Le gigantisme de Nestlé porte-t-il le germe d’une crise boursière en Europe?

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(BFM Bourse) – Nestlé est la société d’alimentation la plus importante au monde. C’est par excellence une valeur refuge pour les investisseurs. Mais à près de 300 milliards d’euros de capitalisation, le titre est devenu si incontournable dans nombre d’ETF qu’il en vient à poser un risque de marché, s’inquiète AlpaValue.

La barre de 300 milliards d’euros de capitalisation pourrait bientôt être franchie par le groupe suisse Nestlé, avec un score de 323 milliards de francs suisses (296 milliards d’euros) au 22 août, un record en Europe (par comparaison, le poids-lourd tricolore LVMH pèse presque 40% de moins). Chaque titre Nestlé se paie environ 25,5 fois le montant du bénéfice par action, ce qui peut encore sembler acceptable, note AlphaValue. Mais intrinsèquement c’est le poids même de Nestlé qui pose problème. La firme fondée en 1866 représente à elle seule 4% du Stoxx600 (l’indice paneuropéen le plus étendu) et un tiers du secteur européen de l’alimentaire (qui est d’ailleurs en passe de devenir le secteur le plus important en Europe du fait de Nestlé).

Evolution de la capitalisation de Nesté, convertie en euros (graphique repris avec l’aimable autorisation d’AlphaValue)

Autre chiffre exprimant cette dimension vertigineuse colossale : la capitalisation de Nestlé atteint ou dépasse celle de 19 des secteurs suivis par le bureau d’études – pratiquement autant que l’ensemble du secteur automobile européen soit un peu plus de 300 milliards d’euros, davantage que l’aéronautique-défense à 241 milliards d’euros, les médias à 145 milliards d’euros, la distribution à 98,5 milliards, etc.

À l’échelon du marché suisse, Nestlé représente “seulement” 20% du SMI, car la pondération d’un titre dans l’échantillon de l’indice phare de la Bourse de Zurich est plafonnée à ce niveau quoi qu’il en soit. Mais le géant mondial de l’agroalimentaire représente une part encore plus importante de l’ensemble du marché helvète, selon AlphaValue. C’est d’ailleurs l’indice suisse qui affiche, de loin, la meilleure performance des grandes places européennes depuis le 1er janvier.

Une valeur refuge devenue risquée?

Pour les analystes du cabinet, la taille de Nestlé suscite un mécanisme auto-alimenté en raison du développement des ETF (fonds indiciels ou “trackers”). Qu’un investisseur choisisse un ETF sur le marché suisse, sur le secteur agroalimentaire, sur le marché paneuropéen (ou même mondial), sur la thématique de l’ISR (le groupe se classant régulièrement en tête de son secteur sur les critères d’investissement socialement responsable) ou encore celle des entreprises versant les meilleurs dividendes, cet ETF sera largement fourni en titres Nestlé. Et vu la performance de Nestlé ces derniers mois, il est fort à parier que cet ETF ait surperformé la plupart des fonds gérés activement, la plupart d’entre eux suivant des règles de gestion limitant l’exposition à une valeur en particulier, aussi performante soit-elle.

Certes, un investissement sur Nestlé répond bien aux exigences actuelles dans un contexte d’aversion grandissante au risque (sans parler du contexte de taux d’intérêts négatifs qui suscite des stratégies bizarres).

Mais la conséquence inévitable est que le risque que les investisseurs cherchent à éviter en se positionnant sur cette valeur phare procurant un rendement non négligeable (2,2% actuellement, davantage que la moyenne de son secteur) revient sous la forme d’un “crowded trade” -où les investisseurs se portent massivement sur un même actif- avec en bout de chaîne des petits porteurs tout-à-fait inconscients des dangers d’une telle concentration. L’effet de levier d’une éventuelle correction du titre Nestlé dépendra alors du mode de construction des ETF en question (certains ETF détenant effectivement les titres en question, alors que d’autres dits ETF synthétiques reconstruisent la performance à partir d’autres actifs).

Pour AlphaValue, les près de 100 milliards d’euros de capitalisation supplémentaire engrangés par Nestlé depuis le début de l’année s’apparentent donc – sans faire aucunement injure aux qualités fondamentales de l’entreprise – à un risque systémique pour les actions européennes.

Guillaume Bayre – ©2019 BFM Bourse

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