Le chef de la diplomatie allemande accuse Trump de népotisme

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Quand la diplomatie allemande s’insurge du mélange des genres entre politique, business et famille, opéré par Donald Trump. Dans un entretien publié samedi par le groupe de presse régional allemand Funke, le ministre allemand des Affaires Etrangères, Sigmar Gabriel s’est montré pour le moins critique à l’encontre de la place occupée par Ivanka Trump dans l’équipe du président américain. Allant même jusqu’à évoquer une forme de « népotisme ». Pointant ainsi du doigt la tendance du milliardaire et désormais locataire de la Maison Blanche à favoriser l’ascension des membres de sa famille au détriment des processus de sélection ordinaires, du mérite voire même de l’intérêt général.

« Pour moi il y a des choses qui restent étranges comme par exemple la visite de sa fille en Allemagne qui est traitée pratiquement comme un événement mondain, alors que le mélange de la politique avec la famille et les affaires rappelle plutôt le népotisme et serait chez nous inimaginable », a ainsi déclaré le ministre social-démocrate.

Ses propos font référence à la venue à Berlin au début de la semaine dernière d’Ivanka Trump, désormais devenue conseillère de son père à la Maison Blanche. L’objet officiel de sa visite était de participer à un débat sur la place des femmes dans l’économie, répondant ainsi à l’invitation de la chancelière allemande Angela Merkel.

« Cela me dérange toujours lorsque des membres de la famille, qui n’ont jamais été élus, débarquent tout à coup comme des hôtes officiels de l’Etat et sont traités pratiquement comme s’ils faisaient partie d’une famille royale », a par ailleurs ajouté M. Gabriel, réputé par ailleurs pour ne pas mâcher ses mots.

En février dernier, alors que nombreux étaient les journaux à pointer du doigt les conflits d’intérêt entre les fonctions présidentielles de Donald Trump et les affaires de sa fille Ivanka et de la Trump organization, peu de medias avaient indiqué que le milliardaire avait confirmé que le Pentagone souhaitait louer un espace …. dans la Trump Tower de New York. But affiché : accueillir les équipements et personnels militaires qui accompagneront Donald Trump pendant ses séjours sur place. Précisons à cet égard que le président américain est en permanence accompagné de personnels militaires, ne serait-ce que ceux qui lui lui permettront – si nécessaire – de déclencher l’arme nucléaire.

« Pour pouvoir remplir la mission qui lui incombe » auprès du président américain, le département de la Défense cherche à louer « un montant limité d’espace » dans la Trump Tower, « en accord avec toutes les exigences légales », avait alors déclaré pour sa part le lieutenant colonel James Brindle, un porte-parole du Pentagone. Ajoutant que cet espace était « nécessaire pour le personnel et l’équipement qui assisteront le président pendant ses séjours dans sa résidence » new-yorkaise. A noter que Melania Trump, l’épouse du président, Melania, et son fils Barron résident toujours à l’heure actuelle dans la Trump Tower dans le somptueux triplexe que le milliardaire possède, aux trois derniers étages de la tour, officiellement pour ne pas perturber la scolarité de Trump junior.

La démarche du Pentagone – qui a dû tout de même être incité à agir de la sorte – s’avère quelque peu embarrassante, car de nature à alimenter les polémiques sur les conflits d’intérêts du président milliardaire. Lequel a refusé de vendre ses actifs après son élection, les transférant à un trust dont la gestion a été confiée à ses deux fils aînés. Sans toutefois modifier sa capitalisation. Donald Trump a également refusé la solution du « blind trust », consistant à confier la gestion du trust à un gestionnaire indépendant.

Selon les responsables du Pentagone, le département de la Défense a déjà dû dans le passé se procurer de l’espace à proximité de résidences privées de précédents présidents. Reste que les frais de location de l’espace ainsi recherché n’ont pas augmenté les derniers personnels des résidents de la Maison Blanche. Or, selon la chaîne CNN, louer tout un étage de la tour Trump reviendrait à environ 1,5 million de dollars par an.

Rappelons enfin que fin janvier, une plainte a été déposée devant le tribunal fédéral de Manhattan contre le nouveau président des Etats-Unis … et néanmoins milliardaire … par l’association Citizens for Responsibility and Ethics in Washington (Crew). Lui sont reprochés de versements effectués par des gouvernements étrangers à des entreprises de son groupe. Elément notable : l’ONG Crew est constitué d’un groupe d’éminents juristes de Washington – nombre d’entre eux étant des spécialistes de haut niveau de Droit constitutionnel – emmenés par l’ancien conseiller éthique de Barack Obama, Norman Eisen, et Laurence Tribe, un expert respecté du droit constitutionnel. Y figure également Richard Painter, qui, comme Norman Eisen, a occupé la fonction de conseil juridique référent sur les questions éthiques de George Bush et Barack Obama lorsqu’ils étaient présidents.

L’association estime que Donald Trump qui ne s’est pas défait de ses intérêts financiers, notamment de ses hôtels
, continue de percevoir de l’argent versé par des gouvernements étrangers, notamment pour louer des chambres ou des salles de réception. « Lorsqu’il s’assiéra pour négocier des accords commerciaux avec ces pays », ajoute le Crew, « le peuple américain n’aura aucun moyen de savoir si leur président prendra seulement en compte l’intérêt national, ou s’il réfléchira aussi à ses intérêts privés » et aux profits de la Trump Company.  L’ONG mentionne notamment la Chine, l’Inde, l’Indonésie et les Philippines.

Des propos qui résonnent avec ceux des journalistes interrogés dans le cadre du documentaire diffusé le 24 janvier sur France 5 intitulé « L’inquiétant monsieur Trump », laissant entendre que le milliardaire s’est adressé directement aux sollicitations téléphoniques de la présidente de Taiwan – brisant ainsi le principe de la Chine unique – en vue avant tout de discuter business, la Trump Organization tentant actuellement d’investir massivement dans des hôtels de luxe dans le cadre du développement de l’aéroport de l’île. Ce que laissait déjà entendre un article du Guardian.
Pour l’association, cet état de fait constitue une violation de la clause sur les émoluments de la Constitution américaine qui interdit à un président de recevoir toute chose de valeur de la part de gouvernements étrangers.

Pourtant, avant sa prise de fonction, le milliardaire semblait avoir pris soin de se prémunir de toute éventuelle accusation de conflit d’intérêt. Enfin, dans les grandes mailles uniquement, histoire d’endormir les soupçons du peuple américain, mais quelques précisions semblant néanmoins pour le moins dérangeantes.

Quelques semaines avant sa prise de fonction, le 20 janvier dernier, Donald Trump avait ainsi annoncé qu’il confiait directement les clés de sa société à ses deux fils  ainsi qu’à un associé de longue date, Allen Weisselberg. Plaçant parallèlement l’ensemble de ses participations dans un trust, géré par le même Allen Weisselberg.

Mais l’association fait habilement remarquer que le milliardaire n’a pas cédé ces participations. Il est donc toujours financièrement intéressé au sort de son groupe … En conservant, après son investiture, les liens capitalistiques qui l’unissent à des centaines de sociétés rattachées à son groupe, Trump Organization, Donald Trump viole la Constitution, estime alors Crew.

Le 11 janvier dernier, suite à l’annonce de ces mesures prises par Donald Trump, le directeur du Bureau pour l’éthique gouvernementale, Walter Shaub, avait jugé pour sa part que ce plan ne permettait pas d’écarter tout risque de conflit d’intérêt. Les faits semblent désormais lui donner raison.

Sources : Reuters, AFP
Elisabeth Studer – 30 avril 2017 – www.leblogfinance.com

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