forme de distribution en Autriche, l’une des trois plus importantes d’Europe continentale. La structure dessert, outre l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la France, la Slovénie, la Croatie et la Hongrie.

Selon un accord initial, OMV et Gazprom devaient détenir chacun 30 % du Central European Gas Hub. Mais en juin 2011, la Commission européenne a bloqué l’achat par le géant gazier russe d’une partie de la plate-forme de distribution gazière Central European Gas Hub GmbH (CEGH). A cette occasion, le vice-président du géant gazier russe, Alexandre Medvedev avait indiqué : « malgré les souhaits de nos partenaires, la Commission européenne a commencé à chercher des intentions cachées derrière cet accord, comme si nous allions l’utiliser pour asservir l’Europe. Je suis très déçu« . Il avait alors estimé que la désapprobation de la Commission européenne était une « décision à courte vue ». A l’heure actuelle, le capital de CEGH est réparti de la manière suivante : 65 % à OMV, 20 % à la Bourse de Vienne et 15 % au groupe énergétique slovaque Eustream.

Mais Moscou revient donc à la charge désormais, certes d’une manière détournée, alors que la plate-forme de Baumgarten est interconnectée à la plupart des différents pipelines qui traversent déjà ou devraient traverser l’Europe.

Située « idéalement » au débouché du gazoduc Droujba, le Central European Gas Hub voit transiter annuellement 55 milliards de mètres cubes de gaz, principalement de Russie et de Norvège. En une sorte de goulet d’étranglement ou noeud de transit gazier (ou hub) quasi-incontournable ou presque, surtout si tout est fait pour le rendre ainsi. Permettant de tirer les ficelles de l’approvisionnement en gaz de l’Europe …..

Pour rappel, OMV – régie autrichienne de gestion du pétrole – est une compagnie pétrolière privée, fondée en 1956, ayant son siège à Vienne. 51 % de son capital circule sur le marché, 31,5 % est détenu par le holding public des participations de l’Etat autrichien, 17,5 % par IPIC, l’office public des participations pétrolières de l’État d’Abou Dhabi.

L’entreprise est chef de file pour la construction du gazoduc Nabucco, qui doit amener le gaz naturel iranien jusqu’à l’Autriche via les Balkans et la Turquie, dont un des objectifs est initialement d’assurer le transit d’hydrocarbures en contournant la Russie. Malgré ce projet européen que la Russie voit d’un mauvais oeil mais pourrait à son tour « contourner » à sa manière, OMV fonde néanmoins sa stratégie sur un partenariat avec les compagnies russes.

L’entreprise autrichienne s’est également associée à Transpetrol, pétrolier semi-public slovaque, pour construire à partir de 2008 l’oléoduc Bratislava-Schwechat. Ce tronçon doit relier la raffinerie autrichienne à l’oléoduc transeuropéen Droujba et ainsi être connecté directement aux champs pétrolifères russes.

Par ailleurs, OMV, qui achète 6,5 milliards m³/an à Gazprom, fait partie des rares compagnies européennes autorisées à revendre le gaz russe hors de son marché domestique.

Enfin, l’achat par OMV  d’actifs pétroliers en Tunisie – en janvier 2011 !!!  –  est loin d’être anodin, les livraisons d’hydrocarbures tunisiens ou transitant par la Tunisie influant grandement sur les débouchés du géant gazier russe Gazprom.

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 30 avril 2014


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