Le Sénat vote le départ à la retraite à 63 ans, ou le supplice de Tantale

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Le Sénat vote le départ à la retraite à 63 ans, ou le supplice de Tantale

Comme si la hausse du prix du carburant et de la CSG pour les retraités ne suffisaient pas. Quelques heures à peine avant les manifestations des gilets jaunes menées contre la politique de Macron, le Sénat a adopté un texte bien peu réjouissant  : la majorité sénatoriale LR-UDI a ainsi adopté vendredi le principe du recul de l’âge légal de départ à la retraite à 63 ans d’ici le 1er mai 2020. Rappelons qu’à l’heure actuelle, ce seuil est fixé à 62 ans. Une telle mesure prend les allures du supplice de Tantale pour les seniors actifs, à quelques années de la retraite.

Cotiser plus pour partir plus tard ?

« Avec l’augmentation de la durée d’espérance de vie, l’augmentation de la durée de cotisation est une condition impérative pour assurer l’équilibre de notre système de retraites et assurer un niveau de vie satisfaisant à nos retraités » argumente le sénateur LR René-Paul Savary, rapporteur pour la branche vieillesse.

Selon lui, le relèvement de l’âge de départ “est un critère “inéluctable si on ne veut pas aller vers des retraites trop basses”.

Agnès Buzyn opposée à l’amendement

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s’est toutefois effet opposée à l’amendement sénatorial au projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Elle dénonce ainsi une « pratique ancienne » qui est de changer « brutalement les paramètres ».

La ministre défend à contrario les consultations et le « dialogue » mené par Jean-Paul Delevoye dans le domaine.
Agnès Buzyn a par ailleurs tenu à rappeler « l’engagement pris par le Président » de maintenir l’âge légal à 62 ans.

A la demande du gouvernement, les députés devront réexaminer le texte. Et pourraient ainsi revenir sur le texte voté par le Sénat.

Précisons que le vote des sénateurs arrive dans un bien mauvais moment … l’exécutif préparant une réforme des retraites pour 2019.

Le pendant de la réindexation des retraites selon le Sénat

En vue de tenter de justifier une telle évolution, le président LR de la commission des affaires sociales du Sénat, Alain Milon, a indiqué que la majorité sénatoriale avait « décidé de réindexer l’évolution des retraites sur l’inflation ». Une mesure qui, selon lui, représenterait un coût de 2 milliards d’euros. Le passage du départ à la retraite à 63 ans permettrait  de financer une telle mesure.

Ou comment diviser pour mieux régner en prenant aux actifs de quoi payer une toute relative hausse des pensions de retraite, n’équivalant en fait qu’à un retour à l’indexation, principe qui prévalait avant l’élection d’ Emmanuel Macron.

Pour rappel, l’Assemblée nationale a voté le 30 octobre dernier une limitation à 0,3% de la revalorisation des pensions retraites, un taux bien inférieur à celui de l’inflation.

L’amendement voté par le Sénat à main levée “permet de redonner du pouvoir d’achat à une majorité de retraités”, a déclaré à cette occasion René-Paul Savary (LR). Corine Féret, PS, a quant à elle dénoncé la “triple peine” que représente pour les retraités la désindexation des pensions retraite, la “non-revalorisation” des pensions en 2018 et la hausse de la CSG.

Impact de la suppression des cotisations sur les heures supplémentaires

Autre argument invoqué par les sénateurs en faveur de cet amendement : l’impact financier pour la Sécurité sociale de la suppression des cotisations sur les heures supplémentaires. Selon eux, ces mesures ont induit un manque de recettes avoisinant 2 milliards d’euros. Lequel justifierait en partie le report de l’âge de la retraite.

Sources : AFP, Public Sénat, Le Figaro

Elisabeth Studer – 18 novembre 2018 – www.leblogfinance.com


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