L’Egypte prise au piège de la dépendance financière du FMI ?

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L’Egypte prise au piège de l’argent du FMI ? affichant devant le monde entier sa dépendance financière ? cela y ressemble..

Fonds monétaire international, BCE et Union européenne auraient-ils au final trouvé un nouveau candidat – pour ne pas dire une nouvelle proie   ? – pour mettre en place une politique économique et financière entraînant privatisation et ultra libéralisme, à la plus grande satisfaction d’établissement financiers tels que Goldman Sachs ? Cela y ressemble …
En tout état de cause, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a estimé vendredi que les conditions n’étaient «pas réunies» pour reprendre les discussions sur un plan d’aide en faveur de l’Egypte, pointant du doigt le violences qui secouent le pays à l’heure actuelle, lequel sombre dans le chaos depuis la destitution du président Morsi.
«Nous sommes tout à fait prêts à soutenir le peuple égyptien dans cette période de transition mais tous les ingrédients ne sont pas réunis», a ainsi déclaré Christine Lagarde dans un entretien à Bloomberg TV.

Si, à la fin 2012, l’Egypte et le Fonds Monétaire avaient pu trouver un accord sur un plan d’aide de 4,8 milliards de dollars, l’instabilité politique qui règne dans le pays l’a remis en cause.  Une situation qui s’est empirée ces derniers jours alors les partisans du président déchu font l’objet d’une sanglante répression.
Or, selon la patronne du FMI, un certain niveau de «stabilité» ainsi que le «soutien» du gouvernement égyptien sont nécessaires pour que le Fonds reprenne ses discussions avec les autorités.  Estimant que tel « n’est clairement pas encore le cas», Christine Lagarde a toutefois assuré que le FMI restait toutefois «disponible» pour aider le pays.

Rappelons que le 4 juillet dernier, le Wall Street Journal affichait en guise d’éditorial – non signé – que « «Les Egyptiens seraient chanceux si leurs nouveaux généraux s’avéraient être de la trempe d’Augusto Pinochet au Chili, qui arriva au pouvoir en plein chaos mais engagea des réformateurs libéraux et instigua une transition démocratique ».
Il est vrai qu’à la mort de Pinochet lui-même, en 2006, Forbes s’insurgeait contre la nécrologie du New York Times, jugée trop sévère. Regrettant de devoir « vraiment chercher » dans l’article du New York Times « pour trouver un mot sur le fait que Pinochet a sauvé le Chili du chaos économique infligé par son prédécesseur socialiste, Salvador Allende.»

Lequel éditorial rappelait que le général Pinochet avait pris le pouvoir le 11 septembre 1973 lors d’un coup d’Etat sanglant qui a renversé le gouvernement marxiste du président Salvador Allende. Précisant qu’il avait « ensuite mené le pays dans une ère de croissance économique ». Mentionnant tout de même au final que « sous sa présidence plus de 32.000 personnes ont été exécutés ou ont disparu et des milliers d’autres ont été détenues, torturées ou exilées.»

Dans son ouvrage intitulé « La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre », la journaliste canadienne Naomi Klein fournit quant à elle les éléments détaillés d’une enquête édifiante sur le dévoiement du capitalisme depuis plus de trente ans.  Naomi Klein remontant tout d’abord aux années 50, période durant lesquelles, un universitaire américain de Chicago, Milton Friedman avait mis au point une doctrine économique reposant sur un capitalisme sans entrave, que l’Etat, les services publics et même la volonté politique ne pourraient freiner.

Cette doctrine ne pouvant néanmoins être mise en œuvre qu’à la « faveur » d’un « choc » émotionnel et brutal, volontaire ou non, frappant les peuples et offrant une voie royale pour l’émergence d’un libéralisme sauvage dans tous les sens du terme.
Milton Friedman devra ainsi attendre  1973 pour voir  sa doctrine confrontée avec la réalité économique et politique d’un pays en voie de développement … le Chili.

Si certes le gouvernement déchu dérangeait quelque peu les intérêts de Washington, le coup d’Etat aura offert l’opportunité à une équipe de jeunes économistes sud-américains formés à l’école de Milton Friedman de s’implanter au plus haut sommet du pays.  Lesquels, surnommés les « Chicago Boys » mettaient alors les bouchées double pour appliquer leur nouveau credo néolibéral basé sur la privatisation, la déréglementation et la réduction des dépenses sociales.

Cette recette économique allait toutefois se trouver rapidement indigeste pour la population chilienne, entraînant des dégâts considérables pour l’économie du Chili : inflation des prix de presque 400%, flambée des prix des denrées alimentaires de base, privatisation des entreprises publiques au profit de multinationales …. souvent américaines, sans condition de réinvestissement dans le pays ni obligation d’embaucher de la main-d’oeuvre locale, explosion du chômage, délabrement des services comme la fourniture d’eau potable et d’électricité, mais également médecine et hôpitaux publics …

Le principe de base ? Le chaos économique et social résultant de l’application de la doctrine des « Chicago Boys » n’aurait jamais pu se faire sans le soutien d’un régime dictatorial, ce dernier faisant usage de ses moyens militaires et policiers sa force pour soumettre les citoyens à la nouvelle politique. Les syndicats et les mouvements de gauche étant réprimés férocement, leur opposition au diktat des conseillers économiques d’un nouveau genre leur ayant été fatale.

Un processus qui ne vous rappelle rien ? Quoi qu’on en dise, les méthodes et théories des Chicago Boys et de Mielton Frideman pourraient bel et bien être appliquées à l’heure actuelle en Égypte, dans le cadre d’une nouvelle « stratégie du choc » … laquelle permettant  une meilleure acceptation  de nouvelles règles économiques par les populations « choquées ».

Rappelons enfin, qu’en juin 2011, Abdelfattah el-Guebali, conseiller du ministre égyptien des Finances Samir Radwane, avait annoncé que l’Egypte abandonnait ses demandes de prêts au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale.
Position hors du commun, avais-je alors indiqué, signalant que fait rarissime, un pays tentait de s’affranchir du FMI …. « Cherchant ainsi peut-être à garder un semblant d’indépendance tant politique que financière », avais-je alors suggéré ?
« Nous avons décidé de ne pas avoir recours aux prêts des institutions financières internationales« , avait alors précisé Abdelfattah el-Guebali aux agences de presse.
Une décision prise à la suite des pressions de l’opinion publique, cette dernière étant farouchement hostile à ces prêts. La présentation d’un projet de budget pour l’année fiscale 2011-2012 prévoyant une réduction des dépenses publiques permettant parallèlement de présenter une solution de « remplacement ».
« Pour financer son déficit, l’Egypte s’appuiera désormais sur des prêts locaux et sur les aides et dons », avait tenu à préciser Abdelfattah el-Guebali.
Le 5 juin 2011, Samir Radwane, le ministre des Finances, avait annoncé avoir obtenu l’accord du FMI pour un prêt de 3 milliards de dollars sur 12 mois. Ce dernier étant destiné à permettre au Caire de redresser l’économie de l’Egypte fragilisée par la révolte populaire aboutissant au départ du président Hosni Moubarak en février 2011. Le prêt, accordé à un taux d’intérêt de 1,5%, devait permettre de combler en partie un déficit budgétaire de 28 milliards de dollars.
En février 2011, Dominique Strauss-Kahn – alors encore patron du FMI – avait indiqué que le Fonds était « prêt à aider à concevoir le type de politique économique qui pourrait être mise en place » en Égypte et dans d’autres pays à la situation similaire.
« La question est de savoir comment reconstruire. Ce n’est pas seulement valable pour l’Égypte mais aussi pour des pays qui ne connaissent pas ce genre de troubles mais qui sont quasiment dans la même situation« , avait-t-il alors précisé.
Le gouvernement égyptien estimait pour sa part entre 10 et 12 milliards de dollars ses besoins de financement auprès de la communauté internationale d’ici mi-2012, la moitié environ devant provenir du FMI et de la Banque mondiale.
Mais face à une telle politique affichée par le gouvernement, le peuple égyptien s’était montré inquiet, redoutant que le fardeau du remboursement et des intérêts ne soit trop dur à porter.

Sources : AFP, Reuters, WSJ, Naomi Klein « La Stratégie du Choc »

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