Le gaz de schiste : moteur pour la chimie US ?

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Le gaz de schiste pourrait devenir un véritable moteur pour le secteur de la chimie et pétro-chimie US. En effet, l’industrie américaine pourrait bénéficier d’une aubaine non négligeable : ce type d’énergie constitue une matière première très bon marché outre-Atlantique, situation lui permettant de réduire de manière importante leurs coûts de production. Leur offrant un avantage certain sur leurs concurrents étrangers et notamment européens.
Rappelons qu’outre-Atlantique, le recours au gaz de schiste permet aux industriels de diviser presque par trois leur facture énergétique par rapports à leurs homologues européens. Les concurrents asiatiques pouvant débourser quant à eux des sommes cinq fois plus importantes.
Une aubaine pour l’industrie chimique US alors que le gaz de schiste constitue la matière première de base pour fabriquer nombre de produits, et en tout premier lieu du plastique, de l’engrais et des médicaments.
De quoi favoriser les investissements : selon l’American Chemistry Council (ACC), principale fédération de la chimie américaine, de l’ordre de 110 projets d’investissement ont été récemment annoncés aux Etats-Unis, le tout pour un total de 77 milliards de dollars. Pourtant en 2008, aucun membre de la Fédération n’envisageait d’investir localement.
L’hémergence de tels projets pourrait induire la création de 46.000 nouveaux emplois directs, et de 200.000 sous-traitants. Une petite révolution en quelque sorte, l’industrie chimique US étant passé d’un pic de 1,1 million d’emplois en 1981 à moins de 800.000. Réduction de la demande et restructurations étant jusqu’à présent à l’ordre du jour.

Si dans un premier temps, du méthane était principalement extrait des premiers gisements exploités, depuis 2010, l’accent a été mis sur le pétrole de schiste et les wet gas, des gaz contenant d’importantes quantités de butane, de propane et surtout d’éthane. Ceci, pour des raisons de rentabilité.
Au final des gaz très appréciables, car ils peuvent se substituer au naphta, un composant du pétrole toujours fort coûteux, pour être transformés en produits de base tels que polyéthylène, polypropylène ou butadiène. Eléments de base de la chimie mondiale et rentrant dans le processus de fabrication de bon nombre d’objets de grande consommation.
Le ratio des prix des grands intermédiaires pétrochimiques, tels que l’éthylène, le propylène ou le benzène, par rapport à celui du naphta s’est continuellement dégradé depuis 2008. Une dégradation qui s’est amplifiée depuis l’été 2011. Il devient ainsi de plus en plus difficile pour les pétrochimistes de répercuter les fluctuations du prix du naphta sur les prix des produits, ceux-ci se trouvant directement en compétition avec ces mêmes produits issus des vapocraqueurs de gaz.
S’il y a trente ans, la part de l’éthylène produit par vapocraquage de naphta représentait environ 56 % du
total de l’éthylène produit, contre 24 % à partir d’éthane et de GPL, aujourd’hui, ces parts sont respectivement de 45 et 34 %. Une hausse de la part des vapocraqueurs de gaz devant se confirmer à court et moyen termes, compte-tenu des projets de construction de site annoncés.

Ainsi, l’éthane étant désormais près de trois fois moins cher que le naphta aux Etats-Unis, le secteur pétrochimique US a de moins en moins recours à la délocalisation. Mieux encore, les usines pétrochimiques à l’arrêt ont été redémarrées, tandis que d’autres ont vu leurs capacités augmenter. Ainsi, le géant américain Lyondell Basell a pu afficher des profits records en 2012, alors que l’année 2009 l’avait vu sombrer dans la faillite.
Au grand dam de l’Asie et de l’Europe, leurs usines pétrochimiques fonctionnant principalement au naphta. C’est ainsi qu’en Chine, les taux d’utilisation des usines ont d’ores et déjà chuté autour de 85%. S’agissant de l’Europe, où le taux avoisine déjà faiblement 70%, des réductions de capacité sont à craindre, pouvant entraîner fermetures partielles ou totales de sites industriels.
Les analystes précisent par ailleurs que la concurrence US se fera encore plus préoccupante quand les projets actuels rentreront en exploitation, à l’horizon 2017-2020.
Le géant pétrolier français Total a quant à lui annoncé le mois dernier qu’ »afin de tirer parti de la révolution des gaz de schiste aux États-Unis », la coentreprise Petrochemicals LLC (BTP) (Total 40 % – BASF 60 %) venait de réaliser  les investissements nécessaires pour que le vapocraqueur de Port Arthur au Texas puisse utiliser comme matière première de l’éthane, l’un des composants présents en abondance dans le gaz de schiste américain.
« Aux Etats-Unis, notre stratégie consiste à consolider notre outil industriel en tirant bénéfice des évolutions du marché » a ainsi indiqué à cette occasion Patrick Pouyanné, directeur général Raffinage-Chimie de Total.
Précisant que le vapocraqueur de Port Arthur est l’un des plus grands craqueurs au monde avec une capacité de production de 1 million de tonnes d’éthylène par an, il a par ailleurs tenu à rappeler qu’il avait été mis en service en 2001 pour traiter du naphta.
« Compte tenu de la hausse du prix des produits pétroliers d’une part et de l’apparition de ressources gazières abondantes d’autre part, nous l’avons adapté pour le rendre flexible et maintenir ainsi sa compétitivité » avait-il ajouté. Indiquant qu’il avait désormais accès à de l’éthane d’un coût d’environ 30 $ par baril équivalent pétrole (bep), « donc très concurrentiel par rapport à celui du naphta (environ 100 $ /bep) » selon lui, « mais aussi à des GPL comme le butane et le propane, eux aussi meilleurs marché ».

Sources : AFP, IFP, ACC, Total

Elisabeth STUDER – 16 juin 2013 – www.leblogfinance.com


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