Le livret A fête ses 200 ans: savez-vous quand son taux fut le plus haut?

Mots-clefs : , , , , , , ,

C’est le placement préféré des Français. Celui que les parents ouvrent pour les enfants (parfois pour contourner les plafonds), celui dont les évolutions du taux décidés par l’Etat sont commentés dans la presse, celui dont les intérêts sont exonérés d’impôt et de cotisations sociales. Bref celui que les Français connaissent le mieux.

Et pour cause, le placement vedette des Français dont les encours atteignent actuellement 271,7 milliards d’euros (10 milliards de plus qu’il y a un an) a soufflé le 22 mai ses 200 ans.

En 1818, un certain Benjamin Delessert, Lyonnais et protestant, fonde la caisse d’Epargne de Paris sur le modèle des établissements bancaires populaires apparus à Londres à peine deux ans plus tôt. L’idée est alors de démocratiser la banque jusqu’alors réservée à la grande bourgeoisie ou à la noblesse. Homme d’affaires et philanthrope, Delessert veut permettre aux Français de placer leur argent dans des établissements sûrs et en leur laissant la liberté de le retirer quand ils le souhaitent. Jusqu’alors l’épargne n’avait pas une bonne image dans ce pays de tradition catholique qu’est la France.

Le bas de laine des Français pour éponger les dettes

Mais Benjamin Delessert et son partenaire d’alors le banquier François-Alexandre de La Rochefoucauld-Liancourt vont faire entrer la France dans modernité.

« Avec l’allongement de la durée de vie lié au recul des grandes menaces pesant traditionnellement sur l’existence (famines, épidémies…) ils promeuvent une nouvelle conception du monde où le devenir de l’homme ne réside plus dans la croyance en la providence mais dans la confiance en la prévoyance. Les individus sont appelés à conquérir leur bonheur ici-bas et maintenant », explique l’historienne Séverine de Coninck dans son ouvrage Le livret de Caisse d’Épargne, une passion française.

Et Louis XVIII, qui a réinstauré la monarchie quatre ans plus tôt, donne son accord. Exsangue à cause des guerres napoléoniennes, l’Etat cherche des moyens pour éponger ses dettes. Il accepte la proposition de ces deux hommes d’affaires qui lui conseillent d’aller chercher l’argent dans les bas de laine des Français.

C’est donc le 22 mai 1818 qu’est créée la première caisse d’épargne française et avec elle un nouveau placement: le livret de caisse d’épargne (ancien nom du livret A). L’idée est de proposer un placement sûr aux Français. Un placement sans risque qui leur rapporte. Le tout premier taux d’intérêt est fixé à 5%.

Mais le succès mettra du temps à arriver. La première année, à peine quelques centaines de livrets sont ouverts et essentiellement par des gens aisés. Il faudra attendre quelques décennies pour que les Français consentent à confier leur argent à des établissements bancaires.

La collecte reversée en partie au Trésor Public est, dès 1837, partiellement reversée à la Caisse des Dépôts et des Consignations créée quelques années plus tôt qui va avec financer des grands projets d’infrastructures comme l’électrification des campagnes et l’adduction d’eau. A la fin du XIXème siècle, une loi est votée pour consacré une partie de la collecte à la construction de logements sociaux. Ce qui est toujours le cas aujourd’hui par le biais des prêts accordés par la Caisse des Dépôts aux organismes de HLM.

Même pas de quoi acheter une baguette de pain par mois

Le livret A restera un monopole des Caisses d’Epargne jusqu’en 1876, année où la Poste commence à le distribuer. En 1975 ce sera au tour du Crédit Mutuel de proposer un placement équivalent (le livret bleu) puis 2009 pour que l’ensemble des banques françaises le proposent à leur tour. A l’origine sans plafond, le livret prend le nom de Livret A en 1966 et se voit plafonner avec la création d’un livret B sur lequel les Français on peut toujours mettre autant d’argent qu’on veut .

C’est au milieu du XXème siècle que le livret A devient un placement vraiment populaire. On estime qu’en 1940, la moitié des Français en possède un. Et ce malgré un taux d’intérêt de tout temps assez faible. Fixé au départ sur décision publique, le taux est depuis 2004 le fruit d’une formule mathématique que les politiques n’ont pas toujours appliqué à la lettre et qui vient encore d’être changée. Un taux plancher a été fixé mais le calcul ne protège plus systématiquement les épargnants de l’érosion monétaire. La preuve, à son taux actuel (0,75%), le rendement livret A est deux fois inférieur à l’inflation. Son rendement réel est donc négatif: -0,85%.

En fait, cela a souvent été le cas. En 1981, alors que le taux nominal atteint son record historique (8,5%), son rendement lui est largement négatif du fait d’une inflation galopante de 13,4% en France. Si vous aviez mis 100 euros sur un livret A en 1981, un an plus tard votre pouvoir d’achat réel n’était plus que de 95 euros. Dans les années 2000, le livret A est redevenu un peu plus intéressant avec la maîtrise de l’inflation. Mais pas de quoi vous constituer une fortune.

Si vous aviez mis 1000 euros sur votre livret en janvier 2002, vous auriez aujourd’hui 1375 euros. Mais comme entre temps les prix ont augmenté en France de 25%, le vrai gain de cet argent placé sur le livret A est de 123 euros, soit une moyenne de 7,70 euros par an. Même pas de quoi acheter une baguette de pain par mois.

Partager cet article