Les recettes secrètes d’Orange Bank pour se développer

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La grande percée n’a pas eu lieu pour la première année d’existence d’Orange Bank. Mais la filiale de l’opérateur télécom persévère en mode guérilla, avec une multitude de petites initiatives commerciales, pour s’imposer sur le marché des néo-banques. Le nombre d’ouverture de comptes a ainsi continué à augmenter dans une fourchette 15 000 à 25 000 selon les mois, depuis le début de l’année. Des clients qui s’ajoutent au 248 000 comptabilisés fin 2018.

La carte Visa Premium, facturée 7,99 euros par mois et permettant notamment des paiements et retraits sans frais à l’étranger, a donné un coup de pouce depuis son lancement, le 7 mars. Les nouveaux clients qui se sont manifestés pour cette offre ont pu représenter jusqu’à 10% des ouvertures de comptes, sur certaines semaines. Le groupe espère accroître ce score grâce à la une campagne de communication massive sur le moyen de paiement entamée ces derniers jours.

Lien entre services bancaires et télécoms

Pour consolider l’offre, Orange Bank travaille à coupler l’utilisation de cette carte avec des avantages auprès de l’opérateur télécom, afin de sortir de l’univers trop froid des produits purement financiers. Un tel montage demande toutefois un important travail juridique, puisqu’il nécessite de mêler deux activités, la banque et les télécoms, qui brassent des données personnelles sensibles. Le groupe souhaiterait pouvoir déployer ce dispositif dans le courant de l’année.

Autre projet : au réseau des agences Orange, qui permet deux tiers des ouvertures de comptes, la banque pourrait ajouter d’ici décembre un partenariat avec une marque de commerce de détail. Plusieurs enseignes ont en effet approché le groupe pour distribuer cartes et services financiers.

Du côté des nouveaux produits, Orange Bank veut proposer d’ici 2020 des contrats assurances-vie faciles d’accès, avec des produits de capital garanti par exemple. L’offre sera probablement montée avec Groupama, qui détient 35% du groupe bancaire. Elle s’ajoutera au livret d’épargne déjà proposé par l’établissement.

Le crédit conso, nerf de la guerre

Toutefois, à la différence de ses concurrents Boursorama et Fortuneo par exemple, la filiale de l’opérateur télécom porte davantage son attention sur le crédit à la consommation que sur l’épargne pour atteindre la rentabilité, d’ici cinq ou six ans. Un objectif ambitieux, alors qu’Orange Bank a essuyé une perte opérationnelle de 169 millions d’euros en 2018, après 93 millions d’euros en 2017. L’arme secrète : le risque de crédit des prospects est évalué grâce à l’étude de leurs usages télécoms. Un outil d’intelligence artificielle passe au crible le lieu de résidence, le nombre d’appels quotidien, le recours à des SMS surtaxés, etc. La législation interdit en revanche à la banque de travailler sur les incidents de règlement de factures auprès de l’opérateur télécom. Mais l’IA parvient à déduire des données d’appels le profil de risque du client et sa capacité à rembourser un crédit. Lancée en juin, cette modélisation apprend et s’affine chaque mois. Elle doit permettre de proposer un crédit pour l’achat des smartphones les plus coûteux, que le client ouvre ou non un compte de dépôt chez Orange Bank.

Simultanément, l’établissement dirigé par Paul de Leusse, depuis un an à la tête des services financiers du groupe télécom, continue de poser des jalons à l’international. Les grands manœuvres sont en cours en Espagne pour le lancement d’un service bancaire complet en novembre – avec l’espoir d’un recours massif au crédit à la consommation par cette nouvelle clientèle. Orange Bank a aussi ouvert sa filiale en Roumanie il y a un mois et y dénombre déjà plusieurs milliers de comptes ouverts, cela sans avoir mené de campagnes de publicité. La Slovaquie, la Pologne et la Belgique doivent suivre dans la foulée.

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