L’éclatant retour en grâce de Snapchat, meilleure performance boursière dans la tech en 2019

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(BFM Bourse) – Tombé en décembre dernier à moins de 5 dollars, son plus bas historique, le titre Snapchat a repris près de 140% depuis le 1er janvier 2019, la meilleure performance du secteur technologique. Un rebond d’envergure qui s’explique notamment par le recentrage du groupe vers son cœur de cible historique: les jeunes.

Un véritable yo-yo boursier. Introduit le 3 mars 2017 au prix de 17 dollars action, le titre Snapchat s’était envolé de 40% lors de sa première séance de cotation bouclée à 27,09 dollars, son plus haut historique, avant de voir son cours diviser par près de six pour tomber à 4,99 dollars le 19 décembre 2018. Depuis, le titre du groupe californien propriétaire de l’application du même nom -ainsi que de Bitmoji et des lunettes Spectacles- a réussi à s’extirper de ce plus bas historique pour revenir au-dessus de son prix d’introduction en juillet dernier, à près de 18 dollars.

+136% depuis le 1er janvier 2019

À 14,92 dollars le titre à l’ouverture des échanges vendredi 4 octobre sur le New York Stock Exchange, la société -que Facebook a tenté de racheter pour 3 milliards de dollars en 2013- est valorisée près de 20 milliards de dollars. Et depuis le 1er janvier, le rebond de l’action Snapchat atteint quelque 136%, signant de (très) loin la meilleure performance du compartiment technologique outre-Atlantique en 2019. À titre de comparaison, le titre Facebook avance de 23% depuis le début de l’année quand celui de Pinterest progresse de 40%. Comment expliquer de vif rebond du titre du réseau social préféré des jeunes ?

D’une part, contrairement à d’autres licornes de la tech comme Uber, Snapchat, est parvenu à présenter des résultats en nette amélioration lors des derniers trimestres avec notamment une hausse de 48% de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre 2019 à 388 millions de dollars, tout en réduisant sa perte nette de près de 100 millions de dollars à 255 millions de dollars. L’Ebitda ajusté du groupe s’est également amélioré de 53%, même s’il reste négatif à -79 millions de dollars.

Snap Games comme relais de croissance

Aussi, le groupe dirigé par Evan Spiegel a réussi à renouer avec la croissance de sa base d’utilisateurs, qui constitue évidemment un indicateur clef pour les réseaux sociaux. Fin juin dernier, Snapchat revendiquait ainsi 208 millions d’utilisateurs actifs quotidiennement, un chiffre en hausse de 8% sur un an. Surtout, la “décacorne” (une “licorne” de plus de 10 milliards de dollars) a décidé de se recentrer depuis un an et demi vers son cœur de cible historique : les jeunes.

Pour ce faire, Snapchat explore de nouvelles sources potentielles de revenus comme Snap Games, une plateforme de jeux accessibles directement depuis l’application, lancée au printemps dernier. Certains analystes y voient déjà un important relais de croissance pour l’entreprise dans les années à venir, à l’instar de Kevin Rippey, chez Evercore ISI. Selon le spécialiste, Snap Games pourrait rapporter quelque 350 millions de dollars à Snapchat d’ici 2022.

Selon les données compilées par Bloomberg, sur les 39 analystes qui suivent le dossier, 10 sont à l’achat, 25 sont à “conserver” et seulement 4 conseillent de “vendre” le titre Snapchat, signe que le groupe dispose encore d’un potentiel de croissance important.

“Les géants du numérique ont disrupté les modèles économiques traditionnels”

Pour “remettre en perspective les nouvelles règles du jeu de la nouvelle économie pour piloter et valoriser les entreprises” et apporter ainsi un autre éclairage sur la santé insolente de Snapchat en Bourse lors des neuf derniers mois, le cabinet Fabernovel a publié une étude le 30 septembre dernier. Celle-ci note que “son cours de bourse a progressé de 50% sur les 3 derniers mois” alors que “Snapchat n’est toujours pas rentable”. “Ce n’est donc pas grâce à ses performances opérationnelles que Snapchat séduit encore les investisseurs” estime Fabernovel, pour qui “les géants du numérique ont “non seulement disrupté les modèles économiques traditionnels, mais aussi disrupté toute la chaîne de valeur des entreprises”.

“Ces acteurs ont participé à un changement dans la façon d’appréhender la création de valeur (…) qui doit désormais intégrer certains actifs immatériels tels que le capital client, le capital talent, l’écosystème, le capital technologique, ou l’impact social et environnemental” souligne ainsi l’étude. Associé chez Fabernovel, Jean-Christophe Liaubet explique que pour valoriser au mieux leur transformation, ces entreprises “doivent aujourd’hui adopter une approche systémique qui intègre les éléments financiers mais également extra-financiers”

La “centricité” client, au cœur de la stratégie

L’étude de Fabernovel considère que la “centricité” client a constitué “le cœur de la révolution numérique”, le capital client étant aujourd’hui l’un des actifs immatériels le mieux à même d’être mesuré et valorisé auprès des parties prenantes. À l’instar d’Amazon, Netflix ou Spotify, des entreprises qui ont construit leur modèle économique autour de cette approche, Snapchat a également remis le client au centre de sa stratégie.

Preuve de ce changement de paradigme, le reporting de ces géants du numérique est désormais principalement axé sur le capital client, relève Fabernovel. “Lorsque l’on observe le reporting des entreprises du CAC 40, toutes présentent un reporting externe majoritairement centré sur la performance financière, bien que nourri de quelques KPIs (“Key Performance Indicator”, ou “Indicateurs clés de performance”, NDLR) client. À l’inverse, 50% du panel d’entreprises du numérique observées fournissent un reporting axé sur le capital client”. Un recentrage qui porte visiblement ses fruits.

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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