Les conséquences potentielles d'une guerre commerciale

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Quelles seraient les conséquences potentielles d’une guerre commerciale mondiale déclenchée par la politique protectionniste du président américain Donald Trump?

– Pourquoi une guerre commerciale mondiale ? –

La décision unilatérale de Washington, le 8 mars, d’imposer des taxes de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium, puis la signature jeudi d’un mémorandum ciblant les importations chinoises, donne le droit aux partenaires commerciaux des Etats-Unis de répliquer notamment en déposant des recours auprès de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

« Si une guerre commerciale devait être lancée par les Etats-Unis, la Chine se battrait jusqu’au bout pour défendre ses propres et légitimes intérêts par tous les moyens nécessaires », a prévenu jeudi l’ambassade de Chine.

L’Union européenne, qui à en croire Washington devrait être exemptée provisoirement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium, avait préparé des contre-mesures visant des produits américains: les motos Harley-Davidson, le whiskey Bourbon et les jeans Levi’s.

– Quel impact sur l’économie mondiale ? –

Vue du port de de Shanghai le 22 mars 2018 où lers bateaux déchargent leurs conteneurs. Washington a décidé d'imposer des taxes de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium, ciblant les importations chinoises (AFP - Johannes EISELE)Vue du port de de Shanghai le 22 mars 2018 où lers bateaux déchargent leurs conteneurs. Washington a décidé d’imposer des taxes de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium, ciblant les importations chinoises (AFP – Johannes EISELE)

La croissance économique mondiale se nourrit des échanges commerciaux à travers la planète. Le Fonds monétaire international (FMI) a maintes fois prévenu depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche que toute tentation protectionniste menaçait l’embellie planétaire.

Le nouveau président de la Banque centrale américaine (Fed), Jerome Powell, pourtant nommé par Donald Trump, a reconnu mercredi qu’une guerre commerciale représentait « un risque plus important pour les perspectives économiques ».

Avant lui, son homologue de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, avait été plus direct: « Un virage vers le protectionnisme poserait un risque sérieux pour la croissance de la productivité et la croissance potentielle de l’économie mondiale ».

« Un ralentissement (économique) de la Chine en raison de taxes douanières serait dommageable pour les autres économies asiatiques et hors d’Asie, pour l’Allemagne », ont en outre estimé les économistes d’Oxford Economics dans une note jeudi.

Les mesures américaines « mettent en danger l’ordre commercial international et la stabilité économique », a enfin réagi l’ambassade de Chine à Washington.

– Les consommateurs: gagnants ou perdants ?

Taxer les produits importés pourrait se traduire par une hausse des prix dans différents secteurs. Le constructeur automobile Toyota a déjà prévenu que s’il n’était plus en mesure d’importer aux Etats-Unis de l’acier bon marché pour y fabriquer des véhicules dans ses usines américaines, leur prix augmenterait considérablement.

Ces mesures « vont directement heurter les intérêts des consommateurs américains », a prévenu aussi la Chine.

Des augmentations de prix de produits de consommation courante pourraient ainsi freiner la consommation, un risque pour la croissance américaine traditionnellement tirée par la consommation des ménages.

– Est-ce bon pour les Etats-Unis ?

Le président américain Donald Trump le 22 mars 2018 à la Maison Blanche à Washington DC. "Nous devons protéger notre pays et nos travailleurs", affirme-t-il constamment pour justifier l'imposition de mesures protectionniste (AFP/Archives - Mandel NGAN)Le président américain Donald Trump le 22 mars 2018 à la Maison Blanche à Washington DC. « Nous devons protéger notre pays et nos travailleurs », affirme-t-il constamment pour justifier l’imposition de mesures protectionniste (AFP/Archives – Mandel NGAN)

« Nous devons protéger notre pays et nos travailleurs », a constamment affirmé Donald Trump pour justifier l’imposition de mesures protectionnistes.

Pour autant, l’argument selon lequel imposer des droits de douane conséquents va sauvegarder, voire favoriser, l’emploi est loin de faire l’unanimité.

Cette décision est « de nature à causer des dégâts non seulement hors des Etats-Unis mais encore à l’économie américaine elle-même, y compris à ses secteurs manufacturier et de la construction qui sont de gros utilisateurs d’aluminium et d’acier », avait déjà expliqué le FMI après la promulgation de taxes dans ces secteurs.

Des fédérations américaines du secteur agricole ont déploré récemment qu’en voulant protéger les producteurs d’acier et d’aluminium, Donald Trump ouvrait la voie à des représailles qui affecteraient durement d’autres secteurs comme l’agriculture.

Elles redoutent à présent des taxations sur leurs exportations à destination du géant asiatique (soja, sorgho, porcs d’élevage).

En 2002, le président Bush avait imposé des taxes sur l’acier qui étaient restées effectives pendant 18 mois. Au cours de cette période, quelque 200.000 emplois américains avaient pâti de cette mesure protectionniste, rappellent les économistes d’Oxford Economics.

Mais l’association des industriels américains a affirmé que ces taxes sur l’acier et l’aluminium montraient déjà des effets bénéfiques sur l’emploi dans la sidérurgie américaine, avec la création de quelque 3.000 emplois.

– Quel impact sur l’Aléna? –

Les Etats-Unis, le Canada et le Mexique sont engagés depuis sept mois dans une difficile renégociation du traité de libre-échange nord-américain (Aléna).

En vigueur depuis 1994, cet accord a été qualifié de « désastre » par Donald Trump qui menace constamment d’en sortir si les discussions n’aboutissaient pas à un traité jugé favorable pour les entreprises et travailleurs américains.

Le président a décidé d’exempter provisoirement ses partenaires de l’Aléna des taxes sur l’acier et l’aluminium et affirmé qu’une exemption définitive dépendrait de l’issue des tractations sur l’Aléna. Un enjeu de taille pour le Canada, premier fournisseur d’acier mais aussi premier partenaire commercial des Etats-Unis.

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