L’encombrant passé de l’homme d’affaires qui a repris Doux

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C’est la dernière ligne droite pour un sauvetage devenu le symbole de la révolte des Bonnets rouges. Le tribunal de commerce de Quimper rendra cet après-midi, 16h30, sa décision sur l’avenir de l’entreprise Doux, en redressement judiciaire depuis juin 2012. Le volailler espère que la justice validera le plan de continuation présenté mardi 26 novembre par l’homme d’affaires français Didier Calmels, associé au groupe saoudien Almunajem. A l’issue de l’audience à huis clos, mardi, Arnaud Marion, le manager de transition de Doux, s’était dit « confiant »: « Les choses ont avancé, la crise se résout grâce à ses actionnaires, anciens et nouveaux. »

Qui est ce repreneur expert en retournement d’entreprise, au passé et au caractère ultra secret? Didier Calmels est d’abord l’homme de la dernière chance pour Doux. Un sauvetage version Made in France, qui permettra de remettre à flot le volailler, sans céder l’intégralité de la boutique à des investisseurs étrangers, conformément au souhait de la famille fondatrice. Le plan de continuation prévoit en effet que la famille Doux, détentrice de 80% du capital, ne garde plus que 22,5%, au profit D&P, la holding familiale de Calmels, qui récupèrerait 52,5% et d’Almunajem (25%), premier client et partenaire historique du groupe.

Il a fait ses armes auprès de Bernard Tapie et de Georges Pébereau

Féru de vitesse –il a eu pendant deux saisons sa propre écurie de Formule 1, fondée avec l’ancien pilote automobile Gérard Larousse– Calmels a pourtant attendu son heure avant de se déclarer: plus de six mois après le dépôt de bilan. Tactique payante : aujourd’hui il est seul en lice. L’homme d’affaires considère l’entreprise Doux saine et viable -une fois débarrassée de sa dette, ce dont il s’est en partie chargé, via son holding patrimonial, en rachetant plusieurs millions d’euros de dette à Barclays, le premier créancier de Doux.

Choisir l’option Calmels reste une décision lourde pour le tribunal. L’homme d’affaires a fait ses armes auprès de Bernard Tapie et de feu Georges Pébereau – l’auteur d’un raid raté sur la Société Générale à la fin des années 80. Son modèle, parait-il, est Vincent Bolloré – époque flibustier en affaires, probablement, plus que celle du « petit prince du cash flow ».

Il n’a pas pu sauver les pianos Pleyel

Mais si Didier Calmels -comme ses mentors- est incontestablement malin, son track record laisse songeur. Formé en droit, en comptabilité et comme syndic judicaire, il a d’abord travaillé comme administrateur auprès des tribunaux de commerce. Il a donc déjà mis les mains dans le cambouis. Et dispose, via cette expérience, d’un carnet d’adresses aussi épais que le Bottin mondain.

Son parcours est jalonné de succès comme d’échecs. Le redressement réussi du maroquinier Le Tanneur, revendu à bon prix aux Qataris. La création d’une écurie de Formule 1, qui ne survivra que deux saisons faute d’appuis d’un grand constructeur. Ou plus récemment la reprise des Pianos Pleyel, un vrai gouffre financier, dont il vient d’annoncer la fermeture, neuf mois seulement après les avoir racheté. Pas sûr que ce palmarès rassure les salariés de Doux, et encore moins le tribunal.

D’autant que Calmels, aventurier aux multiples parcours, est aussi celui des multiples affaires judiciaires. A la fin des années 90, il a été mis en examen dans l’affaire Coencas, du nom du pdg du groupe Valois accusé d’avoir menti sur la santé financière de son entreprise et dont Calmels était alors le conseiller. Il bénéficiera finalement d’un non-lieu. Beaucoup plus dramatique: en 1990, Calmels a été condamné à six ans de réclusion pour le meurtre de sa première épouse. Un crime passionnel.

A 63 ans, dit-il, Doux sera « sa dernière opération ». Une forme de réhabilitation dans le monde du business. Voire une (très) curieuse forme de rédemption, notamment auprès des siens. Calmels compte d’ailleurs, à cette occasion, faire entrer son fils Martin au futur directoire de Doux.


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