Les petits secrets des palaces les plus luxueux du monde

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Au loin se profilait Borobudur, le plus grand monument bouddhique du monde, sur l’île de Java. En chemin vers sa suite, parmi les 34 que compte l’hôtel Amanjiwo, un des palaces Aman Resorts, la cliente tomba en arrêt devant les fleurs violettes qui avaient envahi le jardin. « Leur parfum embaume, c’est un ravissement », souffla-t-elle à son compagnon. A quelques mètres, un jardinier en informa la réception. Qui, chaque matin, fit déposer dans leur salon un bouquet de ces fleurs qui plaisaient tant… « Nous sommes des artisans de l’hôtellerie », aime à dire Olivier Jolivet, président d’Aman Resorts.

Pour lui comme pour tous ceux qui se veulent les meilleurs hôteliers du monde, le luxe se niche dans les détails. Loin de l’ostentatoire et du bling-bling. Car cette clientèle, exigeante, prête à payer, parfois très cher, pour un caprice, attend l’excellence. Partout et toujours. Croit-on la bluffer avec un spa, un transfert en hélicoptère ou une cave garnie de grands crus ? Impossible, elle a déjà tout cela. Ce qu’elle veut, c’est encore plus, encore mieux.

« L’hôtellerie a évolué pour le meilleur au cours des vingt dernières années », remarque Didier Le Calvez, PDG du Bristol à Paris. Une modernisation engagée au prix de lourds investissements : plus de 150 millions d’euros engloutis dans les derniers travaux du Bristol. Face à une concurrence de plus en plus féroce, le bonheur du client vaut bien ça. Selon un rapport signé par deux grands directeurs d’hôtel, François Delahaye et Pierre Ferchaud, « un palace est un endroit qui vous procure le sentiment de vivre un instant rare, unique ». « Un Aman est une maison d’hôtes où on reçoit ses meilleurs amis », ose Olivier Jolivet. A la différence,  qu’on présente la note, assez élevée, en fin de séjour.

Comment choisir le plus beau, celui qui offre les prestations les plus luxueuses ? Jadis, c’était simple. Il suffisait d’un titre de gloire pour que l’hôtel prétende aux louanges. Une situation géographique exceptionnelle, comme l’Old Cataract d’Assouan, posé au bord du Nil ; un passé chargé d’histoire, tel l’Hôtel du Palais à Biarritz, ancienne résidence d’été de la famille de Napoléon III ; un bar légendaire, tel le Long Bar du Raffles de Singapour – là où fut inventé en 1913 le cocktail Singapore Sling, et l’hôtel devint légende.

Les codes du luxe ont changé

Les nouveaux codes du luxe hôtelier ont changé. Les voilà ailleurs. Surprendre le client se récite comme un mantra. Et chaque établissement de faire assaut de raffinements uniques. Aux Airelles, à Courchevel, la calèche habillée de cuir Hermès descend les clients du Jardin alpin jusqu’aux joailleries de la station. Les salles de bains de Cheval Blanc Randheli (Maldives) regorgent de parfum pour oreiller, huile sèche pour le corps et autres lotions. « Tous les soirs, des photophores par dizaines illuminaient le restaurant de l’hôtel Le Sirenuse à Positano », se souvient une cliente encore émerveillée… Sans oublier les concerts privés, comme celui de Benjamin Clementine donné récemment à la Villa Lena, près de Florence, pour une vingtaine de privilégiés, ou les fêtes que le propriétaire des Standard à New York et à Miami, André Balazs, aime tant réserver à ses hôtes. « On peut croiser Beyoncé dans l’ascenseur », note un fidèle.

Bien entendu, le lieu doit être unique. Magique si possible. Les 28 Aman Resorts bénéficient d’emplacements de rêve : palais du xvie siècle sur le Grand Canal à Venise, tentes dans le parc des tigres en Inde, ancienne résidence de roi au Cambodge. « Adrian Zecha est un de ceux qui ont inventé l’hôtellerie de luxe, avec Isadore Sharp de Four Seasons et Robert H. Burns de Regent International Hotels », précise Sébastien Bazin, PDG d’Accor.

L’espace, un critère du luxe suprême

Nouveau critère dans la quête du luxe : l’espace. Voici le domaine de Murtoli, en Corse : 2.500 hectares de maquis, où sont éparpillées une petite vingtaine de bergeries en pierres sèches. Un lieu atypique, hors du temps, idéal pour échapper aux regards indiscrets. Mais on y dîne, sur de grandes tables de bois, entre célébrités qui jouent les anonymes. Car le client voit grand. De plus en plus grand. Il veut d’immenses chambres, comme celles de La Réserve à Saint-Tropez, sobrement décorées par Jean-Michel Wilmotte. « Il y a vingt ans, le George V à Paris était novateur en proposant deux lavabos dans les salles de bains. Désormais, le client veut avoir deux salles de bains », explique Didier Le Calvez, fier de sa quinzaine de suites qui en sont dotées.

Pas question, cependant, de bouleverser des habitués qui aiment retrouver leur hôtel préféré à l’identique. « Tout change pour que rien ne change », affirmait le comte de Lampedusa. Jacques Silvant, directeur du Royal Palm, a fait sienne cette maxime. Les chambres, tout juste rénovées, ont été agrandies : de 84 clés, on est passé à 69, dont 42 suites. « Mais tout a été fait pour que le client qui séjourne ici deux ou trois fois par an retrouve ses marques », se défend-il. De beaux matériaux, locaux de préférence, une technologie performante, des équipements faciles à utiliser, une lumière flatteuse, telles sont les bases d’une décoration réussie. L’appel à un professionnel réputé s’impose.

Jean-Michel Gathy, maître incontesté, est l’auteur de la plupart des Aman et Chedi. « Une belle décoration, ce n’est pas seulement ce que le client voit, mais aussi ce qu’il ressent », résume Sybille de Margerie, qui a travaillé, entre autres, sur le Mandarin à Paris et Cheval Blanc à Courchevel. A ce dernier, elle vient d’ajouter un chalet privé de trois chambres avec Jacuzzi sur la terrasse, salle de projection dernier cri et douche hammam équipée d’un système de chromothérapie. « Les modes de vie des clients évoluent, dit-elle. On ne peut pas rester sur les acquis. Il faut toujours faire mieux. »

« Le luxe, c’est le choix et la flexibilité »

Comme ajouter des œuvres d’art. Jacques Garcia a écumé les antiquaires de Londres et de Paris pour meubler La Réserve à Paris selon les vœux du propriétaire. Au Park Hyatt de Chicago, les clients sont accueillis dans le lobby par une œuvre originale de Rauschenberg issue de la collection personnelle du président du groupe, Thomas J. Pritzker. Une sculpture d’Anish Kapoor en acier inoxydable est exposée sous la coupole du Park Hyatt de Milan. A Naoshima, une île confetti au large des côtes japonaises, les hôtes de Benesse House, dessinée par l’architecte Tadao Ando, peuvent admirer de multiples œuvres d’art : des toiles de Basquiat, des sculptures de Niki de Saint Phalle, des Nymphéas de Claude Monet un peu plus loin.

Pour lui, le monde est un vaste marché, avec des fournisseurs qu’il visite régulièrement afin de s’assurer de la qualité. Fruits et légumes de Thaïlande, viande d’Australie, épices du Sri Lanka, truffes de la Drôme arrivent par avion jusqu’à Malé, puis en dhoni réfrigéré. En attendant que poussent les fines herbes et les tomates de son potager. « Je pourrai alors emmener les clients, leur faire choisir une tomate et leur servir immédiatement », explique-t-il.près les nourritures spirituelles vient le temps des terrestres. Nul palace digne de ce nom ne saurait se passer d’un chef.

A 32 ans, Laurent Chancel, à la tête d’une équipe d’une cinquantaine de personnes, veille sur les cinq restaurants de Cheval Blanc Randheli (Maldives). « Le luxe, c’est le choix et la flexibilité », dit-il. Pour ses clients au budget illimité, tout semble possible. Pour lui, rien d’impossible. « Chaque désir a une solution. » Des plus simples, comme préparer un pique-nique sur la plage ou improviser un barbecue, jusqu’aux plus compliqués. Voici quelques semaines, il a réalisé une fondue sur la plage, une vraie, dans les règles de l’art, avec les trois fromages suisses traditionnels.

Un personnel qualifié en grand nombre

« Les clients veulent être reconnus, bénéficier de services personnalisés », assurent tous ceux qui travaillent dans ces hôtels de luxe. A la veille de quitter le Royal Palm (Maurice), un client s’était résolu à mettre à la poubelle le vieux tee-shirt informe qu’il mettait pour dormir, au grand désespoir de son épouse. De retour trois mois plus tard à l’hôtel, quelle ne fut pas sa surprise de le retrouver, lavé, repassé, reprisé, délicatement posé sur son lit par une femme de chambre attentionnée. Cela requiert un personnel qualifié en grand nombre. Record absolu aux Aman, où on compte cinq à six employés par chambre. De quoi satisfaire la moindre exigence.

« Veiller au bien-être ne suffit plus, souligne Nora Toussaint, qui a créé la licence arts et techniques de l’hôtellerie de luxe à Nice. Il faut devancer les désirs, dénicher des invitations pour un vernissage, obtenir des places pour un concert, procurer des adresses exclusives. » Mais, selon Matthieu Mariotti, de Kuoni, le luxe peut revêtir d’autres formes. Dormir dans des conteneurs ou dans des refuges de bergers sur l’Altiplano bolivien. « Une expérience dont le voyageur, habitué des palaces, se souviendra longtemps. »


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