Le moteur Silvercrest de Safran renaît de ses cendres

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Le Silvercrest est de retour. Dix mois après la résiliation par Dassault de son contrat sur le moteur de Safran, qu’il avait délaissé pour un réacteur de l’américain Pratt & Whitney, le motoriste français a décroché le jackpot en ouverture du salon de l’aviation d’affaires NBAA à Orlando. Le leader mondial de l’aviation d’affaires Netjets a signé une option d’achat sur 150 jets d’affaires Citation Hemisphere de Cessna, qui seront motorisés par le Silvercrest. Si cet engagement est converti en commande ferme, il impliquera la livraison de 300 moteurs Silvercrest par Safran, une taille de commande rarissime dans l’aviation d’affaires. « C’est un signal de confiance très fort envoyé par Cessna et Netjets, et une formidable rampe de lancement pour nous », assure Olivier Andriès, patron de Safran Aircraft Engines, l’ex-Snecma.

Cet engagement d’achat arrive à point nommé pour Safran. Le groupe français avait fait du Silvercrest, programme lancé en 2006, le fer de lance de sa diversification sur le segment des moteurs d’avions d’affaires, dominé par les Pratt & Whitney, GE, Honeywell. Mais le projet a vite tourné au cauchemar, cumulant retards et déboires techniques. Initialement prévu pour 2010-2011, puis 2013, le moteur est encore en phase de développement douze ans après le début des travaux de conception. Safran avait déjà dû passer une provision de 654 millions d’euros sur l’exercice 2015, soit l’intégralité de son investissement sur le programme. Le groupe a également dû affronter, en décembre dernier, l’ire de son principal client, Dassault Aviation.

Lâché par Dassault

Suite à un nouveau retard du moteur, dû à un problème de compresseur haute pression, Dassault avait dénoncé son contrat avec Safran, dont le Silvercrest devait motoriser le futur biréacteur Falcon 5X. Furieux des retards de Safran, l’avionneur français avait carrément abandonné son programme Falcon 5X, préférant relancer un Falcon 6X avec un moteur Pratt & Whitney Canada. « Il y avait trop d’incertitudes sur le moteur, assurait le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier en février dernier. Je laisse à d’autres les nuits blanches que j’ai passées avec Safran. » Les deux groupes avaient soldé l’affaire par un accord amiable signé en septembre dernier, Safran versant 280 millions de dollars de pénalités à Dassault.

La commande de Citation Hemisphere par Netjets, alors que l’avion de Cessna (30 à 40 millions de dollars pièce) est le seul client restant du Silvercrest, est la meilleure nouvelle que Safran pouvait espérer. Elle crédibilise le programme alors que le motoriste se débat pour résoudre son problème de compresseur haute pression. « Le problème était sur un coin de l’enveloppe de vol, la basse vitesse en haute altitude dans laquelle les pilotes ne vont que très rarement, explique Olivier Andriès. Nous avons compris la cause du problème et lancé les modifications du compresseur. Un test partiel est prévu à la fin du premier trimestre 2019. » Safran se refuse en revanche à donner une date d’entrée en service du moteur, arguant que son client Cessna n’a pas encore dévoilé le calendrier de lancement du Citation Hemisphere.

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