Les Suisses mettent les salaires des patrons sous haute surveillance

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Comme les sondages l’avaient prévu, les Suisses se sont prononcés, ce dimanche 3 mars, en faveur d’un système de contrôle des rémunérations des dirigeants d’entreprises parmi les plus stricts au monde.

Selon le résultat définitif annoncé par le gouvernement, 67,9% des électeurs ayant participé au référendum ont approuvé l’octroi aux actionnaires d’un droit de veto sur le montant des salaires et une interdiction des primes d’entrée et des indemnités de départ dans les sociétés cotées en bourse. Il revient désormais au parlement fédéral de transformer ce projet en loi.

Cette initiative populaire fédérale avait été lancée en 2008 par le sénateur et entrepreneur Thomas Minder. Elle a rapidement trouvé un large écho auprès des Suisses après la quasi-faillite de la banque UBS la même année, imputée par beaucoup aux placements risqués générateurs de bonus généreux pour les banquiers. Et elle avait, évidemment, recueilli les 100.000 signatures nécessaires à l’organisation d’un vote.

Lutter contre les choix court-termistes de certains dirigeants

“Le peuple suisse a décidé d’envoyer un signal fort aux conseils d’administration, au Conseil fédéral et au Parlement”, s’est réjoui Thomas Minder, interrogé par la radiotélévision suisse (RTS) après les premières projections. Ce dernier affirme que son initiative vise moins à limiter les salaires des grands patrons qu’à lutter contre leurs logiques de court terme.

La colère des Suisses contre les paiements abusifs a été encore alimentée le mois dernier par l’affaire du “parachute doré” du patron de Novartis Daniel Vasella, une somme de 72 millions de francs suisses (près de 60 millions d’euros) auquel ce dernier a dû renoncer. Pour Claude Longchamp, de l’institut gfs.bern, interrogé par la RTS, l’émoi suscité par le cas de Daniel Vasella a contribué à mobiliser les Suisses dimanche.

L’organisation patronale, Economiesuisse, a mené une vive campagne contre l'”initiative Minder” en arguant qu’elle nuirait à la compétitivité du pays. Les partisans du texte défendu par Thomas Minder balaient les craintes du patronat en soulignant que la Suisse continuera d’attirer les grands groupes internationaux avec son faible taux d’imposition, sa stabilité politique et ses règlements favorables aux entreprises.

Les entreprises pourraient trouver un moyen de contourner l’obstacle

Rien n’indique, de toutes façons, que forts de leur nouveau droit de veto, les actionnaires censureront les plans de rémunération de leurs dirigeants. Entre 2009 et 2012, l’opposition des actionnaires aux propositions de rémunérations des dirigeants des cent premières entreprises cotées a certes doublé, mais elle reste faible, à 14%.

De plus, les sociétés concernées pourraient trouver le moyen de contourner le carcan de l’initiative Minder. “Si une entreprise veut verser 25 millions à un haut dirigeant, elle trouvera toujours le moyen de le faire en dépit de l’initiative”, affirme Rolf Soiron, président du cimentier Holcim et de la société de biotechnologie Lonza.

Face à l’indignation suscitée par les rémunérations de certains dirigeants à la suite de la crise financière de 2008, quelques autres pays, tels que les Etats-Unis et l’Allemagne, ont déjà adopté des systèmes dits de “say on pay” renforçant le pouvoir des actionnaires en la matière. Un tel dispositif n’existe pas en France.

(Avec reuters)


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