L’industrie musicale dopée par le streaming, une renaissance fragile menacée par YouTube

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2016, un très bon cru pour le marché mondial de la musique, quoi qu’on en dise. Selon la Fédération internationale de l’industrie phonographique  (Ifpi), les ventes mondiales de musique ont connu une croissance record durant l’année passée. Le secteur, toujours dopé par la vente de musique en flux (streaming), a enregistré un bond de 5,9% par rapport à 2015, pour atteindre 15,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Un tel taux de croissance est inégalé depuis que l’Ifpi a commencé à publier des chiffres pour le marché mondial de la musique, en 1997. Et ce, même si en 2015, la hausse observée (+3,2%) constituait déjà une accélération inédite depuis 1998.

Selon l’Ifpi, la dynamique est directement liée aux ventes de musique en streaming , lesquelles ont connu une hausse de 60,4% sur la seule année 2016 ! La croissance de ce segment – devenu un élément dominant du marché – ne cesse de s’affirmer, après avoir atteint 47,3% en 2015 et 3,2% en 2014.

Le succès grandissant des sites de streaming comme Spotify ou Apple Music aux Etats-Unis aura ainsi permis de faire repartir à la hausse les revenus de l’industrie dans son ensemble. Ces derniers affichent une croissance de 11 % aux Etats-Unis en 2016 pour atteindre 7,7 milliards de dollars – un record depuis 1998 – à comparer au faible taux de 1 % enregistré l’année précédente.

Désormais, la musique dématérialisée (musique en ligne et téléchargements) pèse 50% des ventes mondiales, il s’agit d’une première. Il y a encore cinq ans, le streaming ne représentait moins de 10 % du marché. . Dans un formidable retournement de l’histoire, après avoir mis à terre l’industrie de la production musicale, le Web et internet auront donc permis la renaissance du secteur.   « Après une longue et difficile phase de transition, l’industrie renoue enfin avec la croissance« , s’était félicité Lucian Grainge, le patron d’Universal Music en fin d’année 2016.

On comprend mieux dans un tel contexte la course à l’échalote à laquelle se livrent actuellement les opérateurs télécom en vue d’offrir aux consommateurs encore plus de débit, et ce notamment via la fibre. Les revenus générés étant directement proportionnels à la capacité de trafic. Peu importe si le temps nécessaire à la visualisation du film dure 2 heures, que du bonheur pour le consommateur ! et du bénef pour le vendeur ! si le chargement en dure que quelques minutes, dans un monde ou le « toujours plus » est roi.

Selon les derniers chiffres de la Recording Industry Association of America, près de 23 millions d’Américains sont aujourd’hui abonnés à des services de streaming pour un montant moyen de 10 dollars par mois. Un phénomène qui aura permis de doubler les revenus du secteur, lesquels ont atteint 2,5 milliards de dollars l’an dernier (+114 %).

A contrario, les ventes de musique sous forme physique ont de nouveau affiché repli, ce dernier s’élevant à 6,8%. Elles auront ont reculé de 77% en quinze ans. Aux Etats-Unis, les ventes d’albums physiques et numériques ont enregistré le plus fort déclin de leur histoire, à plus de 20 %. Seules les ventes de disques vinyle enregistrent une progression de 4 %, à 430 millions de dollars, niveau inégalé depuis 1985.

« La renaissance est fragile et comporte des risques », a néanmoins d’ores et déjà prévenu le PDG de l’association Cary Sherman. Il s’alarme notamment du succès grandissant de YouTube. Proposant gratuitement de plus en plus d’albums, il menace en effet la survie des sites sur abonnement … et les revenus des artistes. Redoutant une accélération du phénomène, Lady Gaga ou Abba ont alerté la Commission européenne.

Si, depuis le lancement de sa plate-forme il y a dix ans, YouTube a certes reversé plus de 4 milliards de dollars de revenus publicitaires aux labels, ce montant reste néanmoins inférieur aux revenus tirés des services payants auxquels le site fait concurrence. Le modèle économique de l’industrie musicale devra donc désormais inclure les revenus issus de la manne publicitaire pour compléter ceux issus des abonnements.

Sources : Ifpi, AFP, Les Echos

Elisabeth Studer – 25 avril 2017 – www.leblogfinance.com

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