Le détroit de Kertch, un enjeu géostratégique pour la Russie

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Alors que la Russie a  arraisonné dimanche dernier trois bateaux militaires ukrainiens avec 24 marins à bord  dans  le détroit de Kertch, il  convient de rappeler le gigantesque enjeu  géostratégique que revêt ce point du globe pour Moscou. Au grand dam  de l’Ukraine ….  Sujet sur lequel je souhaite vous informer depuis de nombreux mois déjà. Alors  arrêtons-nous un instant et reprenons ….

Souvenez vous  … en janvier 2009, j’indiquais ici-même sur leblogfinance que certains analystes estimaient d’ores et déjà depuis quelques mois, qu’après la Géorgie, la Russie pourrait faire une “démonstration” de ses volontés hégémoniques en Ukraine. Arguments à l’appui.

Au delà, du prolongement de la présence de la Flotte russe de la mer Noire en Crimée au-delà de 2017 et de la bataille acharnée entre Russie et Ukraine sur le tarif du gaz et de son transit, j’invoquais également alors d’autres différends opposant Russie et Ukraine…

Je rappelais ainsi qu’en décembre 2003, Kiev et Moscou avaient signé un accord de coopération sur l’exploitation de la mer d’Azov et du détroit de Kertch. Ajoutant que la question de l’utilisation conjointe de ces surfaces maritimes n’était toutefois pas réglée. L’Ukraine insistant sur la nécessité de tracer la frontière sur la base de la limite administrative qui existait entre les républiques soviétiques de Russie et d’Ukraine, au sein de l’URSS.

Moscou rappelait alors que, conformément à la législation soviétique, les eaux intérieures entre les républiques de l’ex-URSS n’étaient pas délimitées et proposait de s’en tenir aux normes internationales qui prévoient que la frontière suive le chenal navigable. Mais celle-ci serait alors décalée vers l’Ouest.

J’insistais alors sur le caractère stratégique du dossier : le détroit de Kertch relie en effet la mer Noire à la mer d’Azov où se trouvent les ports russes de Rostov sur le Don, Taganrog et Yeisk. Il est pratiquement impropre à la navigation car trop peu profond pour le tirant d’eau des cargos et autres gros navires, sauf au niveau du chenal Kertch-Enikal qui est dans la zone portuaire du port – ukrainien – de Kertch. Plus de 9000 navires passent par ce chenal pour rejoindre les ports russes de la mer d’Azov au nord ou atteindre la mer Noire au sud. La Russie y redoute également l’apparition de navires de guerre étrangers, dont ceux de l’OTAN.

Mais en plus des enjeux politiques et stratégiques, les enjeux économiques associés sont importants sur deux points : les droits de passage et les gisements de pétrole et de gaz de la mer d’Azov. 120 gisements off-shore d’hydrocrabures étant en effet enregistrés à cette date dans cette zone. La production y étant encore modeste alors que la mer d’Azov est au deux-tiers ukrainienne, mais les possibilités d’extraction peuvent à l’avenir s’avérer intéressante, avais-je indiqué en 2009.

En octobre 2013, les ministres ukrainien et russe des Affaires étrangères Leonid Kojara et Sergueï Lavrov avaient indiqué vouloir évoqué lors d’une réunion conjointe en Russie la frontière maritime séparant les deux pays en mer d’Azov et dans le détroit de Kertch.

“Lors de la rencontre, il est prévu d’examiner en détail les activités des sous-commissions chargées de combattre les nouveaux défis, de régler les conflits régionaux et de trouver une solution au problème frontalier en mer d’Azov et dans le détroit de Kertch”, avait ainsi déclaré M. Perebiinis, le porte-parole de la diplomatie ukrainienne.

Les parties “prévoient en outre d’évoquer un large éventail de questions bilatérales d’actualité dans le cadre de la future signature d’un accord d’association entre l’Ukraine et l’UE”, avait ajouté le diplomate.
La presse russe rappelait alors qu’après la chute de l’URSS en 1991, l’Ukraine avait « unilatéralement établi sa frontière maritime dans le détroit de Kertch », « s’appropriant la partie navigable du détroit ». Imposant à tous les navires russes entrant ou sortant de la mer d’Azov des droits de passage.

L’accord russo-ukrainien de 2003 sur l’exploitation commune de la mer d’Azov et du détroit frontalier de Kertch considère ces espaces maritimes comme des eaux intérieures communes à la Russie et à l’Ukraine. Si en juillet 2012, les deux pays ont adopté une déclaration sur le partage des espaces maritimes dans ce secteur contesté, le problème de la frontière russo-ukrainienne dans le détroit de Kertch n’a toujours pas été réglé de façon définitive.

Où la boucle est bouclée …. : en plus des enjeux politiques et stratégiques, les enjeux économiques associés sont importants sur deux points : les droits de passage et les gisements de pétrole et de gaz de la mer d’Azov ….

Sources : AFP, Ria Novosti, Nouvel Obs

Elisabeth Studer – le 29 novembre 2018 – www.leblogfinance.com


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